LIVRE I
somme que coûte chez nous l'administration de la guerre; le paupérisme anglais se trouve élevé , surtout depuis la nouvelle loi , à la dignité d'institution nationale ! Il occupe environ cinq cents administrations locales, qui emploient chacune une douzaine de fonctionnaires, et le pouvoir central qui gouverne cette vaste machine , est , par l'autorité dont il dispose , le ministère d'Étal le plus important peut-être , bien qu'il n'ait que le titre modeste de commission. En France, le travail d'un oudeuxbureaux du ministère de l'intérieur, suffit, avec les commissions des hospices et les bureaux de bienfaisance, à discipliner et à soulager la misère officielle. Le gouvernement intervient à peine en ce qui concerne la charité ; il ne fait que contrôler, il n'agit pas : chaque établissement de charité suffit à peu près à tous ses besoins. Avec une population plus que double de celle de l'Angleterre , la France ne dépense pas au soulagement de la misère le quart de ce que l'impôt prélève en ce pays pour l'entretien des pauvres , et encore chez nous les revenus particuliers des hospices et maisons de secours couvrent la plus grande partie des dépenses : dix millions à peine affectés à la misère, restent à la charge du budget de la nation.
S'il existait entre le paupérisme réel des deux pays une aussi grande différence qu'il y en a entre leur paupérisme officiel, la France se trouverait dans une situation économique et sociale bien préférable à celle de l'Angleterre. Dans une question aussi délicale que celle du paupérisme, les chiffres de la statistique ne prouvent pas tout ce qu'on serait tenté de leur faire prouver. Si, comme l'ont fait plusieurs économistes, on mesurait la misère des deux pays d'après ce que nous en apprennent les documents officiels , on arriverait à une conclusion arithméliquement exacte peut-être , mais logiquement fausse.
L'Angleterre, est depuis près de trois siècles, sous le régime d'une charité légale qui reconnaissait à l'indigent le droit absolu aux secours . et qui avait institué dans les plus petites localités des fonctionnaires chargés de recevoir les demandes des indigents et d'y répondre. Un pauvre anglais , sans ouvrage ou ne gagnant qu'un salaire insuffisant, venait réclamer de sa paroisse le soulagement, Yallowance , qu'il croyait lui être dû : il n'était pas rare d'entendre les pensionnaires de la taxe dire aux officiers de la paroisse : » Combien nous revient-il cette