‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 52 sur 224 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

paupérisme semble disparaître tout à coup comme par enchantement. Les pauvres émigrent ou travaillent; ils acceptent des salaires qu'ils dédaignaient autrefois, et recherchent pour leurs enfants les plus faibles gains. Ils se sauvent à la vue de la maison de charité, et les payeurs détaxes lèvent les mains au ciel pour lui rendre grâces de ce que le fléau est passé. Cinq millecent quarante et un habitants des comtés agricoles de l'ouest et du sud , chassés par la misère , émigrent dans les comtés industriels du nord* Ce mouvement de population que l'administration approuve et favorise , coûte aux paroisses ou au trésor 28,414 livres sterling. On s'applaudit de ce résultat, et Ton constate avec !a plus vive satisfaction que la taxe est diminuée de 46 p. cent dans les localités ainsi dépaupérisées. Moins de deux ans après, !a misère avait passé des districts agricoles dans les comtés industriels, et la population qu'on y avait portée était devenue un fardeau , et les Unions étaient obligées de payer les frais de retour des malheureux émigrants !

Dès l'année 1856, les épreuves que la loi nouvelle eut à subir vinrent diminuer la satisfaction que l'application des premières mesures avait produite. Une crise industrielle prolongée, des coalitions redoutables, la demande du travail diminuée ou suspendue, un hiver long et rigoureux, augmentèrent et mirent en évidence la misère britannique , qui ne fut que très-imparfaitement soulagée, parce qu'elle refusa d'entrer dans les maisons de travail. Cependant l'administration du paupérisme s'applaudit toujours des résultats qu'elle obtient, et, tout en reconnaissant que les pauvres ont beaucoup souffert, elle se félicite des bons effets qu'ont amenés les rigueurs de la loi nouvelle. Malgré la détresse et la crise, il n'a pas été distribué autant de secours qu'on en accordait, dans les temps ordinaires, avant l'acte amendé , et la misère de 1856 n'a pas fait augmenter la taxe.

Dans quelques Unions, la mise en exécution de la mesure qui supprime les secours externes coïncida avec la crise industrielle. Dans le comié de Nottingham , trois paroisses, comprenant 50,000 habitants, furent formées en Union au mois de juillet 1856. Au moment même où Ton supprimait les secours, la crise se manifeste, les manufactures refusent du travail ou réduisent les salaires, et les ouvriers sont poussés par la dé-

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