DE LA MON1VAÏF
I. — Des capitaux matériels et des capitaux monétaires. — Diverses monnaies employées. — Monnaies d'or et d'argent. — De l'empreinte des monnaies. — D'où vient leur valeur. — Anciennes dégradations des monnaies. — Leur composition et leur valeur actuelle en France. — De la monnaie de cuivre. — La monnaie est une marchandise.
II. — Diverses opinions sur l'empreinte des monnaies. — Deux métaux ne peuvent figurer également dans la circulation. — Diverses opinions sur la valeur et la circulation de la monnaie. — Histoire de la monnaie en Angleterre. — Le frai de l'or et de l'argent. — A quelles variations ces deux métaux sont soumis. — Lequel est préférable pour la monnaie. — Quelles sommes représentent l'or et l'argent circulant comme monnaies dans le monde, surtout en Kurope. — Augmenlation de la production de l'or et augmentation probable de la production de i'argent.
III. — Des périls causés par la dépréciation des métaux précieux. — Conséquences de l'accroissement de la production des métaux précieux. — - Moyens à employer pour prévenir les désastres qu'elle peut causer. — Du droit de monnayage. — Anciennes opinions sur la richesse.
Le globe n'est, pour les économistes, qu'un vaste atelier,
où l'humanité utilise ses forces et pourvoit à ses besoins. Mais
quelques avantages qu'il lui présente, et si grands qu'y soient
ses labeurs, il lui faut se procurer des instruments de toute
sorte pour accroître sa puissance productive, d'elle-même
assez restreinte, comme pour faciliter ses échanges, partout
entourés de nombreuses entraves. Ces instruments, très-di- 1. i
vers, rentrent tous parmi les capitaux matériels et les capitaux monétaires, ou plutôt constituent ces deux classes de capitaux, utiles ou nécessaires à des degrés différents. Depuis la voile qui fend l'espace, la charrue qui creuse le sillon, le foyer où se transforment les métaux, en effet, jusqu'à l'aiguille qui marque les directions, jusqu'au mince engrenage qui mesure les heures, et à la faible lentille qui nous transporte dans les mondes supérieurs, les machines nous aident dans tous les actes de la vie, et sont, après, nous-mêmes, les meilleurs agents de la production. Les monnaies ou tous les autres moyens de circulation ne viennent qu'ensuite. Quel numéraire vaudra jamais le cliché de Gutenberg? Quelles espèces monétaires pourraient rendre les services de la chaudière de Watt ou de la jenny d'Arkwright, de la simple pioche ou de la plus commune navette? Il faut d'abord des instruments d'ouvrage, des capitaux matériels ; après seulement viennent les moyens d'échange, les capitaux monétaires (1).
Un peuple ne saurait toutefois demeurer longtemps dépourvu de ces derniers. Le numéraire devient indispensable dès que la division du travail s'établit, et à mesure qu'elle augmente, son usage et son utilité s'étendent. Caries échanges naissent avec les différences des occupations et se multiplient en raison de leurs progrès. Or, si l'on manquait d'un intermédiaire que personne n'eût intérêt à refuser, et qui pût s'assimiler à tout produit, comment réaliserait-on ces échanges? Il faudrait continuer les traditions commerciales de la Bible, ou imiter ces jeunes gens qui s'en allaient, au commencement de ce siècle encore, par les rues de Corrientes, en criant : Du
(1) Des économistes, notamment, cbez nous, M. Blanqui {Cours d'Économie industrielle, 1838-1839, 19 e leçon), ont prétendu que les pays commerçants ont plus besoin de monnaie que de machines. Cependant des routes, des canaux, des rivières, bien entretenus, des ports, des vaisseaux, des moyens de transport perfectionnés, des comptoirs, des entrepôts leur sont plus nécessaires assurément que du numéraire.
sel pour de la, chandelle! du tabac pour du pain ! Les trocs en nature ne conviennent évidemment qu'aux sociétés dans l'enfance, quelques regrets qu'ils inspirassent à Pline. C'est la monnaie seule qui permet à la consommation d'étendre ses choix sur toute la masse des valeurs produites, et à l'industrie d'offrir les fruits de son travail à tous les acheteurs, en faisant du monde industriel comme un vaste marché, où chacun a la faculté de se défaire de ce qu'il possède et de se procurer ce qu'il désire. C'est la grande roue de la circulation, disait Adam Smith (1).
