CHAPITRE V
Dans certains comtés du sud de l'Angleterre, la vieille charité, celle dont le christianisme avait fait un besoin et un devoir, accordait un supplément de salaire en argent aux pauvres journaliers qui justifiaient de l'insuffisance de leurs gains pour entretenir leur famille. Ce genre d'aumône s'appelait allowance. Dans toutes les paroisses , la communauté acceptait comme un devoir le soulagement de la misère locale. L'obligation de la charité paroissiale donna lieu à de curieuses conséquences économiques, surtout dans les paroisses agricoles. On sait qu'en Angleterre, pays aristocratique et de grande culture, la majorité des habitants des campagnes se compose de journaliers qui n'ont d'autre moyen d'existence que le salaire offert par les fermiers. On sait que les travaux de la grande culture n'occupent habituellement qu'un petit nombre de bras, et que, excepté pendant la moisson, l'offre du travail surpasse toujours la demande. Les besoins indispensables des populations n'avaient aucune influence sur le prix du travail, puisque la paroisse se chargeait de suppléer au manque et à l'insuffisance des salaires. Les choses en vinrent au point que c'était la paroisse qui payait réellement les gages des journaliers des grandes fermes.
En mettant la charité à un prix sévère, l'acte amendé a eu pour but de replacer le travail dans sa condition naturelle; ce n'est pas seulement sur le travailleur qu'il exerce une rigoureuse pression pour le forcer à trouver de l'occupation et à accepter celle qu'on lui offre ; il agit de même sur les entrepreneurs de travail , sur les fermiers , qui se trouvent forcés, pour conserver auprès d'eux une population suffisante , de lui fournir constamment le moyen de vivre. L'application du nouveau système de charité a été généralement suivie d'une augmentalion dans les salaires des journaliers agricoles, qui se trouvent aussi, parla même raison, plus constamment occupés.
Quant aux effets moraux que les abus de la charité légale produisaient sur les classes laborieuses, nous dirons, sans nier ses funestes effets, qu'on leur a opposé un remède trop héroïque. Sans doute la société a le droit de ne soustraire personne à la nécessité du travail , mais de là à transformer la charité en châtiment, il y a une distance énorme qu'on a peutêtre franchie avec une trop facile résolution. Nous verrons d'ailleurs que cette loi, qui met la charité à la condition du 1 10