CHAPITRE V
tresse au bureau île charité qui n'a à leur offrir que le workhouse. Force fut ici de rétablir momentanément les secours externes , sous peine de pousser les ouvriers au désespoir. La crainte des misérables éveilla la charité, des souscriptions furent ouvertes , et bientôt 4,000 1. st. furent mises a la disposition du bureau de l'Union, pour soulager les indigents et leur procurer du travail. La commission observe seulement que « les moyens employés pour soulager la détresse tendaient ma- » nifeslement à en augmenter la cause, puisqu'elle augmentait » la produetion qui déjà dépassait la demande; de cette ma- » nière on ne faisait que prolonger la durée de la crise et en » augmenter l'intensité (1). « Il est vrai qu'en employant l'argent des souscriptions à faire travailler les pauvres à leurs propres métiers, on fît baisser de 50 p. cent la valeur des objets ainsi fabriqués. Mais que fallait-il donc faire? Les chefs des peuples ne savent donc d'autre remède à la misère que le terrible laisser- faire, laisser-passer ! En vérité, on serait tenté de croire qu'il n'y en a pas d'autre.
Coventry est le centre d'une florissante industrie. C'est là que l'on tisse ces magnifiques rubans qui rivalisent avec avantage, pour le bon marché du moins , avec nos fabriques de Saint-Étienne. L'industrie des rubans est centralisée ici, comme celle de la poterie dans le comté de Suffolk: c'est dire que la condition des ouvriers y est aussi malheureuse qu'elle peut l'être. Quand nous serons à la partie des causes, nous verrons pourquoi; en attendant, contenions-nous de constater sur ce point, d'après les commissaires de la loi, l'existence de l'extrême misère. Les salaires y sont si peu élevés , dit le rapport, que les ouvriers ne peuvent se soutenir qu'à la condition d'être toujours et pleinement occupés (2). Deux paroisses, celle de Foleshill de 11,965 habitants, et celle de Nuneaton de 12,868 habitants , renferment celte population laborieuse et souffrante. Pendant la durée de la crise, les Gardiens de l'Union furent obligés de distribuer aux pauvres de la soupe et du pain. Les secours externes s'élevèrent pour Nuneaton, à la somme de 1,225 1. st. 19 sh., dans le trimestre finissant en mars 1857,
(1) Third annual report, p. 14.
(2) Third annual report , M. Earle, p. 15.
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tandis qu'ils n'avaient été que de 789 I. st. dans celui de septembre 1856. Le work-house renfermait 152 pensionnaires; Foleshill , mieux administrée, dit le rapporteur, ne dépensait dans le même temps que 429 1. st. 19 sh., pour une population inférieure seulement d'un douzième , et elle ne comptait que 90 misérables dans le work-house. Cela tient à la différence avec laquelle les secours étaient distribués dans chaque localité. A Nuneaton, on avait admis au secours tous ceux qui s'étaient présentés, mais on ne leur accordait qu'une aumône insuffisante, tandis que dans la seconde paroisse, sur 200 applications (1) ou demandes de secours , le bureau n'en avait admis que huit, mais en égalant les secours aux besoins. Le work-house de Foleshill avait sur celui de Nuneaton l'avantage de posséder un moulin à bras, qui est pour les maisons de travail la plus économique et la plus admirable des machines. Les indigents valides qui venaient demander secours aux Gardiens de l'Union n'en recevaient qu'à la condition de tourner la meule. Les treadmills et les moulins à bras sont , en Angleterre , les plus épouvantables symptômes de misère que nous connaissions : une nation opulente, puissante par son génie industriel, par l'application des prodiges de la mécanique à la production , retournant, pour occuper ses indigents , aux grossiers instruments de la barbarie, et condamnant ses criminels et ses pauvres au supplice des anciens esclaves, admolam!... Quel triste sujet de réflexions et d'élonnement !
La loi rencontra d'assez grands obslacles de la part des anciennes administrations paroissiales, surtout dans les comtés où- les vieux abus étaient le plus enracinés. Quelques Unions refusèrent de se constituer, et laissèrent passer le délai fixé par la commission, sans faire les élections nécessaires pour former le bureau des Gardiens. En Angleterre, la plus petite localité étant souveraine et indépendante de toute autorité centrale pour son administration intérieure, il suffit d'une paroisse mal intentionnée pour suspendre l'exécution de la loi. La eommis-
(1) L'ancienne loi contenant la reconnaissance des droits au travail et au secours, ce n'était plus une charité, c'était l'application de la loi que réclamait le pauvre : de là l'expression anglaise, demander application, faire application ; pour demander et accorder des secours.