‹ De la morale de PlutarqueChapitre 11 sur 91 · Artémidore, Traité des Songes, IV · texte numérisé non relu

Artémidore, Traité des Songes, IV

1. Principes philosophiques de Plutarque. — De l'histoire de la philosophie et de la métaphysique dans scs œuvres. — Sa doctrine morale. — A quelle école il appartient ; ses inconséquences.

2. Caractères de la morale de Plutarque. — L’art de la direction des consciences dans la société païenne au premier siècle de l’ère chrétienne. — De la psychologie de Plutarque; sa polémique contre les stoïciens et

» les épicuriens. — Esprit familier de ses préceptes. — Conclusion.

Si nous avons réussi à reproduire exactement l’image que nous concevons du caractère et de la vie de Plutarque, on ne s’attend pas, sans doute, à trouver dans sa doctrine morale, ni l’originalité, ni la rigueur des principes.

Le nombre seul et la diversité de ses ouvrages prouvent assez qu’il attachait plus de prix à l’étendue qu’à la profondeur des connaissances; et il suffit d’ouvrir un de ses Traités pour y sentir le mouvement d’une curiosité active, infatigable, toujours en quête , plutôt que l’effort patient et persévérant d’une pensée qui se recueille. Toutefois, sur sa doctrine comme sur sa vie, il est nécessaire de dégager nettement la vérité; car nous nous retrouvons ici en présence de la légende. Il était difficile, en effet, qu’après avoir créé de toutes pièces, pour ainsi dire, un grand personnage, une grande destinée, la tradition n’y eût pas attaché une grande

doctrine, un grand esprit : le précepteur de Trajan pouvait-il ne pas élre un émule d’Aristote et de Platon? Fidèle à la tradition, Bossuet lui-même qualifie le moraliste de Chéronée de philosophe grave 1 .

Plutarque est-il un philosophe, au sens supérieur qu’on attache d’ordinaire à ce nom. A-t-il un système métaphysique qui lui soit propre? A défaut d’un système original, a-t-il, par un effort de méditation personnelle, tiré des systèmes de ses prédécesseurs un corps de doctrine bien coordonné, solide, précis? Ou bien, enfin, appliquant à la philosophie l’ingénieuse et pénétrante sagacité qu’il a si heureusement portée dans l’histoire, s’est-il fait le rapporteur exact des opinions des philosophes, scs contemporains ou ses maîtres, de façon à permettre au moins de retrouver, par quelque endroit, dans ces portraits, l’image de son esprit, les traits essentiels de sa pensée? A’ous voudrions, conformément à la méthode suivant laquelle nous avons étudié sa vie, résoudre ces délicates questions par des textes et par des faits.

Parmi ces formes, sous lesquelles Plutarque pouvait être amené naturellement à exprimer l’ensemble des principes qui servent de fondement à sa morale, il semble que nulle ne convenait mieux à son génie que la dernière, et tout, dans l’état des esprits au premier siècle de F ère chrétienne, l’invitait à tracer le tableau, à faire l’histoire des idées de son temps. Ce n’était pas seulement, en effet, dans le souvenir des érudits que vivaient les sectes qui, pendant six cents ans, s’éluient partagé les plus grands esprits de l’antiquité païenne.

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