‹ De la morale dans l'antiquitéChapitre 9 sur 14 · DEVOIRS ENTRE FRÈRES · texte numérisé non relu

DEVOIRS ENTRE FRÈRES

Après les devoirs envers le père et la mère, viennent les devoirs entre frères. C’est à tort qu’on a reproché à la morale des philosophes de ne pas entrer dans les détails pratiques. 11 n’y a pas de subdivision de nos devoirs sur lesquels Socrate en particulier n’ait laissé les recommandations les plus étendues et les plus instructives. Nous

(1) Xénophon, Mém., tiv. t, ch. ii, § 49 et suiv.

donnerons un court aperçu de ses conseils sur les devoirs des frères: « O Chérécrate, dit-il, serais-tu de ces hommes qui préfèrent les richesses à leurs frères, oubliant que les premières sont sans raison, et les seconds raisonnables; que les premières ont besoin d’ÔIre gardées, et que les seconds sont nos gardiens?. . Tu considères un frère comme un dommage, qui te ravit une partie de tes biens: que ne regardes-tu du même œil tous tes concitoyens dont tu ne possèdes pas les richesses ? Sil vaut mieux habiter près d’eux, en possédant avec sûreté une fortune suffisante, que de vivre seul en retenant avec péril la fortune de tous, il en est de même du partage qu’on fait avec ses frères. Des frères valent mieux que des serviteurs ou de simples amis. — Mais mon frère me maltraite de paroles et d’actions. — Si tu avais un bon chien de berger, mais qui grondât à ton approche, tu chercherais â l’adoucir : que n’en fais-tu autant à l’égard de ton frère? — Je n’ai pas assez de talent pour l’apprivoiser. — Si lu voulais te faire inviter au repas d’un sacrifice, que ferais-tu? — Je commencerais par faire moi-même une invitation. — Et si tu voulais qu’un ami prît soin de tes affaires en ton absence? — Je prendrais soin des siennes quand il serait absent. — Eh bien ! il n’y a pas plus de honte à commencer les bons procédés envers ton frère. — Mais je suis le plus jeune ; c’est à l’atné de faire les premiers pas. — Non, car le jeune doit céder à l’aîné, se lever en sa présence et lui présenter le meilleur siège. — Mais, si je ne réussis pas? — Tu te seras montré homme de bien et bon frère. Deux frères en désaccord sont comme les deux mains, que la nature a faites pour s’entr’aider, et qui se gêneraient l’une l'autre, ou comme les deux pieds qui chercheraient à s’emba masser mutuellement. Deux frères ont été créés

par la nature pour l’avantage de tous deux, et plus efficacement que les deux pieds qui ne peuvent s’écarter beaucoup l'un de l’autre, que les deux mains qui ne s’appliquent qu’à des objets rapprochés, ou que les deux yeux qui ne voient pas à la fois devant et derrière ; car deux frères peuvent se servir à une grande distance l’un de l’autre (1). »

DBVOiaS ENTRE ÉPOUX.

Nous avons à nous acquitter de nos devoirs d’enfant et de frère avant de remplir ceux d’époux et de père de famille. Les devoirs entre époux sont exposés dans un entretien de Socrate avec Critobule, que Xénophon nous a conservé sous le nom A' Économique , ou d’art de gouverner notre maison. Dans cette conversation, Socrate, voulant instruire Critobule, suppose qu’il tient d’un certain Ischomaque les préceptes qu’il lui transmet ; car nous avons souvent plus d’autorité, quand nous parlons au nom d’un autre. On blesse moins l’amour-propre de celui à qui l’on s’adresse, lorsqu’au lieu de s’imposer soimême comme un maître, on ne se donne que comme l’écho de la science d’autrui. Socrate, dans ce dialogue, présente l’époux comme devant être l’instituteur de sa femme, et ce devoir était surtout convenable à la forme de la société grecque, et à la condition qu’elle faisait à la

(1) Xénophon, Mcm., liv. 1], ch. ni; et Cyropédie, liv. VIII, ch. VII.