Ainsi que toute chose, du reste, elle a longtemps été trèsimparfaite, et l'est encore dans bien des lieux. Des bœufs soldaient les achats aux premiers Umps de la Grèce. L'armure de Diomède en avait coûté 9, et celle de Glaucus en valait 1 00, selon Homère (2), qui, non plus qu'Hésiode, n'indique, nulle part, l'or ou l'argent comme numéraire. Devant Troie, le vin de Lesbos se payait aussi, d'après V Iliade, avec de l'airain, du fer et des esclaves, cette living money {monnaie vivante) des anciennes lois anglaises (3). Dans plusieurs contrées de l'Inde, ce sont pareillement aujourd'hui des coquillages qui soldent les échanges. A Terre-Neuve, c'est de la morue sèche ; ailleurs, c'est du sucre, du rhum, du fer, du sel, ou des peaux préparées, ou du tabac. Qui ne sait qu'un village d'Écosse employait des clous comme monnaie, au temps de Smith, et M. de Humboldt n'a-t-il pas vu le cacao servir de billon à Mexico (4)? Chaque peuple s'est fait probablement à l'origine une monnaie
(1) Lauderdale l'appelle même la machine qui économise le plus de travail.
(2) M. Garni er a prétendu, mais sans s'autoriser d'aucune preuve, qu'Homère entend parler de monnaie portant l'empreinte d'un bœuf.
(3) La living money se composait de serfs et de bestiaux. V. History of Britam, par Henry, t. IV, p. 243, 244. — Jacob, An historical inquiry inlo the prêtions me (ai s, t. I, p. 313.
(4) Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, t. III, p. 36, 37. Un sou était représenté par 6 grains de cacao.
de celle de ses marchandises qui pouvait le mieux se conserver et se diviser. Mais doués de ces qualités plus que tous autres produits, les métaux n'ont pas tardé, chez la plupart des nations, à remplir ce service. C'est ainsi que Rome eut bientôt sa monnaie de cuivre et Sparte sa monnaie de fer.
Entre les métaux, cependant, bien des différences subsistent, et les préférables, sous ce rapport, sont incontestablement l'or et l'argent. Le platine lui-même, dont l'usage monétaire s'est introduit en Russie vers 4828, leur est de beaucoup inférieur. Seuls, l'or et l'argent possèdent certaines propriétés, certaines qualités nécessaires à une bonne monnaie. Leur valeur est la même, de quelque lieu qu'ils proviennent (1 J. Ils ne s'altèrent point au contact de l'air, ni ne changent aux variations de température. Quoique assez malléables pour recevoir les diverses formes qu'on leur veut donner, ils résistent, au moyen d'un alliage, à la destruction par le frottement. Ils se divisent en parcelles si faibles qu'ils interviennent dans presque tous les échanges. Enfin, peu répandus dans la nature, ils ont un prix très-élevé et très-constant , de môme que, très-portatifs, ils valent partout à peu près autant.
C'est à la propriété de représenter sous un mince volume toutes les valeurs, d'y équivaloir, pour parler plus exactement (2), et d'être de toutes les richesses la moins altérable et la plus aisée à transporter, que les métaux précieux ont dû de procurer, au rapport de M. Storch, en cela mieux inspiré que Montesquieu (3), ces deux résultats si considérables pour l'amélioration du sort des peuples : la facilité des épargnes et celle des emprunts. Lycurgue, qui craignait, dans sa
(1) Un gramme d'or pur d'Amérique est exactement pareil à un gramme d'or pur d'Europe ou d'Afrique.
(2) « On ne doit pas dire que la monnaie est le signe représentatif des valeurs : elle a sa valeur en elle-même ; elle ne représente pas les autres choses. » J. B. Say.
(3) V. Montesquieu, Esprit des lois, liv. xxin, ch. 17.
profonde ignorance économique» que le numéraire s'accumulât ou se voiturât trop commodément, avait sagement agi en ordonnant qu'il fût en fer. Ce qui faisait dernièrement encore, néanmoins, l'admiration d'un de nos réformateurs socialistes le plus en renom (1). Il est vrai que c'était aussi l'avis de M. de Bonald.
Mais, pour la facilité des transactions, il est indispensable que le poids et la pureté des métaux-monnaies, si bon qu'on en trouve le choix, soient, en outre, constatés. Autrement, pourrait-on recevoir une seule pièce de numéraire sans la peser et l'essayer, comme on le voit faire aux Égyptiens et aux Assyriens dans leurs anciennes peintures, ou comme cela se pratiquait presque de nos jours au Brésil (2)? C'est naturellement à l'empreinte de l'autorité qu'il appartient de donner cette dernière qualité, cette nécessaire garantie aux espèces métalliques. Par malheur, les gouvernants, depuis ceux de la Grèce et de Rome (3) jusqu'à la papauté du xvi e siècle (4), et aux royautés modernes, se sont, à de nombreuses reprises, servis de ce moyen pour altérer les monnaies. Au temps même des merveilleuses exploitations du Potosi et de la Veta Madré, que de fois les souverains d'Espagne se sont faits faux monnayeurs ! II m'est inutile d'ajouter que partout et toujours le commerce s'est aperçu de ces fraudes, malgré
(1) M. P. Leroux (Revue sociale, janvier 4846) approuve Lycurgue de cette décision. A son avis, l'or et l'argent, par cela seul qu'ils représentent une grande valeur sous un petit volume, doivent être condamnés comme Vemblème et l'embryon du capital. Le passage est assez curieux pour • que j'y renvoie le lecteur. 0 la science et souvent la bonne foi des réformateurs! t
(2) V. Journal des Economistes, mars 1843, art. de M. H. Say.
