‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 88 sur 224 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

elle rend chaque individu responsable de sa destinée, fût-elle !a plus épouvantable détresse, la mort par la faim. Nous n'avons rien de fixé, rien d'arrêté sur cette importante matière. Des lois qui ne sont pas abrogées de droit contiennent à peu près tous les principes, toutes les dispositions possibles , de sorte que dans l'absence de loi positive , c'est la tradition des usages administratifs, c'est le régime mobile des ordonnances, qui gouvernent souverainement la charité publique.

Le consulat et l'empire n'ont fait que régulariser et compléter le système des bureaux de bienfaisance et des commissions administratives, créé par la loi du 27 novembre 1796. Mais ce mode de charité ne répond qu'à la misère accidentelle; il soulage les maux qui passent, il ne peut rien contre cette détresse absolue qui demande des secours aussi fréquemment renouvelés (iue les besoins. La mendicité, qui est le recours à la charité privée, était nécessairement la conséquence d'une charité publique insuffisante : aussi les villes et campagnes de France étaient-elles parcourues, comme elles le sont encore, par des troupes de mendiants. La gueuserie a été de tout temps très- Morissante dans notre pays : la misère plus souvent fausse que vraie, la misère qui gémit, crie et chante, étale encore ses guenilles suppliantes sur tous les points de la France. La mendicité n'est supprimée que partiellement, comme à Paris par exemple, et non par mesure générale.

L'empereur voulut la faire disparaître tout d'un coup. Il transmit aux agents de son pouvoir l'ordre de préparer un plan pour l'extinction de la mendicité dans toute la France. Il paraît que le projet se fit attendre, car Napoléon perdit patience et écrivit à son ministre de l'intérieur Crétet , pour lui ordonner de détruire avant un mois , pour tout délai, ce mal affreux dont la vue importunait son intelligence. Il disait , comme s'il était pressé d'employer utilement les jours de son pouvoir, comme s'il avait peur que le temps ne lui fût mesuré trop petitement : « Il ne faut point passer sur celte terre sans laisser » des traces qui recommandent noire mémoire à la postérité.... » N'allez pas me demander encore trois ou quatre mois pour » avoir des renseignements; vous avez de jeunes auditeurs , » des préfets intelligents, des ingénieurs des ponts et chaus- » sées instruits, faites courir tout cela, et ne vous endormez

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