‹ De la morale de PlutarqueChapitre 28 sur 91 · Sur les moyens de connaître, etc., 17. — 2. Ibid · texte numérisé non relu

Sur les moyens de connaître, etc., 17. — 2. Ibid

En môme temps, il est entré dans la vie civile et politique. C’est là que nous le retrouverons homme et. citoyen. - .

Ainsi que j’en avais annoncé le dessein, je me suis abstenu, dans cet exposé, de toute comparaison. J’ai voulu embrasser d’une meme vue l’ensemble de la famille, tel que Plutarque nous en offre le tableau dans celles de ses œuvres qui ont directement trait ou qui louchent aux relations et aux affections de la vie domestique. Si maintenant, rassemblant d’un coup d’œil les observations et les préceptes de notre moraliste, nous les rapprochions des doctrines de ses prédécesseurs et de ses contemporains, à quelles conclusions ce rapprochement nous mènerait-il? C’est ce qui nous reste à examiner.

« Jusqu’à Socrate, dit Cicéron, la philosophie enseignait la science des nombres, les principes du mouvement, les sources de la génération et de la corruption de tous les êtres ; elle recherchait avec soin la grandeur, les distances, le cours des astres, enfin les choses célestes; Socrate, le premier, la fit descendre du ciel et l’introduisit non-seulement dans les villes, mais jusque dans les maisons 1 . » Si les Sages, en effet, dans leurs maximes et les poètes gnomiques dans leurs sentences, si Pythagore, dans ses Vers dorés, avait exprimé d’utiles vérités sur les devoirs et les affections de la vie privée*, c’est de l’enseignement de Socrate que date seulement, selon

4. Tusculanes, V, 4. Cf. Platon : Phédon, §45; Apologie , § 3; Xénophon, Mcm., liv. I, chap. i, § 14 à 15. — 2. Jamblique : de Vita Prjlhagori, 158. V. Ad. Garnier, de la Morale dans Vanliquité : les Sages de la Grèce, p. 31 à 37.

LA VIE DOMESTIQUE

l’expression de Cicéron, l’introduction de la philosophie dans la famille. Quelle part, dès lors, les plus grands de ses disciples lui avaient faite dans leurs spéculations, nul ne l’ignore. Malgré la place que l’éducation des femmes tient dans la République et dans les Lois, ce n’est pas dans Flaton, sans doute, qu’il faut chercher l’analyse des sentiments sur lesquels repose la constitution du foyer domestique. Mais ceux qui ont le mieux expliqué la complexité de l’âme humaine, y ont-ils découvert rien d’essentiel que l’auteur de la Morale à Nicomaque n’eût exprimé le premier, avec autant de finesse que de force. Et quoi de plus riche en observations délicates sur les affections naturelles, que Y Économique de Xénophon? Aucun des principes qui servent de fondement aux préceptes de Plutarque n’était donc nouveau dans la philosophie grecque : l’égalité morale des deux sexes avait été reconnue; la nature et la valeur relative des diverses affections qui attachent l’homme à l’homme, comme enfants, parents, frères, amis, serviteurs, avaient été déterminées l . Restait pour le moraliste la tâche de tirer de la doctrine des maîtres tout ce que la morale pratique y pouvait pui- ' ser de sages prescriptions et de conseils salutaires : tâche modeste, mais éminemment utile. Plus d’un paradoxe, en effet, s’était glissé au milieu des vérités mises en lumière par les spéculations incompa-

1. Xénophon : Économique , III, 12 et suiv. ; VII, VIII, IX. Aristote : Morale à Nicomaque, VIII, IX; Grande Morale , II, 13 à 10; Morale à Eudème, VII, 1 à 12. Cf. P. Janet, Histoire de la philosophie morale et politique dans l'antiquité et dans les temps modernes, liv. 1, ii, § 2; ch. ih, *§ 2.

râbles d’Aristote et de Platon. Recueillir en un code de préceptes acceptables pour le cœur et pour la raison, et mettre à la portée commune le plus pur de leur enseignement : tel est le rôle qui, dans le développement de la morale antique sur les affections de la famille, demeurait à prendre, et où il nous semble que Plutarque est parvenu à se faire une place supérieure par un agréable éclectisme de bon sens.

Nul d’ailleurs, parmi les représentants de la sagesse grecque, nul peut-être n’a eu de la solidarité de la famille un sentiment plus juste. Embrassant dans son sein ou sous sa tutelle tous ceux que les affections ou les besoins de la nature groupent autour du même foyer, la famille forme, dans l’ensemble des œuvres de Plutarque, un corps dont tous les membres sont étroitement unis. L’épouse d’ïschomaque, chez Xénophon, reine abeille dans la ruche, doit surtout veiller à l’accroissement des biens de la maison 1 ; la femme de Pollianus, chez Plutarque, initiée aux études les plus délicates et les plus élevées de son mari, partage avec lui la direction morale de la famille. D’un autre côté, le lien qui a enchaîné l’époux à l’épouse ne rompt pas celui qui attache le frère au frère ; l’ami est un frère d’adoption ; l’esclave est un hôte de la maison ; les animaux euxmêmes y ont leur place; et tous, par leurs lumières, par leur affection, par leur dévouement, par leurs exemples, tous concourent au bonheur de la vie commune et en recueillent, à des degrés divers, le bénéfice.

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