‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 48 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de travailler, refuser obstinément d'entrer dans la maison de secours. En ma présence, l'agent de charité des nouvelles Unions , le relieving officer, a été obligé de donner des vêtements , des aumônes en nature et en argent , aux familles pauvres que nous visitions. Malgré le principe de la loi, malgré les instructions formelles de l'administration des pauvres , on est obligé de maintenir dans les grandes villes la méthode des distributions régulières de secours en nature et même en argent, et c'est encore ce genre de charité qui coûte le plus cher.

La séparation des sexes et des âges ferme nécessairement le work-house aux pauvres en famille. Dans le nouveau système de charité, le pauvre, pour obtenir secours, doit consentir à être séparé de sa femme et de ses enfants , et il refuse presque toujours de l'accepter à ce prix. La séparation des sexes est, de l'aveu des criminalistes , une des plus grandes rigueurs de la détention, et il est naturel que les misérables épuisent les dernières forces de la patience de souffrir pour échapper à une semblable charité. L'administration du paupérisme fait de la séparation des sexes une prescription absolue, sans laquelle elle déclare perdus tous les bons effets de la loi , et elle a raison (1). Elle justifie cette mesure, ainsi que celle qui recommande la détention absolue, tout le temps de séjour dans la maison , en disant qu'on peut bien faire acheter à ce prix la faveur de ne pas mourir de faim. Le seul reproche que nous adressons à l'intelligente administration de la misère britannique, c'est de justifier les mesures auxquelles elle a recours , par d'autres arguments que ceux de la nécessité. Il nous semble qu'il vaudrait mieux avouer son impuissance , et la détresse d une situation qui exi$e des remèdes violents , des mesures cruelles de salut public , que de vouloir transformer les coups d'État de la nécessité en applications légitimes de la justice sociale !

La perte de la liberté et la séparation des familles sont donc en Angleterre le prix de la charité , et la commission pense

(1) Voir dans le premier rapport de la commission de la loi des pauvres le règlement annexé, appendix, no 9. On recommande de ne pas laisser sortir les pauvres des work-houses, même pour aller entendre l'office.

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