(3) Les gouvernements grecs émettaient une monnaie de mauvais aloi, destinée à l'usage intérieur. A Rome, dès la première guerre punique, on réduisit a 2 onces de cuivre l'as, qui devait être de 12.
(4) Sixte-Quint. V. Itanke, Histoire de la Papauté.
les singulières précautions dont elles étaient entourées (4). Les monnaies n'ont jamais circulé que pour ce qu'elles valaient réellement. En combattant l'opinion de Boizart et de Locke, Law l'observe fort judicieusement dans ses Considérations sur le numéraire (2), la meilleure de ses œuvres : « La monnaie no reçoit point sa valeur de l'autorité administrative : l'empreinte marque son poids et son titre, mais elle ne donne pas la valeur : c'est la matière qui en fait la valeur, qui est aussi plus ou moins forte, selon que la quantité est proportionnée à la demande. » Mais les princes se gardaient d'assez restreindre la masse des espèces qu'ils s'appliquaient à détériorer, pour que les nécessités des échanges leur conservassent une valeur élevée. Et quelle perturbation chaque avilissement du numéraire jetait dans les transactions, en empêchant les prêts et en détruisant le crédit! L'acerbe indignation de Dante contre les rois faux monnayeurs, ou ses pathétiques accents sur les transformations subies, par sa patrie, dans son numéraire, comme dans ses coutumes ou les lois
« Quantc volte nel tempo che rimembre * Legge, moneta, ed uflcio, e costume » Hai mutato... »
s'expliquent autant que la reconnaissance de l'Angleterre, exprimée sur le tombeau d'Elisabeth (3), pour son respect de l'agent le plus indispensable du négoce. Ce fut le principal mérite des premières banques de procurer à la monnaie où elles existaient une valeur assurée et constante (4). Fort heureusement les gouvernements se sont enfin persuadés que la falsi-
(1) Quand Jean II altéra le titre de ses monnaies pour payer plus aisément ses dettes, il obligea tous les officiers de ses hôtels de monnaies, par serment, au secret. Du Can$e, Glossaire, v° Moneta.
(2) Mémoire sur les monnaies, 1" partie.
(3) « Moneta in justum valorem reducta. » *
(4) Pour les altérations subies par les monnaies anglaises, V. lord Liverpool, On the coins ofthe realm, p. 22 et suiv. ; Jacob, On precious metals, t.I, p. 324,325*.
fication des espèces n'est pas seulement coupable, qu'elle leur est aussi onéreuse, par l'impossibilité où ils sont de ne les pas recevoir pour leur valeur nominale, et de les faire accepter pour plus que leur valeur réelle. Ils ont, en général, renoncé à cette funeste pratique, dont il ne restera désormais, il le faut espérer, que les écrits innombrables qu'elle a suscités, et qui nous la font encore singulièrement regretter, à nous qui sommes obligés à les lire. Quel autre ressemble au Drapier de Swift, ce pamphlet si profondément injuste cependant ; mais si fougueux et si remarquable?
C'est uniquement à l'origine, en conséquence, que les noms donnés aux pièces de monnaie ont exactement indiqué leur poids ou leur valeur. L'as ou la livre de ServiusTullius, par exemple, qui fit le premier battre monnaie à Rome, en répudiant l'usage des barres de cuivre sans empreinte (1), contenait le poids d'une livre romaine de bon cuivre. La livre sterling d'Angleterre, au temps d'Édouard I er , et celle d'Écosse, sous Alexandre I er , renfermaient également une livre d'argent d'un titre déterminé, de même que la livre de France sous Charlemagne. Seulement, le poids de Troyes, ville dont les usages commerciaux étaient fort répandus, grâce aux foires importantes qui s'y tenaient, remplaçait, pour nous, le poids anglais de la Tour, cette ancienne mesure saxonne, en place de laquelle Henri VIII fit pourtant aussi adopter notre livre de Troyes (2). Et il en a été des monnaies inférieures comme des monnaies supérieures. Ainsi, l'once romaine pesait une once de cuivre, comme, dans le principe, le penny anglais ou écossais et le denier français. Le shilling et le sou semblent eux-mêmes avoir commencé par désigner un certain poids (3) ; et il est remarquable que les
(1) Pline, Eist. natur., liv. xxxra, ch. 3. Ad. Smith, lîv. i, ch. 4.
(2) La livre de Troyes (Troy-povnd) se divise en 12 onces, l'once en 20 pences, le penny en 24 grains. La livre de Troyes pèse 7,021 grains du poids de Charlemagne, et 372,922 milligrammes.