femme avant le mariage. « N’est-il pas vrai, dit-il à Critobule, que la femme n’était encore qu’une enfant, lorsque tu l’as épousée, et qu’elle n’avait presque rien vu, ni entendu? — Cela est très-vrai. — Il n’est donc pas étonnant qu’elle ne sache ni ce qu’il faut dire ni ce qu’il faut faire... Et cependant est-il quelqu’un à qui tu confies plus d’intérêts sérieux qu’à ta femme ? — Personne. — Est-il quelqu’un avec qui tu aies moins de conversation qu’avec elle? — Presque personne (1). » C’est à cette séparation de fait des deux époux (et elle n’est pas encore sans exemple de nos jours) que Socrate veut porter remède. Il introduit donc cet Ischomaque comme un époux qu’il propose pour modèle. A peine Ischomaque a-t-il reçu dans sa maison sa femme, qui n’était pas encore âgée de quinze ans, qu’il a offert avec elle un sacrifice aux dieux, pour qu’ils leur accordassent à lui d’enseigner et à elle d’apprendre le mieux possible. « Si je t'ai choisie, lui dit-il, et si tes parents m’ont accepté pour toi de préférence à tous les autres partis, ce n’est pas pour le partage d’une couche, ce qui ne demandait pas un si grand discernement, mais pour que nous eussions le meilleur associé possible dans l’administration de la maison et des enfants. Si Dieu nous donne des enfants un jour, nous aviserons alors au moyen de leur procurer la meilleure éducation ; car c’est un intérêt qui nous est commua, de nous préparer les meilleurs appuis pour notre vieillesse. Quant à présent, nous avons déjà en commun cette maison ; tout ce qui est à moi, je le mets dans la communauté, comme tu y a mis tout ce que tu as apporté. Il ne faut pas supputer lequel a versé la plus grande quantité de richesses, mais considérer que

(1) Xénophon, Econ., ch. m, §t2etsiiiv.

celui de nous deux qui se monlrera le meilleur associé, apportera les richesses les plus précieuses. La femme répondit: — Mais en quoi pourrais-je t’aider ? que puisje faire? tout repose sur toi ; ma mère m’a dit que ma tâche, à moi, c’était d’ôtre sage. — L’époux reprit: Mon père m’a fait la même recommandation ; mais la sagesse pour l’homme et la femme, c’est d’administrer le mieux possible ce qu’ils ont, et de l’augmententer le plus qu’ils peuvent par des voies honnêtes et justes. .. Songe donc à bien remplir les fonctions que les dieux t’assignent et que la loi approuve. Elles sont de la plus grande importance, à moins que l’on ne méprise celle de la reine des abeilles dans la ruche. Il y a des ouvrages qui se font en plein air : le labourage, les semailles, les plantations. Mais, lorsque les produits ont été rentrés à la maison, il faut que quelqu’un les conserve et se charge des travaux qui ne peuvent se faire qu'au logis ; comme l’éducation des enfants nouveau-nés, la préparation des aliments, le tissage des habits avec la laine des troupeaux. Dieu a disposé la nature de la femme pour les soins de l’intétérieur et celle de l’homme pour les travaux du dehors. Il a préparé l’àmeet le corps de l’homme pour supporter le froid et le chaud, les longues roules, les expéditions; il a donné moins de force à 1a femme. Comme il confiait à celle-ci la nourriture des enfants nouveau-nés, il lui a inspiré plus de tendresse qu’à l’homme pour la nouvelle progéniture. 11 la destinait à garder les biens apportés à la maison, et il savait que la crainte n’est pas une mauvaise gardienne: il lui a donc donné une âme plus craintive qu’à l’époux. Sachant aussi qu’il faudrait quelquefois défendre le travailleur du dehors contre d’injustes aggressions, il a départi à l'homme plus d’intrépidité. La nature ne les ayant créés parfaits ni l’un ni l'autre,

ils ont besoin l'un de l’autre, et leur union est la plus utile, parce qu’ils se complètent mutuellement. Il faut donc remplir de notre mieux les devoirs que Dieu assigne à chacun de nous.

