‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 37 sur 224 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

La misère depuis la loi d'amendement.

Nous en avons assez dit pour faire comprendre quel intérêt pressant avait l'Angleterre à changer un état de choses qui , sous la forme de subvention à l'indigence ? menaçait d'établir dans le pays une véritable loi agraire, une loi d'indigence universelle. Le genre de réforme adopté et la manière dont on l'exécuta prouveront mieux que tous les documents statistiques , à quelle profondeur la misère a pénétré dans la société anglaise,- car, dans cette circonstance, l'Angleterre a eu recours , nous ne craignons pas de le dire , à une loi de salut public, presque de désespoir.

Elle a procédé comme si l'ancienne loi était la cause directe et presque la seule du paupérisme ; on dirait , ainsi que nous allons le faire voir, qu'elle n'a eu d'autre but que de diminuer, et même de supprimer les secours , afin d'affranchir la nation d'un impôt écrasant. On a sévèrement appliqué au paupérisme, avec un courage qui brave le reproche de cruauté, le remède radical indiqué par Malthus : « Que chacun en ce monde réponde de soi et pour soi ! tant pis pour ceux qui sont de trop ici-bas. On aurait trop à faire si on voulait donner du pain à tous ceux qui crient la faim; qui sait même s'il en resterait assez pour les riches? Comme la population tend sans cesse à dépasser les moyens de subsistance, la charité est une folie, un encouragement public donné à la misère! » Certes, la loi que nous allons exposer n'est pas motivée sur des raisons pareilles 5 mais il nous sera facile de montrer qu'à l'insu de ses auteurs , elle a été dictée dans l'esprit que nous signalons. C'est une franche application du laisser-faire , laisser-passer. Puisque , jusqu'à ce jour, nos secours , qui nous ruinent, n'ont

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