‹ De la morale de PlutarqueChapitre 33 sur 91 · De la Curiosité · texte numérisé non relu

De la Curiosité

LA CITÉ

d’une lettre avec les dents, de ne pas courir à la rencontre d’un courier, de ne point chercher à tout entendre dans votre propre maison 1 ?.. Or, renouvelées chaque jour avec attention, ces petites pratiques suffisent à corriger les écarts, à réprimer les excès delà curiosité, sans étouffer ce qu’elle contient en soi de fécond et de généreux.

Tous ces conseils, développés avec une bonhomie aiguisée, sont, en effet, aussi efficaces à la longue qu’ils sont simples et sensés. Ce ne serait pas cependant rendre une complète justice à Plutarque, que de se bornera relever, dans ces deux Traités, la vérité cx^ pressive des descriptions et la sagesse pratique des préceptes. Il établit explicitement, non sans finesse, la solidarité du bavardage et de la curiosité. « La curiosité, dit-il 2 * * , est l’aliment du bavardage, le bavardage, l’épanchement de la curiosité. » Bien plus, remontant jusqu’à la source de ces deux défauts, dans /.< la curiosité, il signale une sœur de l’envie 5 . Peu porté aux dissertations abstraites, môme dans les questions . qui lui semblent familières, il n’insiste pas sur cette parenté, autant qu’il conviendrait. Mais l'envie est un des sentiments dont il a sondé le fond avec le plus de sagacité \ Bossuet, pour caractériser les doucereuses ’ bassesses de « celte passion obscure et lâche, » n’a fait que retrouver, pour ainsi dire, les fortes et pénétrantes images créées par Plutarque 5 . La Bruyère

1. De la Curiosité, 15, 14. — 2. Du Bavardage, 14. — 3. De la

Curiosité, I, G. — 4. Des Moyens d’échapper à l’envie; de l’Envie

et de la Haine. — Cf. De la Manière d’écouter. 5; de TUtilité

des ennemis, 10 ; de la Tranquillité de l’àme, 6, etc. — 5. Sermon

pour la quatrième semaine du Carême.

dans sa définition de la haine rapprochée de l’envie, n’est ni plus exact, ni plus profond 1 .

, Chose caractéristique, et qui marque bien le point de vue d’où Plutarque considère les passions, dans la comparaison étendue qu’il fait entre l’envie et la haine, c’est à la haine qu’il donne l’avanîage.

On ne hait généralement, dit-il, que celui dont on craint quelque mal : c’est au bonheur, quelle qu’en soit la nature, que s’utlache l’envie. La haine s’exerce sur un objet défini ; l’envie s’étend à tout : c'est une ophllialmie de l’âme. La haine est une passion juste, et à l’égard de ceux qui la méritenl, et à l’égard de ceux qui ne haïssent pas ceux qui la méritent; l’envie est toujours une passion injuste, prospérité n’étant pas vice. La haine est un sentiment que l’on avoue; on n’ose pas dire qu’on est envieux : colère, crainte, haine, l’enyie se déguise sous toute espèce de noms d’emprunts; c'est une maladie honteuse dont on se cache. Souvent la haine s’amortit; on cesse de haïr celui dont on n’a plus de mal à craindre, celui dont on a reçu quelque bien ou dont on a reconnu la vertu. L’envie est implacable ; le bienfait meme l’irrite et l’aigrit, parce que le bienfait est un témoignage de supériorité, et dans la situation, et dans les sentiments. La haine a ouvertement pour but de nuire, et elle y emploie tout son pouvoir. L’envieux ne souhaite mal de mort 5 personne : il voudrait seulement arrêter' l’essor des fortunes ou des réputations qui le dépassent. Loin de

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