« Ceque la nature prescrit, la loi de son côté l’approuve en unissant l’homme et la femme. Si Dieu leur donne la communauté des enfants, la loi leur impose celle du gouvernement de la maison, et la loi déclare honnêtes les fonctions que Dieu attribue particulièrement à chacun des deux sexes. En effet, il est plus honnête pour la femme de demeurer à l’intérieur que de courir au dehors, et plus honteux à l’homme de se renfermer que de s’occuper des soins extérieurs (1). »

On remarquera encore ici le soin que prend Socrate de montrer qu’il y a une loi naturelle antérieure à la loi écrite, et que la seconde emprunte sa valeur de son accord avec la première : c’est un des principes les plus importants de la philosophie du droit Voici comment Socrate termine ces recommandations générales sur les devoirs du mariage. L’époux dit à l’épouse: «Un devoir qui t’appartient et qui te paraîtra peut-être désagréable, ce sera, lorsqu’un serviteur tombera malade, de donner tous tes soins àsaguérison. Aucun, au contraire, ne me plaira davantage, répond la femme; car les serviteurs bien soignés seront reconnaissants et m’en aimeront davantage. Mais, poursuit-elle, c’est toujours à toi qu’appartiendra l’œuvre la plus importante ; car ma surveillance et mon ordre deviendraient risibles, si tu ne veillais à faire entrer des biens dans la maison. —-Et, reprit l’époux, bien risible aussi serait mon soin d’augmenter nos richesses, si je n’avais au logis une bonne gardienne.

(I) Xénophon, Econ., ch. vu, § 5 et «uiv.

N’as- tu pas vu combien sont malheureux ceux qui s’efforcent de remplir un tonneau sans fond. L’occupation la plus douce pour toi sera, si tu as reçu quelque femme inhabile au travail de la laine, ou au reste du service, d’en faire une fileuse excellente ou une servante fidèle et entendue, et d’avoir à récompenser les actes de sagesse et de zèle, comme à punir les actes coupables. Mais ce qui te charmera le plus, c’est que, devenue meilleure que moi, tu feras de moi ton serviteur, et que tu n’auras pas à craindre qu’en avançant en âge, tu ne sois moins honorée dans ta demeure. Tu acquerras au contraire la confiance que, plus tu deviendras en vieillissant une bonne gardienne de la maison pour moi et mes enfants, plus tu croîtras en honneur ; car les vrais biens pour l’homme ne s’augmentent pas avec les attraits de la figure, mais avec les vertus (1). »

On sera certainement surpris de voir Socrate établir l’homme et la femme, dans le mariage, sur le pied de l’égalité ; car l’on pense d’ordinaire que cette égalité est une conquête de l’esprit moderne, et que l’antiquité tout entière n’avait vu dans l’épouse que la première des servantes de l’époux. On sera donc frappé de celte parole que Socrate fait adresser par l’époux à l’épouse : Tu feras de moi ton serviteur, xâ( ifti ahv Qtpiitwra iroi^vn; (2). Socrate insiste principalement sur l’esprit de douceur qui doit animer l’époux à l’égard de l’épouse, et supposant que la femme d’Ischomaque n'a pas établi assez d’ordre dans la maison pour trouver l’objet que son mari lui demande, et qu’elle se présente à lui la rougeur au front et le regret dans l’âme, il lui fait adresser par Ischomaque

(1) Xénophon, Écon., § 37 et suiv.

(2) Idem, ibid., § d2,

les paroles suivantes : «Ne l’aflflige pas, 6 femme: c’est sans doute une indigence que de ne pouvoir se servir de ce qu’on possède; mais c’est une privation moins grande de ne pas trouver quand on cherche, que de ne pas chercher quand on n’a pas... Rien n’est aussi utile et aussi beau que l’ordre. Un chœur de danse et de chant est une réunion d’hommes : si chacun y agit à sa fantaisie, c'est une confusion et un désagréable spectacle ; mais s’ils se soumettent à l’ordre pour les pas et pour le chant, on goûte un grand plaisir à les voir et à les entendre. »

Le ton de celte réprimande pourrait encore servir de modèle aux époux d’aujourd’hui.

DEVOIRS DES PÈRES ET MÈRES, OU l’ÉDUCATION ET l’iNSTRüCTIOiN.

