‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 58 sur 224 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

pauvres , rendant compte de ses opérations dans les comtés de Kent et de Sussex, nous apprend que, pendant l'hiver de 1857, la détresse s'était si vivement fait sentir dans l'Union de Faversham, peuplée de pêcheurs, que le work-house était tout à fait rempli, sans pouvoir plus admettre personne 5 beaucoup de pauvres valides réclamaient des secours, et il était impossible de leur offrir l'entrée de la maison de charité; parmi eux, il y avait, j'en suis sûr, dit l'honorable commissaire, des cas d'exlrême détresse. On fut obligé d'accorder des secours, sans condition , à 257 chefs de famille : c'étaient des pêcheurs d'huîtres que la gelée empêchait de travailler. Une Union voisine, celle de Sheppey , qui se trouvait dans les mêmes conditions, avec le même genre de population, et peut-être plus misérable encore, n'eut au contraire presque rien à dépenser pour secourir ses pauvres. Lorsque le work-house fut rempli, elle offrit à ceux qui venaient réclamer des secours, de charrier à bras les galets du rivage. Comme la tâche était trop pénible , les pauvres jugèrent qu'elle ne valait pas le secours qu'on offrait en échange , et ils s'arrangèrent comme ils purent pour passer tout seuls ce mauvais moment (1).

Dans les Unions de paroisses agricoles, l'administration des pauvres recommande expressément de n'accorder de secours au dehors, que si le work-house est plein. Par cette rigueur son intention est de frapper le fermier plutôt que le pauvre. Elle veut ainsi forcer l'entrepreneur de travail à occuper, pendant les mauvais jours, la population dont il a besoin le reste de l'année pour cultiver ses terres et ramasser ses récoltes. Si on applique le work-house, dit-elle, le pauvre n'en voudra pas, H émigrera, peut-être aurait-on dû ajouter aussi, il mourra; le fermier perdrait ainsi les hommes dont il aura besoin plus tard, et, au beau temps , quand il lui faudra des bras , il n'en trouverait plus. 11 essayera donc de les occuper tant bien que mal pendant le mauvais temps (2). Quelle société que celle où l'on est forcé d'avoir recours à des moyens semblables !

La crise industrielle, fléau bien plus redoutable que l'hiver,

(1) Voyez Fourth annual report of the poor law commissionners , p. 26-27.

(2) Ibîd.> p. 35,

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