LIVRE I
work-house , est inapplicable dans le plus grand nombre de cas , et que , malgré le principe, les secours accordés au dehors égalent encore et même surpassent la somme que coûte l'entretien des pauvres qui habitent les work-houses.
Cette loi nouvelle de charité, que nous essayons de faire comprendre, est pour nous le signe le plus évident de la misère qui ravage les rangs inférieurs de la société anglaise. Il y a deux cents ans que cette loi existait ; comment se fait-il que ses mauvais effets se sont manifestés avec une si cruelle énergie, seulement depuis le commencement de ce siècle ? En 1801, la taxe des pauvres n'était que de 4 millions de livres sterling ; en 1855, elle dépasse 8 millions î Une pareille augmentation suppose nécessairement l'intervention d'autres causes que les seuls effets de la loi , puisque , sous l'empire de cette même loi, nous voyons la taxe rester à peu près slalionnaire antérieurement à notre siècle , et depuis doubler en quelques années. En 1815, après la guerre, elle était à peu près ce que nous la voyons en 1855. Évidemment la guerre a exercé une influence très forte sur le développement du paupérisme : pourquoi d'autres causes n'auraient -elles pas le même pouvoir? Pourquoi ne vouloir reconnaître d'autre cause que celle d'une mauvaise loi ?
Lorsque , après avoir visité, comme nous l'avons fait, les affreuses demeures de la population misérable dans les grandes villes d'Angleterre, et particulièrement les ruelles, cours et allées perdues derrière les magnifiques roads du nord-est de Londres; lorsque, en sortant de ces huttes de planches pourries habitées par la saleté et la fièvre, on pénètre dans l'intérieur d'un work-house nouveau, on est vivement frappé du contraste'que présente la propreté et la bonne tenue de la maison de charité avec le hideux dénûment dont on vienl d'être témoin. La netteté des planchers et des murs , la propreté des lits garnis de draps blancs et de couvertures décentes , la bonne tenue des cours , réjouissent agréablement la vue que souillaient un moment auparavant d'indescriptibles horreurs. On se demande comment il se fait que le$ misérables aiment mieux vivre dans de pareils réduits, coucher sur des haillons, souvent sur des tas de paille , que de recourir a la charité du workhouse. J'ai vu des familles chargées d'un grand nombre d'enfants , j'ai vu des malheureux atteints de la fièvre, incapables