(3) V. Ad. Smith, liv. i, ch. 4.
relations de poids ou de valeur réelle, entre la livre, le penny ou le denier, l'once ou le sou, soient restées presque semblables, au milieu des incessantes variations auxquelles a été soumise chacune de ces pièces. Variations telles cependant que notre livre tournois, pour ne citer qu'un exemple, ne contenait plus, au moment de la révolution , que la 72 e partie de la quantité d'argent fin qu'elle renfermait sous Charlemagne.
Aujourd'hui, notre franc pèse 5 grammes à 900/1000 de fin, ou 4 \ /2 grammes d'argent net d'alliage, et notre pièce d'or de 20 francs, à 900/4 000 de fin également, est frappée à la taille de
1 55 au kilogramme (1 ) . L'alliage, qui forme 1/10 du poids de nos monnaies, n'est d'ailleurs employé que pour qu'elles résistent mieux au frottement, comme pour empêcher les manipulations trop dispendieuses qu'entraînerait l'épuration complète de l'or et de l'argent. On ne cherche point à ce qu'il remplace ces métaux; il n'y a là ni dissimulation ni fraude. Les partisans de la monnaie signe, comme parlait Montesquieu, leur chef le plus illustre, ne se pourraient autoriser de notre exemple.
Quant aux espèces de cuivre, indispensables pour les petits échanges, mais très-lourdes, elles conservent, au contraire, dans la plupart de États, une valeur en grande partie fictive. Le rapport du cuivre à l'argent est effectivement comme 1 est à 80 environ ; et 20 de nos sous ne pèsent pas 80 fois autant qu'une pièce de 4 franc. En Angleterre, la valeur intrinsèque du billon ne représente guère non plus que la moitié de sa valeur nominale, aussi bien qu'en Belgique et en Suisse. Le numéraire cesse donc, sous cette forme, d'être une marchandise ; les pièces qui le composent constituent seulement des sortes de bons de confiance, des assignats en métal. Elles n'ont point, à l'inverse des autres espèces, leur valeur en elles-
(i) Voir, pour la composition des monnaies des divers pays, Cours d'économie politique, par M. M. Chevalier, t. III, p. îietsuiv.
mêmes. Si le cours légal s'en soutient, c'est uniquement parce que la quantité nécessaire pour former les appoints dans la circulation, quantité qu'on évalue chez nous à 4b millions (1), n'est pas dépassée. On s'en est facilement aperçu dans nos départements du nord, après 1830, et à différentes reprises en Russie, lorsque cette juste mesure a été méconnue. Mais puisque le cuivre est une sorte de monnaie, il faut que su valeur officielle se rapproche autant que possible de sa valeur effective. En faisant descendre le poids de notre décime de \o grammes à 40, c'est-à-dire en donnant à notre monnaie de cuivre une surélévation de 77 p. 400, comme le fait notre dernière loi (2), on a, je crois, atteint l'extrême limite de cette surélévation (3).
Je le répète, toutefois, dans ses conditions ordinaires, le numéraire n'a rien de fictif; c'est une véritable marchandise, une denrée soumise à toutes les lois du marché. La noblesse de son origine, que l'antiquité faisait remonter à Erichthonius pour l'argent, et pour l'or au soleil lui-même, n'y saurait que faire. II ne s'agit plus là d'appoint, et l'on n'a plus affaire à un métal, le meilleur cependant pour cet usage, d'un poids tel que, si l'on n'en surélevait pas la valeur, on ne s'en pourrait servir. Le cours s'en règle seulement d'après la quantité qui s'en trouve et le besoin qu'on en a, absolument comme le prix des tissus
(1) La commission des monnaies a émis l'avis, en 1838, que nos espèces tic billon, très-mal fabriquées, fussent remplacées par une nouvelle monnaie, du poids de 15 grammes de cuivre pour un décime, avec un alliage d'environ 4/100 d'élain. Rappert de MM. Dumas et de Colmont, p. 104 et 106. — Ce rapport estime a 45,000,000 de francs la somme de nos monnaies de billon. La commission proposait de porter a 36,000,000 de francs la nouvelle monnaie de billon qu'elle réclamait, sauf à en augmenter la masse, si cela paraissait nécessaire.
(2) Cette loi décide qu'on émettra de cette nouvelle monnaie de cuivre pour- 50 millions.
(3) L'administration anglaise a cédé dernièrement à des entrepreneurs de Birmingham le privilège de frapper de la monuaic de cuivre.
ou des céréales, des bois ou des fers. De toutes les conditions d'une monnaie parfaite, dit bien M. Michel Chevalier (4), la fixité de valeur est la seule à l'égard de laquelle les métaux précieux laissent à désirer.
