DB LA MONNAIE
est pas ainsi. Les deux métaux paraissent se prêter également aux variations. Le prix de l'or s'est maintenu, par exemple, beaucoup plus uniforme que celui de l'argent en Angleterre, durant les crises ; tandis que c'est le contraire qui s'est réalisé sur le continental).
On ne s'éloignerait pas beaucoup des faits, a-t-on déjà dit, en posant en principe que le prix de l'argent varie moins dans les pays où ce métal est la monnaie légale, tandis que le prix de l'or conserve une fixité relative en Angleterre, où l'or est la seule monnaie. Et comment en serait-il autrement ? Dans chaque pays, en temps de péril, d'inquiétude publique, la demande de l'or est à peu près la môme, au moins proportionnellement à la population et à l'ensemble de la fortune publique. Et ce métal, fort rare où il ne sert pas ordinairement de monnaie, et très-abondant où il en remplit le plus souvent l'office, satisfait aisément les besoins qu'engendrent les crises chez ces derniers peuples; tandis qu'ailleurs, il ne le peut faire sans énormément se renchérir. La fixité des monnaies provient donc bien moins, sous ce rapport, de la nature des métaux qui les constituent que des lois qui les régissent.
Quant aux secondes oscillations du numéraire, celles qui résultent des variations apportées dans l'ensemble des métaux précieux, elles se sont, jusqu'à notre époque, fait principalement ressentir à l'égard de l'argent. La masse de l'or est de-
n'ont jamais atteint la proportion de 1/2 p. 100 de la valeur. Les fluctuations de l'argent paraissent, au contraire, avoir été fréquentes, et en ont fait osciller le prix de 5 shil. 2 den. l'once a 4 shil. 10 den., ce qui représente un écart de 6 1/2 p. 100. Voy. Léon Faucher, Recherches sur Vor, etc., p. 77 et 78. — « Ailleurs qu'en Angleterre, l'or varie beaucoup de valeur ; la, au contraire, il y a presque toujours identité entre le prix de l'or en lingot et en monnaie. » M. John Fullarton, On the régulation of currcncies y p. 77.
(1) A Paris, durant les 11 années qui ont précédé 1840, le prix moyen de l'argent fin a varié de 3 fr. a 6 fr. 25 cent., et le prix moyen de l'or fin de S fr. à 16 fr. 80 cent. Ces chiffres sont rapportés par Léon Faucher, à qui les avait communiqués M. d'Eichthal.
meurée de beaucoup la plus régulière sur le marché, et a, par suite, été la plus constante dans sa valeur. Cela exige quelques explications sur les quantités de métaux précieux retirées des mines, et sur celles qu'en absorbent, au détriment de la masse monétaire, les usages du luxe.
Nous n'en sommes plus à la rareté des métaux précieux de l'antiquité, quelques erreurs qui soient encore répandues sur les richesses de ce passé, tant étudié et si peu connu. Loin de se fier aux exagérations de Quinte-Curce ou d'Athénée,pour rappeler un instant nos souvenirs, il sied de se rappeler qu'Hier on, voulant consacrer une statue de la Victoire en or massif dans le temple de Delphes, ne parvint qu'à grand'peine à réunir le métal nécessaire à cette œuvre d'art. Que seraient aujourd'hui, les mines d'argent, si célèbres autrefois, du Saurium? Que pouvaient rapporter les extractions d'or, uniques pourtant à peu près alors, de la Lydie, de la Phrygie et de la Colchide, malgré la fable des fourmis gigantesques et celle de la Toison d'or qui, selon toute probabilité, se rapporte à une entreprise formée pour les lavages métalliques de cette dernière province? Il y a plus qu'un trait d'esprit ou d'avidité dans l'enlèvement parDenys du manteau d'or du dieu de Syracuse, disant qu'il était trop froid en hiver et trop chaud en été. — Que de blasphèmes sont devenus des bons mots ! — Ce qui n'a pas moins d'intérêt, c'est le faible rapport de l'or à l'argent dans l'antiquité, où toute facilité industrielle restait si inconnue. Il n'était que de 4 à 40 en Grèce, au temps de Xénophon, après avoir été de 4 à 42 à Rome, un siècle auparavant, et, selon Dureau de la Malle, de 4 à 8 et à 6 entre le xv e et le xvi e siècle avant notre ère.
Suivant les travaux les plus récents et les plus remarquables, la production totale de l'Amérique, depuis sa découverte jusque vers 4853, peut s'estimer à 36 milliards 600 millions, dont 26 milliards 700 millions en argent, et 9 milliards 900 millions en or. En poids, elle est de 120,469,000 kilog. d'ar-
gent, et de 2,874,700 kilog. d'or. L'extraction de l'argent, en Amérique, avait toutefois baissé de 1/4 environ, depuis le commencement du siècle, tandis que celle de l'or avait légèrement augmenté, même avant sa nouvelle abondance. Elle se monte annuellement, de nos jours, à environ un million de kilogrammes d'argent, valant 222,480,000 fr., et 275,000 kilogrammes d'or, valant 997,460,750 fr. La production de l'or était, avant l'exploitation de la Californie, de 15,000 kilog. d'une valeur de 52,407,000 fr. (1).
Quant aux mines de l'Europe et de l'Asie boréale, Humboldt en a porté la production, d'après les recherches de MM. Héron de Villefosse et de Georgi, à 74,379 kilog. d'argent, soit à 16,528,666 fr., et à 1,835 kil. d'or, ou à 6,320,555 fr. {%).
(1) V. M. Michel Chevalier, Cours d'Economie politique, t. III, p. 226. — Parmi les meilleurs travaux sur ce sujet figure assurément le livre de M. Stirling : De la découverte des mines oVor en Australie et en Californie. — V. les écrits de M. Laur sur les richesses et les exploitations de la Californie.
Le tableau suivant récapitule ta production totale des différentes
contrées de V Amérique depuis sa découverte.