‹ De la morale de PlutarqueChapitre 19 sur 91 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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De la place que les devoirs et les affections de la vie domestique tiennent dans les œuvres de Plutarque. — Une famille païenne au premier siècle de l’ère chrétienne. — De l’amour; de l’union conjugale. — De l’affection fraternelle ; ses devoirs, ses jouissances, son caractère. — De l’amitié ; idéal de ce sentiment ; distinction du flatteur et de l’ami ; utilité des ennemis. — Des esclaves. Anecdote d’Aulu-Gelle. — Des animaux. Sont-ils doués de raison? — Des enfants. Comment Plutarque entend les devoirs du père. — Ses Traités d’éducation. — Conclusion : originalité des préceptes de Plutarque. — Quelle idée il laisse des vertus domestiques de l’antiquité.

Ce n’est pas pour la régularité d’une gradation factice que nous commençons, par l’étude de la vie domestique, l’exposition critique de la morale de Plutarque. La vie domestique est la forme sous laquelle il conçoit tous les rapports des hommes entre eux 1 ; la famille est son centre d’observation, sa lumière ; il va chercher dans le cœur du fils, du père,

4. Préceptes politiques, 31, 52 ; Quelle part le vieillard doit prendre à l’administration des aflaires de l’État, 9 : des Contradictions des stoïciens, 4, etc.

de l’époux, le secret des résolutions ou des émotions du citoyen 1 ; les grandes scènes historiques qu’il décrit sont mêlées de traits empruntés à la vie privée de ses héros; le gynécée forme le fond de plusieurs de ses tableaux. Il veut qu’au milieu des épreuves de la vie, le foyer domestique soit pour tous ceux qu il rassemble, un asile et comme un sanctuaire inviolable. Il aime à agrandir le cadre de la famille ; à côté de ceux qui en sont les membres naturels, il y fait place aux amis ; devançant même le sentiment moderne , il y comprend les esclaves et jusqu'aux animaux. Il ne conçoit pas de jouissance plus pure que celle des sentiments que les affections de famille inspirent. Se retrouver hors de ce monde, avec un père, une tendre mère, une épouse bien-aimée, est le suprême bonheur dont il aime, suivant l’expression de Platon, à s’enchanter. Aussi les relations et les affections de la vie domestique étaient-elles un de ses sujets d’étude de prédilection. Il n’est pas un de ses ouvrages qui ne soit semé de réllexions sur les rapports mutuels du mari et de la femme, des parents et des enfants, des maîtres et des esclaves, des frères, des amis. Il avait, en outre, consacré spécialement un certain nombre de Traités à l’amour, au mariage, à la tendresse des pères et des mères pour leur progéniture, à l’affection fraternelle, à l’amitié, à l’éducation des jeunes gens; si bien, qu’à l’aide de ces réflexions éparses et de ces Traité spéciaux, on peut, prenant avec lui,

1. Vie de Pompée, 8; de Sertorius, 22; de Tiinoléon, 36; de Crassus, 1 ; de Pélopidas, 54; de Péricèls, 2; de Dion, 51, etc. — 2. Du Bonheur dans la doctrine d’Épicure, *28.

LA VIE DOMESTIQUE

la famille à son origine, l’embrasser dans son ensemble et la suivre dans ses développements.

C’est ce tableau que nous allons essayer d’esquisser. Nous en rassemblerons d’abord les traits essentiels, nous réservant, après cet exposé, d’indiquer les comparaisons avec les moralistes, ses maîtres ou ses contemporains, et de tirer les conclusions.

Pour apprécier exactement l’œuvre d’un moraliste, il importe de connaître l’état de la société à laquelle s’appliquent ses observations; et il semblerait que Plutarque dût être riche en renseignements de toute sorte sur la société de son temps. Mais, aussi réservé sur le compte des autres que sur lui-même, le sage de Chéronée ne met point ses contemporains en scène. C’est de la mythologie et de l’histoire qu’il lire d’ordinaire ses exemples ; là où il s’autorise de faits accomplis sous ses yeux, il ne désigne point ceux qui les lui ont fournis; on ne relèverait pas, dans tous ses Traités, plus de cinq ou six noms propres.

Telles qu’elles sont, ces vagues allusions, s’il fallait en admettre l’exactitude absolue, feraient peu d’honneur au temps auquel elles s’appliquent. A entendre Plutarque, il n’y aurait plus d’autre garantie de l’union conjugale que la crainte des lois, et l’on ne se luarierait plus que par calcul : les hommes, pour avoir des enfants et pour jouir du douaire de leurs femmes qu’ils confineraient dans les plus basses fonctions de l’administration domestique; les îemmes, pour se livrer impunément à leur goût de luxe et de plaisir 1 . L’amitié fraternelle serait devenue un plié-

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