‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 84 sur 224 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

sère, à la douloureuse oppression de la faim ! L'esprit de Turbot n'était plus. Des orateurs antiques, d'éloquents tribuns , occupaient la tribune et siégeaient dans les assemblées : l'industrie et le travail n'avaient point de représentants!

Le 14 juin 1791 , la constituante décréta, sur le rapport du représentant Chapelier, une loi encore en vigueur contre les coalitions d'ouvriers. C'était une exception manifestement contradictoire aux principes alors proclamés sur la liberté de former des assemblées. Le décret frappait, même dans ses applications légitimes , le principe de l'association , sous le prétexte que la réunion des ouvriers d'un métier, s'assemblant pour se secourir par des cotisations mutuelles, serait le rétablissement, sous une autre forme , des anciennes corporations. Tout en souhaitant que les salaires soient plus élevés qu'ils ne sont, afin que celui qui les reçoit , soit hors de cette dépendance absolue que produit la privation des besoins de première nécessité et qui est presque celle de l'esclavage, le rapporteur ne veut point que les ouvriers puissent mettre leurs intérêts en commun, dans la crainte qu'ils ne forcent les entrepreneurs de travaux, les ci-devant maîtres 7 à augmenter le prix de la journée du travail (1).

Le pouvoir révolutionnaire , s'étant immiscé par la loi du maximum dans le régime économique de la nation , les ouvriers s'adressèrent souvent à lui pour obtenir des salaires plus élevés. A mesure qu'on avance dans la révolution, leur langage devient plus hardi, et la plainte prend plus d'une fois le ton de la menace : les pétitionnaires n'étaient-iîs pas le bras de la révolution , les vainqueurs du 10 août? On lit dans une de ces pétitions (2) : « Plusieurs députés de l'assemblée constituante » et de l'assemblée législative ne sont devenus aristocrates que » parce que la nation leur donne un salaire trop fort. Le sa- » Iaire de tous les individus au service de la nation devrait être » gradué dans une juste proportion. »

La convention entreprit de réaliser, en les exagérant, toutes les promesses de la constituante. Les idées sociales de la convention dépassent celles de la constituante de toute la dif-

(1) Voyez le décret cité in extenso, —

(2) Séance du 2 octobre 1792.

Hist. parlent, tome X, p. 195.

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