‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 83 sur 224 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Les émeutes politiques ont fait oublier dans la révolution les émeutes industrielles, et pourtant ces dernières ont été souvent l'occasion des soulèvements révolutionnaires dont plus d'une fois elles ont déterminé le succès. Les salariés pensaient qu'il était aussi facile d'obtenir une augmentation dans le prix de la journée, que de renverser une constitution et un trône. C'était à la commune de Paris qu'ils adressaient leurs pétitions 5 un grand nombre des séances du pouvoir municipal sont employées à les discuter et à y répondre. Le 5 mai 1791, des ouvriers du pont Louis XV, se disant députés par cinq cents hommes composant l'atelier, demandent en leur nom et au nom de leurs compagnons une augmentation dans le prix des journées qu'ils voudraient faire porter à 56 sous , au lieu de 50. On leur fait toujours la même réponse ; heureusement que le pouvoir communal était alors populaire, et que, persuadé de la générosité de ses intentions, on regardait comme injuste ou impossible ce qu'il ne pouvait accorder (1) ! Mais ce qui est un fait bien digne d'attention , et ce qui nous explique clairement pourquoi la révolution n'a fait que détruire, pourquoi ses chefs n'ont su que donner ou recevoir la mort , c'est que pas un journal politique du temps, pas un homme politique, ne parlent des coalitions d'ouvriers, des émeutes industrielles, symptômes réels et faciles pourtant à reconnaître, du mal que la révolution voulait guérir. On se passionnait alors pour des abstractions, pour des sophismes et des déclamations , et personne ne comprenait qu'il y avait autre chose à faire qu'à renverser des privilèges et discuter des constitutions. On ne voyait pas, qu'à la déclaration des droits de l'homme devait correspondre une organisation sociale qui, satisfaisant les intérêts légitimes de tous , rendît possible la jouissance de ces droits. La révolution faisait de tous les citoyens des hommes égaux et libres, et elle ne songeait pas à découvrir et appliquer les réformes économiques qui pouvaient seules soustraire ce peuple, pour lequel on se passionnait alors d'un furieux amour, à la tyrannie de la mibénéfice seul des riches. Les entrepreneurs et les maîtres ne proposeront certainement pas cette injustice. »

Hist. parlent, de la Rèvol. tome IX, p. 444. (1) Hist. pari, de la Rèvol. , tomeX, p. 104.

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