LE COURAGE
La tempérance est une lutte contre le plaisir, le désir et l’amour; le courage est un combat contre la douleur,
(1) Xénophon, Banquet, ch. tiii, § 28 et suiv.
(2) Idem, ibid.
l’aversion et la peur. Socrate essaye de réduire aussi la vertu du courage au bonheur et à la connaissance
de la vérité. Le courage, dit-il, est de la plus grande utilité. Il nous prémunit contre les choses redoutables et dangereuses. Il nous aide à remplir tous nos devoirs, il est honoré des dieux et des hommes. Socrate développe un apologue dont il emprunte le fond à Prodicus : «Hercule, dit-il, était passé de l’enfance à la jeunesse, à cet âge où, devenu maître de soi, on fait voir si l’on s’acheminera dans la vie par la route du vice ou par celle de la vertu. H restait immobile, incertain du chemin qu’il devait prendre. Deux femmes de grande taille se. présentent devant lui. L’une avait l’air d^ent et noble; sa parure était la pureté du corps, la pudeur du regard, la modestie de la contenance, la blancheur des vêtements. L’autre, remarquable par la richesse de ses charmes et la mollesse de sa démarche, rehaussait d’un éclat emprunté la blancheur et le vermillon de son teint; elle se redressait pour paraître plus grande, elle avait les yeux très-ouverts, et sa robe laissait paraître ses attraits; elle se contemplait elle-même; elle cherchait si on la regardait, et elle se mirait pour ainsi dire dans son ombre. Hercule lui demanda son nom. Mes amis, répondit-ellCr me nomment la félicité, mes ennemis m’appellent le vice. Elle Ht à Hercule une peinture séduisante des voluptés et des délices qu’elle lui promettait. L’autre femme était la vertu. Les dieux, dit-elle, n’accordent rien de beau et de bon sans travail et sans efforts. Pour se les rendre favorables, il faut s’ac(|uitter du culte qu’on leur doit; pour se faire chérir de ses amis, il est nécessaire de leur rendre service; pour être honoré d’un Etat, on doit lui être utile^ de même que, pour faire produire à la terre des fruits abondants, U faut la cultiver , et consacrer ses soins à
ses troupeaux, si l’on veut qu’ils nous enrichissent... Le vice n’a jamais entendu ce qu’il y a de plus doux à en* tendre, l’éloge de notre conduite; il n’a jamais contemplé le plus ravissant spectacle, une bonne action 'dont on est l’auteur... La vertu est honorée plus que toute autre chose au ciel et sur la terre ; elle est une aide chérie pour les ouvriers, une gardienne fidèle pour le maître, une douce maltresse pour les serviteurs, une excellente compagne de travaux pendant la paix, une ferme alliée pendant la guerre... Par la vertu, les jeunes gens sont loués des vieillards, les vieillards sont respectés de la jeunesse. Ces derniers se retracent avec plaisir leurs actions passées, sont aimés des dieux, chers à leurs amis, honorés de la patrie; et, quand vient le terme fixé, ils ne languissent pas sans honneur dans l’oubli, mais leur gloire, conservée dans des hymnes, fleurit pour l’immortalité (1). »
Tels sont donc les avantages du courage; il nous procure le plai.sir de la conscience, il nous permet de rendre service à nos amis, à nos parents, à notre patrie; enfin il nous attire l’estime , les louanges , l’airection des hommes et des dieux, et fait briller notre nom jusqu’à la dernière postérité. Le courage est donc un instrument du bonheur. Seloh Socrate, il est impossible de connaître tous les biens précieux que nous donne le courage, sans pratiquer cette vertu, elle fait donc partie de la connaissance de la vérité (Soyt*) (2). Aussi la pratiquait-il lui-même, cette vertu du courage. Dans l’expédition de Potidée, il défendit Alcibiade blessé, et parvint à le tirer des mains de l’ennemi, lui et ses armes. Dans la
(1) Xénophon, Mém., liv. I, ch. i, § 21-32.
(2) Xénophon, Hv. IV, ch. vi, § 10; et Platon, Laehis et Protagoras. !
retraite de Delium, U imposa à l’ennemi par sa mâle contenance, et se retira sans dommage (1).