‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 65 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'époque de la moisson, et, ainsi que nous allons le voir, le gain le plus élevé qu'elle obtienne pendant ce moment favorable ne dépasse jamais le niveau des besoins indispensables.

Tous les économistes anglais avouent que la condition des ouvriers agricoles empire tous les jours : nous avons vu la commission des pauvres conseiller et favoriser rémigration , comme le seul remède à la misère toujours croissante des paysans anglais. La commission a consenti à dépenser 1 l. st. »6 sh. 8 d. 1/2 par tête de pauvre pour changer de place la misère, pour la transporter des comtés agricoles où elle est extrême et sans remède, dans les comtés industriels où il y avait'quelque espoir de trouver du travail et du pain (1). La société anglaise favorise l'émigration de tout son pouvoir, par des allocations du gouvernement, par des souscriptions privées ; mais ce remède ne peut être efficace que s'il est volontairement employé par ceux mêmes qui souffrent. Si l'Angle- Icrre voulait envoyer tous ses misérables de l'autre côté des mers, elle serait ruinée par les frais de transport. 1179 pauvres dont elle s'est débarrassée à ses frais, de juillet 1856 à juillet 1837, lui ont coûté, rendus en Amérique, 7,450 U st. (2). L'année précédente, on avait fait émigrer 5,141 individus, à raison de 5 h st. 10 sh. 6 d. 1/4 par tête. Le remède coûtait trop cher, on fut obligé d'en réduire l'application l'année suivante. On comprend qu'un gouvernement favorise l'émigration dans des contrées lointaines qui lui appartiennent ou qu'il veut coloniser; qu'il y transporte à grands frais des animaux utiles et des hommes; mais qu'une nation puissante, comme l'Angleterre, paye fort cher pour avoir quelques hommes de moins à nourrir, n'est-ce pas le dernier signe de misère et de détresse ? On n'impose point aux émigrants que l'on paye, d'aller dans les pays soumis à l'Angleterre; qu'ils s'en aillent, cela suffit. Le plus grand nombre va dans le Canada et aux États-Unis.

Sir Walter-Scott a écrit dans la Quaterly reviewùe curieux articles sur la misère agricole anglaise, dont il a parfaitement signalé les causes. Autrefois , dit-il, en Angleterre, chaque villageois avait sa vache et son porc, et un enclos autour de

(1) Third annual report , appendix no 4.

{%) Ibid., n« G.

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