De la vertu morale
le signal de sa volonté, que tout s’étend, sé dispose et s’empresse d’obéir. Veut-elle marcher? les pieds sont en mouvement ; ordonne-t-elle de saisir quelque chose, les mains s’étendent. Par une image expressive, Plutarque, pour mieux faire entendre l’omnipotence de la raison, va jusqu’à comparer les mouvements quelle imprime aux différents organes du corps, aux sons dont l’artiste fait vibrer les harpes, les lyres, les instruments inanimés, dans lesquels il fait passer ses émotions, ses pensées, son âme L Mais, par cette subordination de la qpassion à la raison, Plutarque n’entend point la destruction de la passion. Les stoïciens considérant la passion comme une maladie, un déréglement de la raison, en prescrivaient l’anéantissement ; tout au plus consentaient-ils à laisser subsister quelques mouvements raisonnables et modérés, qu’ils nommaient eupathies . Aux yeux de Plutarque, la passion est une puissance de l’âme, un ressort, utile ou dangereux, selon qu’on en use. La raison ne va donc pas, dit-il, comme autrefois Lycurgue, le roi de Thrace, abattre indifféremment ce que les passions ont en soi de bon et de mauvais; mais tel que le dieu sage qui préside à la culture des jardins, elle retranche de l’âme ce qui s’y développe de sauvage et de superflu, adoucit l’âpreté de la sève et rend les fruits qu’elle produit plus agréables et plus sains. Un homme qui craint de s'enivrer ne jette pas son vin, il le tempère. De môme, pour prévenir le trouble des passions, il faut les modérer, non les détruire. Les passions sont né-