Et c'est là ce qui rend compte des baisses ou des hausses qu'ils ont tour à tour éprouvées ; de la hausse, par exemple, qui s'en manifestait dans toute l'Europe avant la découverte de l'Amérique, et de la baisse, des deux tiers environ, qui les atteignit à la suite de cette découverte. Chaque jour, s'augmentait d'abord leur rareté; et plus tard les masses métalliques que les mines américaines versèrent dans la circulation, surtout après la mise en exploitation du Potosi (4545), s'éievant à presque 42 fois le montant de tout le numéraire préexistant, estimé à 4 milliard de notre monnaie (2), comment ne serait-il pas survenu une énorme baisse dans leur valeur? C'est cependant aux progrès de l'industrie de cette époque et au passage du cap de Bonne-Espérance, qui ouvrit une communication directe avec le continent asiatique, déjà soumis aux importations d'or et d'argent, que cette valeurdutdene pas diminuer davantage. Mais quelles plaintes ou quels espoirs, quel accablant effroi ou quelle satisfaction étonnée causa cette perturbation dans le prix des monnaies ! Ce serait assurément l'un des récits les plus curieux que celui de toutes les lamentations et de toutes les joies consignées dans les écrits et les discours de ce temps, depuis le triste Mémoire sur l'excessive cherté, présenté à Catherine de Médicis, ou les sermons prêchés par le spirituel évêque Latimer devant Édouard VI d'Angleterre, jusqu'au livre si profondément ignorant sur les finances du père D. Sancho de Moncada, en Espagne (3j. On n'y pourrait comparer
(1) Cours d'Economie politique, t. III, p. 16.
(2) Jacob, On precious métals, ne porte même les espèces de toute l'Europe, à la fin du xv« siècle, qu'à 860 millions de francs.
(3) On peut lire des extraits de ces divers ouvrages dans l'Histoire de l'éco-
DE LA MONNAIE* If
que les lois qu'ils semblent avoir inspirées. Celles de la cour de Madrid suscitent des difficultés de toute sorte au commerce de détail, « afin de lutter contre la cherté toujours croissante des marchandises (1). » La diète d'Allemagne interdit, dans le même but, la formation de toute compagnie possédant plus de 50,000 florins de capital (2). Quel changement, il est vrai, dans les habitudes, dans les positions, dans les conditions sociales ! Les redevances, les profits, les salaires, le cours des denrées, tout était modifié; aucun des anciens rapports n'était maintenu. Les rentes espagnoles, qui se trouvaient au denier dix, tombèrent, selon l'inca Garcilasso, au denier vingt (3), et tout suivit. Ce fut surtout un coup terrible pour la féodalité, dont une grande partie des revenus consistait en droits invariables. Boulainvilliers le remarquait avec raison, bien qu'il ne comprît ni l'importance ni le jeu des monnaies (4) ; et Jacob estime que la déprédation des métaux précieux a contribué
beaucoup, en Angleterre, aux difficultés des règnes de Jacques I er et de Charles I er , terminées à la première grande révolution politique du monde moderne.
La qualité de marchandise propre au numéraire ne se révèle pas seulement par les variations qu'il subit à travers les siècles, à la suite d'événements extraordinaires, ou par les divers cours qu'il affecte d'État à État, d'où naissent les spéculations du change; elle se manifeste encore chaque jour, au sein de tous les pays. Il s'en faut, par exemple, que l'argent vaille au-
nomie politique de M. Blanqui, t. I, p. 400, 410. — En Angleterre, le peuple attribuait le plus souvent ses souffrances à la suppression des couvents. V. Percy, Reîiquies o fondent poetry.
(1) V. Ranke, Fursten and volker, I, p. 400.
(2) V. Ranke, Geschichte der reformation, II, p. 42 et suiv.
(3) Histoire des guerres civiles des Espagnols dans les Indes. Montesquieu, Esprit des lois, liv. XXII, ch. 6. — La valeur des métaux précieux était pourtant encore beaucoup plus élevée qu'aujourd'hui. D'après le prix du blé, l'argent valait en Espagne plus qu'aujourd'hui, dans le rapport de 62 à 10.
(4) Dans sa Douzième lettre sur les états généraux et les parlement*.
tant dans une grande et riche cité que dans une pauvre et petite ville, dans un port ou au centre de nombreuses fabriques qu'au milieu des campagnes. Malgré son empreinte uniforme, la monnaie ne saurait, on le voit, à tous égards, servir de mesure exacte, rigoureuse des valeurs. Elle ne le peut pas plus en réalité que le travail, indiqué comme tel par Adam Smith et Malthus (\ ), ou que le blé, préféré sous ce rapport par J. B. Say (2). Rien ne marque ni ne peut marquer avec précision le cours des marchés, cette mobile conséquence, cette résultante unique des désirs des acheteurs et de l'intérêt des vendeurs. Il n'est aucun étalon des valeurs.
