‹ De la morale de PlutarqueChapitre 34 sur 91 · De l’Homme · texte numérisé non relu

De l’Homme

LA. CITÉ. 175

lui la pensée de causer un mal irrémédiable ; mais de la grandeur qui T'humilie, il abattrait volontiers, comme d’une maison voisine trop haute, tout ce qui offusque sa vue.

On sent que le sage de Chéronée n’a observé la haine que de loin, à travers l’hisloire et dans ce qu’elle peut avoir de grand, tandis qu’il a suivi l’envie à l’œuvre, pour ainsi dire, dans l’étroite enceinte de la petite ville où les convoitises et les rivalités, incessamment en contact, se font sourdement la guerre. « Quand un homme voit, dit-il, les chevaux et les chiens d’un homme qu’il n’aime pas appréciés et estimés, èes terres bien cultivées, ses vergers en bou rapport, n’éprouve-t-il pas une sorte de tristesse, qui se change bientôt en amertume et s’exhale en mauvais propos 1 ? » Toute la vie de la petite ville est là.

Cet inévitable contact de tous les jours a d’autres dangers. S’il en est qu’il excite, il en est aussi qu’il paralyse : esprits faibles et timorés, qui, courbant la télé sous le joug que le premier venu leur impose, non faute de savoir ce qu’ils veulent, mais faute d’oser résister à la volonté d’autrui, prennent le médecin de celui-ci, le précepteur ou l’avocat de celui-là, s’engagent, sur la foi d’un ami, dans la secte d’Épicurè ou de Zénon, promettent à tout le monde appui, services, caution, et n’ont pas plus tôt donné leur parole qu’ils voudraient la 'retirer, rougissant de leur fai-

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