‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 66 sur 224 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

la maison. Là où un seul fermier laboure aujourd'hui , trente petits fermiers vivaient autrefois ; de sorte que pour un individu plus riche, il est vrai, à lui seul que les trente fermiers d'autrefois, il y a maintenant vingt-neuf journaliers misérables, sans emploi pour leur intelligence et pour leurs bras, dont plus de moitié est de trop. La seule fonction utile qu'ils remplissent, c'est de payer, quand ils le peuvent, une rente de 60 sh. environ par an , pour les cabanes qu'ils habitent.

L'illustre romancier a suivi savamment la marche et les progrès de celte misère, d'après l'action des causes qu'il lui assigne. Il nous a cité la paroisse de North Creek } dans le Norfolk, qui, en 1798, ne payait annuellement qu'une taxe de 1 sh. 9 pences pour soulager ses pauvres. Alors il y avait une propriété communale qui permettait aux habitants d'élever chacun au moins une tête de bétail. En 1818 , la taxe était de 25 I. st., mais alors il n'y avait plus qu'une vache dans tout le village. Ainsi , dans ces vingt ans , la grande propriété avait envahi les communaux, la grande culture avait réuni en une seule ferme les enclos et les terres des paysans , et le paupérisme était né (1). A cette époque, quelques paroisses possédaient encore des terres à bail, et elles étaient à peu près exemptes de misère, comme celle de Burley (Rutland ) où la taxe n'était que de 51 1. st., tandis que celle de Greetham toute voisine avait une taxe de 219 1. st., sans compter un plus grand nombre d'habitants. L'auteur cite , dans le comté de Sussex, quatre paroisses où il n'y avait plus un seul acre de terre à bail, pas un seul petit fermier, pas de communaux, et par conséquent pas de bétail. La taxe y était, en 1776, de 1,848 1. st.; en 1815, elle s'était élevée à 11,392 I. st. Arrivée à ce chiffre elle égalait à peu près la moitié du revenu foncier!

On peut appliquer aujourd'hui à beaucoup de campagnes d'Angleterre ce couplet d'une lamentable ballade :

The weel is silent in the vale Parental love is smitten to the dust Over a little smoke the aged sire,

(1) Quaterly review, Mars 1850. Revue Britannique , tome XXIX, avril 1830.

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