‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 59 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ralentit tout à coup, pendant la plus belle saison, la production des manufactures. A Nottingham où Ton fabrique celte bonneterie élégante qui fait l'admiration et l'envie du monde, et qu'on dirait travaillée par la main des fées , la population ouvrière tomba, par suite de la crise, dans la plus affreuse détresse. Le work-bouse, bien que très-vaste, fut bientôt rempli, et la misère devint si générale qu'on fut obligé d'avoir recours à des souscriptions pour la soulager (1). 4,000 1. st. furent ainsi levées , et l'on construisit une vaste baraque en planches pour y distribuer la soupe et les pommes de terre aux affamés : c'était un work-house supplémentaire! Le reste de la population ouvrière fut occupé sur les routes , et les mains habituées à fabriquer ces merveilleux ouvrages que nous ne savons pas encore imiter, chefs-d'œuvre de finesse et d'élégance, furent employées à casser des pierres. La crise dura près d'une année : au 21 juillet suivant il y avait encore dans le work-house une population de 425 habitants ; mais je ne sais pourquoi on donne le nom de crises à des phénomènes périodiques, qui reviennent maintenant à des intervalles de plus en plus rapprochés , et qui sont , comme nous essayerons de le montrer plus tard , l'état normal de notre industrie.

A Birmingham et Aston, le fléau sévit avec une égale violence. Dans la première de ces grandes cités industrielles , la dépense du paupérisme augmenta de 4 p. cent, de mars 1837 à mars 1858 ; à Aston, de 35 p. cent dans le même intervalle. En avril 1858, 152 pauvres réclament des secours pour manque absolu d'ouvrage; en juillet, 1,122 s'adressent à la charité publique pour le même motif. Quelle éloquence dans de pareils faits et de pareils chiffres, et comme ils montrent à quelles tristes fluctuations est soumise l'industrie, et combien est incertaine l'existence de ceux qui n'ont pour vivre que le travail qu'elle leur promet !

Après la crise industrielle vient une disette générale qui affame, pendant près d'une année, les basses classes de la population : ainsi, dans la société anglaise, les fléaux viennent se relever l'un après l'autre , et ils ne laissent pas un moment de

(1) Voy. Fourtk annual report of the poor law commissionners , p. 36.

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