XII PRÉFACE
dre, les revenus publics se perpétuer, chaque élément de bonheur et de puissance se fortifier et s'étendre. Que serait-ce aussi que l'égalité civile, cette nouvelle et légitime conquête du droit moderne, en dehors d'un système raisonnable de contributions? Les privilèges les plus odieux d'autrefois n'étaient- ils pas ceux que respectait le fisc?
Mais, je le sais, des réformes aussi nombreuses et aussi radicales que celles que je réclame dans ce livre ne se peuvent obtenir promptement. Les usages, l'opinion publique, les désirs naturels des gouvernements leur sont et leur seront longtemps encore de puissants obstacles. Rien de grand ne se fait vite, c'est une loi de la nature, dit bien Quintilien. Seulement c'est le devoir du publiciste- de marquer* le but, comme c'est celui de l'homme politique d'y marcher avec mesure. L'un ne tient compte que du vrai et du juste, si l'autre doit sans cesse envisager le possible et le convenable; moins que personne, je voudrais paraître, en matière de finances surtout, imposer de prime abord mes sentiments. Il n'est pas de sujet où s'applique mieux cette maxime de Fontenelle : La vérité doit entrer par le petit bout. Mais lorsqu'elle est démontrée et devient acceptée, il ne faut pas non plus l'oublier, il importe d'en souhaiter et d'en rechercher le succès. Les eaux coulent paisibles dans un lit habilement et sagement construit ; elles renversent et brisent tout obstacle qu'on oppose à leur cours devenu irrésistible. Que de fois, sous nos yeux mêmes, s'est justifiée l'opinion , sans cesse reproduite , et bien rarement écoutée, que des
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maux extrêmes menacent ceux qui repoussent toute réforme.
Si vraies que je croie les doctrines auxquelles je me suis rallié, pour si réfléchies et étudiées que je les tienne, je ne pense pas, je le répète, qu'elles doivent dès maintenant faire changer nos lois. 11 faut auparavant qu'elles soient longtemps discutées dans la science, et qu'elles deviennent l'opinion générale des classes auxquelles appartient, quoi qu'on fasse, la direction des sociétés. J'ajoute seulement que ce serait un misérable rôle, parce qu'elles renversent des doctrines auxquelles on est accoutumé, de les injurier au lieu de les réfuter. La recherche des perfectionnements à réaliser dans les institutions d'où dépend le sort des peuples, ne serat-elle pas toujours, malgré de sots dédains, le champ favori des nobles efforts, des labeurs élevés, et ne convient-il pas, en quelque oubli qu'on doive rester, de s'y dévouer tout entier? Quelle plus belle œuvre se proposer jamais? et quel germe utile se dépose sans croître et fructifier plus tard?
Pour moi, je serais satisfait si ce livre contribuait à appeler l'attention sur les questions qui s'y trouvent examinées. Une discussion sérieuse montrerait les vérités qui s'y peuvent rencontrer, et les ferait adopter, comme elle ferait pour toujours rejeter les erreurs qu'il contient. Que n'ai-je la voix de Bastiat pour convier surtout, ainsi que lui, les intelligences encore jeunes aux études économiques, et, entre ces études, à celles qui jusqu'à nous ont été le plus négligées! L'avenir entier en dépend, et Humboldt ne se trompait pas en