‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 57 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

veilleux progrès de l'industrie. Le rapport de 1857 dément tristement ces flatteuses espérances. On n'a fait que changer les pauvres de place; on a porté du bois à la forêt. Les fabricants qui avaient consenti à prendre des ouvriers des districts ruraux, qui en avaient demandé Tannée précédente aux agents de la commission , leur retirent le travail aux premiers embarras commerciaux , et les renvoient de leurs ateliers. Ceux qui sont restés aux gages des maîtres qui les avaient embauchés d'abord, subissent une telle réduction de salaires que leurs anciennes paroisses , celles qui avaient fait les frais de l'émigration , afin de diminuer le nombre de leurs pauvres , sont obligées de leur envoyer des secours (1)!

La réforme de l'ancienne loi des pauvres et l'application des mesures nouvelles, constituent la plus curieuse expérience économique que jamais ait faite encore une grande nation civilisée, et Ton nous saura peut-être gré de l'avoir étudiée. Plus cette grande épreuve avance, plus elle devient intéressante : nous la regardons comme une sorte d'inventaire moral qui permet de connaître, mieux que toutes les statistiques, la situation économique d'un peuple. C'est en vain que nous chercherions en France des documents de la nature de ceux que nous fournit l'Angleterre , et c'est pour cela que nous insistons si longtemps sur les faits auxquels la nouvelle loi des pauvres a donné lieu. Nous regrettons bien vivement de ne pas pouvoir suivre plus longtemps , dans notre travail, les phases diverses de cette grande expérience sociale ; mais il n'y a que six ans que la loi existe, six rapports seulement ont été publiés, et il ne nous est pas permis d'aller plus vite que le temps.

La quatrième année de la nouvelle loi des pauvres est signalée par un hiver rigoureux , et par Tune des crises industrielles les plus formidables qu'ait encore traversées l'Angleterre.

Voici d'abord quelques faits curieux qui prouvent que les économies produites par l'application du principe de la charité conditionnelle résultent tout simplement de la suppression de la charité. Un commissaire adjoint de l'administration des

(1) Voyez Third annual report, appendix , n« 4. Rapport de M. Muggeridge, agent d'émigration.

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