Socrate a dit que l’une des charges communes aux deux époux, c’est l’éducation des enfants. Il réserve à la mère l’éducation de la première enfance; il charge le père de veiller particulièrement à l’instruction. Socrate, . dit Xénophon, ne se hfttait pas de rendre la jeunesse habile à la parole et à l’action ; il voulait d’abord lui inspirer la sagesse (Xutpposvvn), c’est-à-dire, à la fois la science et la modération : car tel est le double sens du mot EuŸpoffvvT}, comme du mot français sagesse. Il pensait que, sans la sagesse, l’habileté à la parole et à l’action ne

ferait que rendre les jeunes gens plus capables de mal faire (1).

Le premier sujet sur lequel il essayait d'inspirer la sagesse aux jeunes gens, c’était la piété, et il leur donna la première démonstration qu’on ait faite de l’existence d’une providence divine (2), Il pensait donc, lui aussi, que le respect de la divinité est le commencement de la sagesse, et que les impressions de la piété sont les premières qu’il faille communiquer à l’enfance. Persuadé que la tempérance est un bien indispensable à qui veut mener une bonne conduite même envers autrui, il y disposait la jeunesse par ses discours ; il lui montrait, comme nous l’avons vu, que l’intempérance nous enlève la liberté de bien faire et la raison, et rend toutes les vertus impossibles (3).

Le courage était ensuite l’objet de son enseignement. Il reconnaît qu’il y a un courage naturel, a De même, dit-il, qu’un corps l’emporte naturellement sur les autres par la vigueur, de même une âme est naturellement plus forte qu’une autre contre les choses redoutables. Des hommes élevés sous les mêmes lois, dans les mêmes mœurs, diffèrent beaucoup les uns des autres quant au courage. Cependant l’étude et l’exercice peuvent augmenter la disposition à celte vertu (â). Une jeune danseuse se jette, la tête la première, dans un cercle d'épées nues, placées la tête en haut ; elle en ressort liardiment et sans se blesser, tandis que les spectateurs tremblent pour elle. Socrate, interpellant Antisthène : ceux qui verront ce spectacle, dit-il, ne nieront pas, je pense, que

(1) Xénophon, Aftftn., liv. IV, ch. m, § 1.

(2) Idem, ibid., ch. ni, § 2.

(3) Idem, ibid., liv. IV, ch. v, § 1 et suiv. (à) Idem, ibid., liv., III, ch. ix.

le courage ne puisse s'enseigner, puisque cette jeune fille, toute femme qu’elle est, se précipite sur des épées avec tant d’audace (1). »

Il passait ensuite à l’enseignement de la justice. Hip> pias , revenant à Athènes après une longue absence, rencontra Socrate qui disait : «Si quelqu’un veut apprendre le métier de cordonnier, de maçon, de forgeron, d'écuyer, il ne sera pas embarrassé de trouver des maîtres. On dit même que, si l’on veut faire instruire un cheval ou un bœuf, on rencontrera une foule de gens qui s’en chargeront. Mais, si l’on veut apprendre la justice ou la faire enseigner à son fils, à son serviteur, l’on ne sait à qui s’adresser. Eh ! Socrate, lui dit Hippias, tu répètes encore ce que je t’ai entendu dire, il y a longtemps. — Et toi, reprit Socrate, tu ne dis donc pas toujours la même chose sur le même sujet? — J’en serais bien fâché ; je m’efforce de dire toujours quelque chose de nouveau. — Quoi ! même quand l’on te demande si deux et deux font quatre, tu ne réponds pas aujourd’hui comme autrefois (2) ? n Socrate ne se lassait donc pas de dire qu’il fallait enseigner la justice et il l’enseignait luimême. Nous avons vu qu’il l’identifiait avec le respect de la loi, parce que, premièrement, la loi écrite repose le plus ordinairement sur la loi non écrite, c’est-à-dire, sur la loi naturelle ou divine, et que, secondement, il faut respecter la loi écrite jusqu’à ce qu'elle soit changée d’un commun accord. Le bon ordre est à ce prix (3).

C’était après cette préparation morale qu’il formait les jeunes gens à la dialectique. Il la définit l’art de distinguer les choses pargenre (lîiaXeTrciv xarà ^v»}), et il dit qu’elle

(1) Xénophon, Banquet, ch. ii, § 11.

(2) Mém., liv. IV, ch. iv, § 5-6.

