‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 35 sur 224 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

ni l'Irlande, ne sont comprises. Environ 1,276,620 individus pauvres ont été secourus dans l'année 1851 ; si on compare ce nombre à la population totale, on trouve que la misère officielle frappait alors en Angleterre un individu sur 7 15/20. Un tableau dressé par M. de Gérando d'après des documents pu bliés en 1821, donne 881,000 pauvres sur une population de 1 1 ,977,665 habitants , ou environ un sur treize individus ; c'est le rapport moyen donné par Balbi.

L'enquête de 1855 (1), faite pour préparer la loi d'amendement , si riche de détails , de faits particuliers, ne nous apprend rien de bien certain sur la statistique générale de l'indigence. L'Angleterre est le pays des détails, des faits isolés; chaque paroisse a son administration , ses usages , nous dirions pres que ses lois. Telle paroisse présente une taxe plus faible, un nombre d'indigents inférieur à celui de la paroisse voisine : on ne peut pas affirmer toujours que la misère est moindre dans la première que dans la seconde. Peut-être que les règles d'admission aux secours y sont plus sévères, V application de la loi de charité plus difficile ; peut-être il y a un work-house repoussant qui frappe les misérables d'une salutaire terreur. Aussi , dans cette question , comme dans toute autre , rien de plus difficile à connaître et à juger que l'Angleterre.

Il faut donc nous résigner à citer des faits particuliers : quelques-uns*, choisis dans l'immense collection des enquêtes ,

(t.) Cette enquête contient des renseignements sur 5,000 paroisses. Il y avait en Angleterre 15,000 paroisses ou localités soulageant ellesmêmes leurs pauvres. Sur ce nombre on comptait 6,681 paroisses où la population n'excédait pas 500 âmes; 1,907 où elle ne dépassait pas 100 habitants; 755 qui n'en avaient pas plus de 50. On voit par ces faits que , sous le rapport de la distribution de la population , l'Angleterre n'est pas dans une meilleure condition que la France. Si l'on veutsavoir maintenant pourquoi les renseignements officiels se bornent à 5,000 localités, le premier rapport annuel va nous l'apprendre. Il nous dit qu'il est presque impossible de rien savoir avec exactitude sur le plus grand nombre des paroisses , parce que les fonctionnaires paroissiaux à qui il faut s'adresser sont presque tous illettrés. First annual report, page 45.

suffisent pour donner une idée de ce qu'a été tout récemment le paupérisme en Angleterre.

Dans une lecture à l'Académie des sciences, le 26 décembre 1831 , M. Magendie rapporta des faits observés par lui dans un récent voyage en Angleterre, faits tellement extraordinaires qu'on aurait peine à les croire, si le caractère et la science du témoin ne les mettaient hors de doute; d'ailleurs les enquêtes locales que nous avons étudiées en contiennent à chaque page d'une nature équivalente. Le savant médecin nous a fait le tableau de la misère anglaise, telle qu'il l'a eue sous les yeux à Sunderland, ville de quarante mille habitants, siège d'une florissante industrie. On y comptait alors 800 grands bâtiments consacrés au commerce ou à l'industrie, appartenant à de riches fabricants ou négociants. La ville est divisée en deux parties , l'une haute et l'autre basse, la première occupée par les habitants aisés , la seconde par la population des ouvriers. C'est la paroisse de Sunderland proprement dite , bâtie dans un fond, sur le bord d'une rivière ; elle contenait 17,009 habitants , sur lesquels 14,000 étaient légalement pauvres. Ce n'est pas ici la fabrique de la paroisse qui distribuait les secours : on avait mis la charité à l'entreprise, au rabais, comme nous faisons en France pour l'entretien des prisons. Aussi la maison de refuge ouverte aux pauvres était-elle le plus hideux séjour qu'ait peut-être jamais habité la misère. Le voyageur nous en a donné la description. L'infirmerie était une salle humide et basse de vingt pieds carrés, entourée de bancs recouverts de sacs de plumes , tenant lieu de lits et sur lesquels étaient couchés pêle-mêle les femmes, les enfants et les vieillards ! La maison n'avait pas de fosses d'aisances.

Les enquêtes ne nous révèlent qu'indirectement les faits de cette nature ; elles nous disent ce que coûtent les pauvres dans chaque paroisse, et nous laissent à deviner par là quel est leur nombre, et combien la misère subventionnée est importune aux contribuables.

La quotité de la taxe variait dans chaque paroisse, et dans une proportion énorme. Le comté de Glocester renfermait des paroisses où la taxe était de 8 sh. par tête, celui de Willshire d'autres où elle était de 16 sh. 8 d., celui de Suffolkde 30 sh. Ce dernier comté renfermait encore des paroisses où la taxe

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