Les lois qui prétendent ordonner les prix, régler les cours, ne proviennent pas seulement même d'une grossière erreur, elles sont le plus souvent très-funestes aux intérêts qu'elles paraissent protéger. Il en est pour tout alors, comme de nos jours pour les prêts, grâce aux lois sur l'usure. Car si l'on décrète aisément des tarifs, comment obliger à travailler ou à vendre ceux qui perdraient à le faire? En portant atteinte au principe de la coucurrence, et en imposant des conditions irréalisables, combien restreint-on les affaires et surélève-t-on les prix! Le magistrat, dit Montesquieu (3), ne peut pas plus taxer la valeur des marchandises qu'établir, par une ordonnance, que le rapport de 1 à 10 est égal à celui de 1 à 20. Cependant, chose étrange, ce sont les partisans dévoués de la liberté, ceux qui se donnent pour tels au moins, qui soutiennent le plus ardemment, aux époques de trouble et de souffrance surtout, ces mesures arbitraires et spolia-
il) Ad. Smilh, liv. I, ch. 5, p. 42, 47, édit. Guillaumin. — Malthus, Définitions de V Économie politique, ch. 9.
(2) Plusieurs passages des livres de J. B. Say lui ont fait attribuer l'opinion que le blé est la mesure des valeurs ; mais, dans ses notes sur Ricardo, il a très-bien expliqué qu'il n'avait vu dans le prix du blé qu'un renseignement, qu'une mesure très-approximative des cours à diverses époques.
(3) Esprit des lois, liv. xxii, ch. 7.
triées. Mais la liberté, cette idole que Dieu a déposée au fond du cœur de chaque homme, ce premier souhait, comme cette première nécessité de la vie, qu'est-ce encore, en dehors de quelques droits politiques, le plus souvent eux-mêmes si mal compris ou si mal respectés?
Les qualités et le rôle véritables du numéraire ne nous sont, du reste, connus que depuis assez peu d'années. Petty, Locke et Harris, vers la fin du xvii e siècle ; Newton, Law et Smith, durant le xvm e ; lord Liverpool, dans les premières années du xix c , ont successivement, en Angleterre, discuté et éclairci ce beau et difficile sujet. Mais, en France, c'est à peine si les principes qu'ils ont posés commencent à se propager. Malgré l'écrit d'Oresme, qui, dès le xiv e siècle, publiait, parmi nous, quelques-unes de leurs remarques les plus vraies (4), nous en sommes presque restés aux notions fort erronées qu'en cela Montesquieu, sauf en de rares occasions, a répandues ou répétées. •
Partant de cette idée, démontrée pour la première fois par Locke, que les métaux-monnaies subissent toutes les variations qu'impose la loi de l'offre et de la demande, et à l'égard des denrées qu'ils servent à payer, et à l'égard l'un de l'autre, J. B. Say s'opposait à ce qu'on leur donnât une valeur légale, et à ce qu'on établît entre eux un rapport officiel. Il voulait que l'action du pouvoir public sur les monnaies se bornât à garantir, par l'empreinte dont il les frappe, le poids et le titre des matières qui les composent. Cette opi-
(1) Je crois cependant qu'on a beaucoup surfaitles mérites de Nicolas Oresme.
nion avait été d'ailleurs émise déjà par Law en partie et complètement par Clavière (\). « La valeur d'un morceau d'argent, dit Say (2), se règle de gré à gré dans les transactions qui se font entre les particuliers ou entre le gouvernement et les particuliers. Il convient d'abandonner la sotte prétention de fixer d'avance cette valeur et de lui donner arbitrairement un nom. Qu'est-ce qu'une piastre, un ducat, une livre sterling, un franc? Peut-on voir autre chose en tout cela que des morceaux d'or ou d'argent ayant un certain poids et un certain titre?
« 5 grammes d'argent, ditr-on, vaudront h franc. Cette phrase n'a aucun sens que celui-ci : 5 grammes d'argent vaudront 5 grammes d'argent; car l'idée qu'on a d'un franc ne vient que des 5 grammes d'argent dont il se compose : le blé, le chocolat, la cire prennent-ils un nom différent lorsqu'ils sont divisés suivant leur poids? Pourquoi n'appellerait-on pas une pièce d'argent du poids de 5 grammes par son véritable nom? Pourquoi ne l'appellerait-on pas simplement 5 grammes d'argent?
« Si l'on ne donnait nulle valeur légale aux monnaies dans chaque marché, il ne serait plus possible de contracter en valeur nominale; on serait forcé de balancer une certaine marchandise réelle contre une autre marchandise réelle, une certaine quantité d'argent contre une certaine quantité de grains, de viande ou d'étoffe. Dans tout engagement à terme, on serait aussi assuré de la quantité d'argent fin qu'on rece-
(4) Law avait dit, dans son Mémoire sur les Monnaies, 4* partie : « Le prix des espèces ne doit pas être réglé, non plus que le prix d'un chapeau. Le prince peut nommer une once d'argent fabriqué un écu... cela ne règle pas sa valeur : car les livres n'ont pas d'autre valeur que celle qu'elles reçoivent des espèces. » — Clavière avait proposé, en !792, de fabriquer les monnaies avec des métaux purs, dégagés de tout alliage ; de leur donner des poids justes, et de les appeler once d'or fin, d'argent fin, etc.