(3) Idem, liv. IV, ch. iv, § 1 et suiv.

tire son origine de ce que les hommes, s’étant réunis pour délibérer, avaient fait cette distinction par le dialogue{\). Quoi qu’il en soit de cette origine, la dialectique est l’art de la définition et de la généralisation, et Socrate considérait cet art comme le seul moyen d’obtenir des idées claires sur toutes choses, et par conséquent comme le fondement de la logique, de l’éloquence et même de la politique (2). Xénopbon nous donne, comme exemple de l’habileté dialectique de Socrate, ses définitions de la piété, de la justice, delà sagesse (£oçi«), du bien, du beau, du courage, de la royauté, de la tyrannie et enfin du citoyen (3).

Socrate terminait cette instruction de la jeunesse, en essayant de rendre chacun capable de se suffire à luimême, quelle que fût la carrière qu’il eût choisie. Pour cela il prenait soin de savoir à quel genre de connaissance était propre chacun de ses disciples. 11 leur enseignait lui-même avec le plus grand zèle ce qu’il savait des choses qu’un honnête homme doit savoir, et, pour les objets qu’il ignorait, il les renvoyait aux meilleurs maîtres. 11 indiquait jusqu'à quel point un homme bien élevé doit s’avancer dans les sciences. Par exemple, pour la géométrie, il jugeait suffisant d’apprendre à mesurer un terrain soit pour l’achat, soit pour la vente, et il n’approuvait pas que tout le monde poussât cette étude jusqu’aux problèmes difficiles à comprendre, quoiqu’il n’y fût pas lui-même étranger; mais il ne voyait pas l’utilité générale de cette étude, et il disait qu’elle était capable d’employer la vie entière d’un homme et de le détourner de connaissances plus généralement indispensables. Il

(1) Xénopbon, Mém,, liv. IV, ch. v, § 12.

(2) Idem, Mém., liv. IV, ch. v, § 12.

(3) Idem, ibid., iiv. IV, ch. vi.

voulait qu’on apprit assez d’astronomie pour savoir rcconnatire le temps au milieu de la nuit, du mois ou de l’année, ce qui est utile aux voyages, à la navigation, au service militaire et à l’agriculture; mais, pour les astres qui ne font point partie du mouvement général du ciel, pour les planètes, les astres errants, leur distance de la terre, leur révolution, leurs causes, quoiqu’il eût entendu les maîtres sur ce sujet , il en désapprouvait l’étude pour le plus grand nombre des hommes. 11 n’approuvait pas non plus qu’on s’appliquât à rechercher comment Dieu accomplit chacun des phénomènes célestes en particulier. Il croyait que ces secrets ne sont pas accessibles à l’homme, que les dieux n’aiment pas qu’on recherche ce qu’ils ont voulu nous cacher, et qu’on était exposé à extravaguer sur ce sujet, comme Anaxagore. Il demandait qu’on apprît les calculs, mais seulement jusqu’au point où ils sont utiles et ne deviennent pas une vaine occupation. Il exhortait fortement ses disciples à s’occuper d’hygiène, soit en consultant les maîtres sur ce sujet, soit en observant eux-mômes quel genre de nourriture, de boisson et de travail leur convenait le mieux, ajoutant que de cette façon chacun deviendrait à soimême son meilleur médecin (1). Il recommandait les exercices du corps non-seulement pour se préparer à la guerre, pour défendre sa patrie, ses amis et soi-même, éviter la captivité et la mort, mais aussi pour le bon usage de la pensée, a II semble que le corps n’y ait pas la moindre part, et cependant il arrive souvent, disait Socrate, que la mauvaise disposition du corps entraîne la perte de la mémoire, le découragement, la mauvaise humeur et même la folie, qui sont les troubles de

(1) Xénophon, Mém., liv. IV, ch. vu.

Tâme. * Il regrettait que l’État n’eût pas institué d’exercices publics pour la préparation à la guerre, et il exhortait les citoyens à y suppléer par des exercices privés (1).

Telle est l’éducation que le père de famille doit donner ou faire donner à ses enfants : c’est une préparation générale à toutes les carrières de la vie; elle commence par la religion, se continue par l’enseignement de la morale, ce qui forme l’éducation du cœur, et se termine par l’acquisition des connaissances , ce qui est l’éducation de l’esprit.

Page 1