LIVRE I
gement à domicile , que ce soit une aumône en nature , et seulement une exception.
Voici maintenant ce que la maison de charité offre au pauvre valide qui consent à y entrer : elle lui offre ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim, à condition qu'il sera séparé de sa famille, de ses enfants, car les âges et les sexes sont isolés dans le work-house comme, dans la prison , et de plus à condition qu'il achètera ce secours beaucoup plus cher qu'il n'a jamais payé le droit d'exister, au prix d'un travail forcé, purement mécanique et qui est un véritable supplice ; le supplice du moulin à bras ! J'ai vu dans plusieurs work-houses des machines de ce genre, presque toutes en repos, parce qu'elles avaient mis en fuite les malheureux condamnés à les faire mouvoir, et j'ai la conviction que les plus affreuses extrémités, les dernières souffrances, sont préférables à une pareille charité. Aussi n'estce pas une charité que l'on a voulu instituer, mais un épouvantail de pauvres !
Cette loi nouvelle a une grande importance à nos yeux comme expérience sociale , et c'est pour cela que nous nous étendrons assez longuement sur ses applications et ses effets. C'est une loi de réaction , et par conséquent une loi fondée sur une exagération de principes. Les hommes les plus éclairés et les plus généreux de l'Angleterre, effrayés pour leur pays de la progression du paupérisme, qui en était venu à exiger une subvention de deux cents millions, ont vu dans les abus de l'ancienne loi de charité l'unique cause de l'augmentation de la misère officielle, et ils ont pris courageusement la résolution de supprimer cette cause.
Si l'on n'étudiait que superficiellement etla loi et l'administration nouvelle du paupérisme anglais, on s'exposerait à méconnaître les bonnes intentions qui ont provoqué cette loi et qui l'appliquent, et la philanthropie intelligente qui préside à l'administration des pauvres passerait pour la plus coupable cruauté. Ce n'est pas la faute du législateur si la loi est impitoyable, c'est la faute de la société anglaise qui a exigé un pareil remède! Si la loi n'avait pas fait les conditions de la charité si dures, la charité aurait ruiné la nation, car le nombre de ceux qui la réclament, de ceux qui en ont besoin, augmente et doit augmenter de jour en jour.