(2) Traité d'Économie politique, ch. 29.
vrait à l'avènement du terme. On n'aurait plus à craindre que cet engagement fût violé. »
Cette dernière remarque est toutefois de faible portée. Chaque contractant sait parfaitement à quoi l'expose une obligation à terme, et la règle en conséquence. Les chances de perte ou de gain ne disparaîtraient môme pas, parce qu'on adopterait le système reproduit ou proposé par J. B. Say; car si la valeur de 5 francs varie, celle' de 25 grammes d'argent change tout autant. Le frai n'enlèverait-il pas bientôt, en outre, toute vérité à l'inscription du poids? Et si le pouvoir peut modifier la composition du franc, est-ce une dénomitation différente qui l'empêchera de commettre une semblable spoliation? Marquer seulement sur la monnaie son poids et son titre, dit Léon Faucher dans ses savantes Recherches sur V or et l'argent (\ ) , ce serait revenir en arrière, retourner à l'origine de la monnaie, sans qu'on y découvrît aucune compensation. Je n'y saurais, pour moi du moins, voir nul avantage ; c'est en ce moment le système chinois.
Bien plus, quoique l'or et l'argent, comme je le montrais il y a un instant, ne puissent exactement servir d'étalon des valeurs, ils remplissent cependant, autant qu'il est possible, cette fonction dans les transactions ordinaires et les communes habitudes. C'est à leur cours qu'on rapporte celui de tous les autres produits, de chacune des autres marchandises, et rien ne serait à même de lés remplacer sous ce rapport. Il est, en conséquence, utile, et non pas seulement indifférent, que chaque pièce porte avec soi sa valeur officielle. Puis, imagine-t-on que l'usage ne suppléerait pas bientôt à la loi, s'il en était autrement? Intermédiaire des échanges, et comme tel devant être déterminé, aisément appréciable pour tous, le nu-
(i) Recherches sur Vor et sur l'argent considérés comme étalons de la valeur, broch. in-8. (Paris, Guillaumin.)
méraire ne tarderait pas à avoir une valeur d'habitude. Pour plus de commodité môme, chacune de ces pièces recevrait bientôt un nom particulier, et tous les vices qu'il est possible de découvrir dans la circulation monétaire de nos jours, reparaîtraient avec plus d'indêfeision encdre et plus d'irrégularité. N'a-t-il pas suffi de l'empreinte d'une figure d'agneau sur les monnaies de saint Louis, le premier roi qui fit frapper des pièces d'or en France, pour les faire appeler des agnels? Celle d'une fleur n'explique-t-elle pas te mot de florin? Les couronnes ont-elles d'autre cause à leur dénominations que la couronne qui y était représentée, et les écus d'autre motif à leur désignation que l'écusson aux armes du roi ou du pays qu'ils portaient (\ )? Si ce n'était leur empreinte qui fournit leur nom aux monnaies, ce serait celui du prince qui les fait frapper, comme il en a été des carolus en Angleterre, des frcdérics en Allemagne, des louis et des napoléons en France. A moins peut-être que ce ne fût leur forme; ainsi les nègres de la Gambie, après avoir pris une barre de fer pour unité monétaire, ont fini par dire une barre de rhum, une barre de tabac. Robert Peel s'exprimait fort justement en disant qu'il ne se pouvait faire l'idée d'une livre sterling sans penser à un poids et à un titre déterminés; mais il n'en disait pas moins une livre sterling.
Deux fois seulement, dans le passé," l'on a tenté d'appliquer le système préconisé par J. B. Say : en Angleterre sous Charles II, et en France par la loi du 28 thermidor an m, et aux deux fois on a échoué. La loi de thermidor, sans but et sans résultats pratiques, disent MM. Dumas et de Colmont, dans leur célèbre Rapport à la Commission des finances, aurait amené la disparition complète de la monnaie d'or, à laquelle seule
(1) Le mot latin pecunia lui-même vient de ce que les monnaies portaient la ligure d'un bétail.
elle s'appliquait, si elle n'avait été modifiée par la loi du 7 germinal an XI. Le quadruple d'Espagne ne porte en ce moment que l'indication du poids d'or fin dont il se compose, ce qui ne l'empêche pas de se nommer le quadruple, ainsi que les pièces d'or de la Nouvelle-Grenade, qui s'appéllent des condors (4), et quel avantage en résulte-t-il ?
