LIVRE I
férence qui existait entre la politique des deux assemblées : c'est l'exagération des sentiments de justice et d'humanité , poussée jusqu'aux limites de l'impossible , avec l'absence absolue de toute idée économique applicable , de tout moyen pratique de les rendre efficaces. «Les malheureux , dit Bar- » rère (1), sont les puissances de la terre; ils ont le droit de » parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent. — La » mendicité , qui est la lèpre des monarchies , fait des progrès » effrayants dans la république (le rapporteur en accuse les » factions). Les hôtels-dieu et hôpitaux sont les tombeaux de » l'espèce humaine ; la misère est incompatible avec le gouver- » nement populaire. » La convention, organe du peuple souverain, va faire disparaître tout d'un coup la mendicité et la misère. Elle adopte généreusement les enfants abandonnés , elle ouvre des asiles aux vieillards , aux infirmes , aux invalides de l'armée du travail, elle assure de l'ouvrage a tous les citoyens qui en manquent. La misère sera inscrite sur le livre de la bienfaisance nationale , et chaque inscription rapportera annuellement 160 livres de rente à celui qui l'aura obtenue (2) , plus que n'aurait donné alors le revenu de la France si on l'avait réparti par têtes ! Ce rapport évalue la proportion des indigents au vingtième de la population. La république dépensera annuellement 7,480,000 livres pour soulager les pauvres des campagnes; les mères et les veuves auront une liste civile de 5,060,000 livres. Il n'y aura plus d'hôpitaux, mais des secours à domicile, et un officier de santé payé 500 livres par l'État, pour chaque district. Les secours médicaux s'élèveront à 4,187,853 livres 10 sous.
Cette annonce fastueuse d'une générosité qu'on n'avait pas les moyens d'appliquer, nous affecte d'une profonde tristesse. C'était comme si le gouvernement eût déclaré avoir trouvé le moyen d'enrichir subitement tous les citoyens français et de guérir tous leurs maux ! Heureusement qu'il n'est pas permis
(1) Séance du 22 floréal (11 mai 1794), présidence de Carnot. Hist. parlent, tome XXXIII, p. 24.
(2) Chaque département aura droit à 400 inscriptions; ceux dont la population dépasse 100,000 âmes, obtiendront de nouvelles inscriptions à raison de quatre par mille individus.