LIVRE I
Voici un échantillon du langage de ces malheureux : « Beau- » coup de nous, quand ils se présentèrent devant les magistrats » à deux heures (1), n'avaient pas mangé depuis hier. Nous ne » demandons pas mieux que de louer bien cher un coin de » terre pour y planter des pommes de terre , mais personne » ne peut nous en procurer! »
II nous semble qu'il n'est pas nécessaire de pousser plus avant ce douloureux inventaire. D'ailleurs , en traitant la partie des causes de la misère, nous aurons à revenir sur un grand nombre de faits que nous n'avons qu'indiqués ici en passant. Nous avons voulu seulement démontrer pour le moment que l'Angleterre, la plus riche des nations , avait une grande partie de sa population réduite à la misère. Nous venons de voir quel est le sort du plus grand nombre des habitants des campagnes.
L'industrie aussi a ses misérables, et depuis quelques années le paupérisme des cités est devenu plus affreux et aussi extrême que celui des campagnes. L'ouvrier parfait , c'est-à-dire, l'ouvrier adulte mâle , quand il est occupé , reçoit un salaire assez en rapport avec ses besoins ; mais ce travail , qui le fait vivre , n'est pas assuré. Périodiquement, et plusieurs fois chaque année, les crises générales ou locales viennent diminuer son salaire ou suspendre son travail. Et puis, ici comme partout , l'industrie a ses invalides; une infirmité et une maladie prolongées, si elles frappent un chef de famille, précipitent tout d'un coup cinq ou six personnes dans la misère.
Maintenant dirons-nous, avec quelques hardis statisticiens, combien il y a de pauvres dans les villes , combien dans les campagnes? non. Il nous semble que la revue que nous venons de faire constate aussi bien que possible la situation économique de l'Angleterre par rapport à la question des pauvres, et c'est tout ce que nous nous étions proposé.
Depuis l'application de la nouvelle loi, il paraît que la rigoureuse condition mise à la charité publique a exercé une bonne influence sur la population des campagnes. Certes , le workhouse n'a pas eu le pouvoir de diminuer la misère agricole de l'Angleterre, et le refus de la subvention paroissiale n'a pas eu pour motif ou pour conséquence une amélioration dans la con-
(1)4 décembre 1834.