Toutefois, avec le système contraire, lorsqu'il y a plusieurs métaux admis dans la circulation monétaire, un rapport légal existe forcément entre eux. Ainsi, parmi nous, quatre pièces de 5 francs ou de 25 grammes d'argent égalent, aux yeux de la loi, une pièce d'or de 20 francs ou de 6 70/155 grammes d'or, quoique ce rapport soit très-variable, puisque la valeur de chaque métal ne dépend que de la quantité qu'on en offre et de celle qu'on en demande. La mesure principale de la valeur est donc soumise, en ce cas, à de fâcheuses conséquences. Mais l'usage n'amènerait-il pas, encore en cela, les mêmes effets que la loi (2)? Notre louis d'or n'avait autrefois aucune empreinte indiquant qu'il valût un certain nombre de livres d'argent, et sa dépréciation ne l'a pas moins fait disparaître de notre circulation. La monnaie russe ne porte non plus, depuis 4839, aucun rapport officiel entre l'or et l'argent, et nul profit, que je sache, n'en découle. Dès qu'un des métaux se multiplie, on le recherche, on l'emploie davantage; il ne se peut que les transactions ne se règlent pas alors en vue de son cours.
C'est pourquoi diverses espèces, servant également aux
(1) Le condor est l'emblème de la république de la Nouvelle-Grenade.
(2) M. Michel Chevalier, qui vent des monnaies d'or et d'argent ayant un rapport légal établi entre elles, demande que ce rapport soit décrété tous les ans. V. Cours d'Économie politique, t. III, p. 163 et suiv. Le même rapport existe rarement durant une année entre les deux métaux. Depuis la publication de ce volume, M. Michel Chevalier a enseigné que notre loi monétaire ne reconnaît que la monnaie d'argent. J'avoue que je ne saurais admettre une pareille opinion.
échanges, ne se montrent jamais longtemps dans la circulation. Toujours Tune finit par chasser l'autre. En France et dans la plupart des États de l'Europe continentale, quelles que soient les autres différences des législations monétaires, l'or et l'argent ont cours forcé, font partie, au même titre, du signe représentatif des valeurs, et l'argent seul y intervenait dans les transactions jusqu'à ces dernières années. Il y composait, à vrai dire, tout le numéraire ; l'or y était simplement devenu une marchandise ordinaire, un objet usuel de commerce. Si, depuis, un courant contraire s'est manifesté dans les flots de la circulation, c'est que les mines d'Australie et de la Californie ont, malgré les lois, changé les conditions du marché monétaire.
Ce résultat se conçoit, d'ailleurs, très-aisément. Comme le rapport de l'or à l'argent est variable, un moment vient où la valeur réelle de ces métaux cesse d'être la même que leur valeur officielle, ou que leur valeur ordinairement admise, quand cette valeur officielle leur manque. Dès lors, chacun préfère, pour opérer ses payements, les espèces dont le cours est le moins élevé : la mauvaise monnaie chasse la bonne, disait déjà Aristophane. Les personnes qui font le commerce des métaux, fort habiles à suivre ces différences, s'empressent surtout de changer la monnaie la plus faible contre la monnaie la plus forte. Dans un laps de temps assez court, par suite, les espèces taxées trop bas se resserrent entre quelques mains, pour se convertir en lingots et passer à l'étranger. C'est ce qui, parmi nous, a eu lieu avant la refonte de 1 785. Le louis d'or étant alors taxé à 24 livres seulement, lorsqu'il valait réellement 25 livres 1 0 sous, tout le monde ne se servait que d'argent; et c'est depuis ce moment que l'or a jusqu'à notre temps été presque banni de notre circulation métallique. Depuis la refonte de 4 726 jusqu'à celle de 4785, il ne s'est fabriqué que pour 969,407,923 francs de monnaie d'or en France. La refonte de 1785 en a fait seulement frapper pour 738,457,152 francs, et depuis l'an XI jus-
qu'en 4838, il ne s'en est livré que pour un peu plus d'un milliard, dont 500,000,000 de francs au type Napoléon (\). Voilà trois siècles environ que la monnaie d'or, grâce à sa rareté, jouissait d'une prime, d'un agio, sur les divers marchés de l'Europe continentale. Et lorsqu'en dernier lieu, le rapport de l'or à l'argent n'était plus guère que de 4 à 45, au lieu d'être de 4 à 45 4/2, comme l'a fixé notre loi monétaire de l'an XI, ou comme c'est admis chez presque tous les peuples, comment ne serait-on pas revenu à l'emploi de l'or de préférence à l'argent (2)? C'est le flux qui succède au reflux, et chaque flot qu'apporte la marée montante donne un nouvel aspect à la plage qu'il recouvre.
Ricardo, qui ne s'en tenait pas à la loi de l'offre et de la demande pour expliquer les prix, faisait dépendre la valeur des métaux-monnaies, par conséquent leur rapport entre eux, de la quantité de travail nécessaire pour les extraire et les faire arriver sur le marché (3). Mais son erreur est évidente; car la production de l'argent entraîne et entraînait surtout de son
(1) Rapport de MM. Dumas et de Colmont, p. 74.
(2) M. Stoetbeer a donné un curieux tableaux des changements de valeur respectire des deux métaux précieux depuis 4831.
TABLEAU DE LA VALEUR MOYENNE DES MÉTALX PRÉCIEUX A LONDRES ET A HAMBOURG