LIVRE I
peu près au ma! entière liberté. Les vagabonds, sous le nom de truands, avaient, a Paris même, un royaume et un monarque, et ils défiaient de leur gueuserie insolente les édits des rois et les efforts d'une police impuissante. En 1640, on comptait, dit-on, 40,000 mendiants dans la capitale (1). Dix-neuf ans plus tard, la mendicité établissant à Paris son quartier-général , excitait huit séditions armées contre les archers de l'hôpital des bourgeois, et sa résistance était encouragée par la protection des soldats aux gardes (2). L'édit de 1662 , qui complétait et résumait l'édit fondamental de 1656, avait pour but de faire cesser ces désordres, en généralisant, pour toute la France, la manière de distribuer les secours, et la police de la misère.
M. Necker, le premier qui nous donne des renseignements statistiques sur la misère , évalue à 6 ou 7 mille le nombre des mendiants enfermés , sous son administration , dans les 32 dépôts qui existaient alors (5). Le même auteur constate l'existence de 700 hôpitaux , outre une centaine de petits établissements de 3 à 4 lits, fondés par la charité privée. Il estime de cent à cent dix mille le nombre des malheureux qui y trouvent habituellement un asile et des secours; 40 mille infirmes ou pauvres d'un âge avancé, présumés hors d'état de gagner leur vie; 25 mille malades; 40 mille enfants trouvés, dont le plus grand nombre est mis en pension dans les campagnes. ïl est bon d'observer que, ces chiffres ne reposent que sur l'affirmation de l'économiste ex-ministre d'État, et qu'ils ne sont point appuyés sur des pièces. Ne sont point compris dans cette statistique les hôpitaux militaires, au nombre de 70, et renfermant ordinairement 6,000 malades (4).
La révolution, qui, dans la générosité de ses premières illusions , voulait faire revenir l'âge d'or sur la terre, eut le projet de bannir à jamais la misère du pays qu'elle avait affranchi. Elle comprenait que la misère et la liberté ne pouvaient guère
(1) Histoire de VHôpilal général de Paris, 1676, p. 2 et 5.
(2) Jbid., p. 5.
(3) De V Administration des finances , tome I, p. 166.
(4) Dans l'hospice de 128 lits fondé sur la proposition de Necker en 1779, la journée de malades revint, la première année, à 16 sous i0 deniers. En 1789, à 17 sous 2 deniers et. une fraction.