‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 89 sur 224 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

» pas dans le travail ordinaire des bureaux (1). » L'empereur fut obéi , nous ne dirons pas aussi dignement que le méritaient la bonté de ses intentions et la hauteur de ses vues , mais aussi bien peut-être qu'on pouvait le faire alors. En quelques mois tout était fait, et le 5 juillet 1808 la loi qui supprimait la mendicité était rendue.

Cette loi suppose la charité légale , car elle fait de la mendicité un délit : il faut donc , pour avoir le droit de punir, qu'elle l'achète par sa sollicitude charitable, en offrant du travail et des secours à la misère innocente. Elle part de ce principe chrétien dont elle fait une obligation absolue : le travail est un devoir, un devoir social (2); l'homme misérable par fainéantise ne doit pas être seulement responsable de son malheur, il est coupable d'un délit prévu et défini dans la loi pénale (3).

La loi du 5 juillet 1808 est Sa reprise de la loi du 15 octobre 1795 qui avait aboli la mendicité et institué en faveur de la misère le magnifique système de secours dont nous avons parlé tout à l'heure : cette grande utopie de la convention était couronnée par des mesures répressives de la fainéantise , cause unique de la mendicité, contre laquelle on prononçait la peine dë la transport a lion à Madagascar pour huit années , à la iroisième récivide.

A la prison prononcée par la nouvelle loi correspondait cette fois le dépôt de mendicité, maison de refuge pour les indigents, que sa grande ressemblance avec la prison a fait bientôt confondre avec elle. La maison de charité dégénéra rapidement en maison de peine. Triste et inévitable conséquence, a ce qu'il paraît, de la charité légale, qui ne se monde réellement puissante que pour réprimer et punir (4) !

Ce système ne dura pas non plus, du moins dans ce qu'il

(1) Lettre de Napoléon à Crétet, ministre de l'intérieur, 24 novembre 1807.

(2) Quoniam si quis non vult operare, ne manducet. Saint Paul, Epis t. ad Thess., cap. 10.

(3) Code pénal mis en vigueur le 22 février 1810. — Art. 274-282.

(4j Les lois anglaises d'abord instituées en faveur des pauvres finissent par êlre tournées contre eux. Le work house est substitué à Vallowance.

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