‹ De la morale de PlutarqueChapitre 35 sur 91 · De l’utilité des ennemis, 10; Cf · texte numérisé non relu

De l’utilité des ennemis, 10; Cf

hlesse 1 . Ce sont les victimes de la mauvaise honte ou du respect humain.

Victimes, avons-nous dit : Plutarque, en effet, sait ce qu’il peut entrer dans la mauvaise honte de louables scrupules, de pudeur vraie, de sincère délicatesse. Aussi commence-t-il par faire quelques réserves. Lorsqu’on démolit un batiment attenant à un temple, on a bien soin, dit-il, d’étayer le temple; ainsi faut-il craindre, en mettant la main aux fondements de la mauvaise honte, d’ébranler ce qui doit en être conservé 2 . Mais pour être une défaillance digne de sympathie, la mauvaise honte n’en est pas moins une défaillance dangereuse, et, par cela seul quelle est une abdication volontaire, une défaillance coupable. Ses réserves une fois faites, Plutarque ne la ménage pas. « La mauvaise honte est comme un terrain bas et marécageux qui reçoit toutes les eaux d’alentour. Incapable de rien détourne! 1 , de rien repousser, elle est le déversoir des mauvaises passions et des vices d’autrui 5 ... Et il peut arriver que la mort soit le prix de sa mollesse. Polysperchon avait promis à Cassandre de faire périr Hercule; pour consommer son crime, il invita le jeune homme à souper. Celui-ci, se défiant de l’invitation, prétextait sa santé. Polysperchon vint le trouver. Hercule, cédant à la mauvaise honte, suivit Polysperchon, et, pendant le souper, il fut massacré par les convives \ » Exemple saisissant, mais excessif. Aussi Plutarque ne s’y arrête-t-il pas; et, revenant à l’observation de

1. De la Mauvaise honte, 8. — 2. Ibid., 1. — o. De la Mauvaise

honte, 5. — 4. Ibid., 4.

LA CITÉ. 175

la société qui l’entoure, il s’effoice simplement de montrer à ceux qui se laissent atteindre par la mauvaise honte les embarras auxquels ils s’exposent. « Vous n’osez refuser de l’argent à un ami, dit-il, et rren ayant pas vous-même, vous êtes obligé d’emprunter pour tenir votre promesse! Vous vous laissez aller à donner votre parole pour le mariage de votre fille ou de votre sœur , et , l’affaire entamée, il vous faut mentir pour vous en tirer 1 * ! » Il est là sur son terrain et il y est maître s . Demandes d’argent , recommandations indiscrètes , insinuations intéressées, menaces, louanges, il nous met en garde contre toutes les surprises, avec ingénuité. « Un orateur vous sollicite de commettre une injustice dans un jugement; répondez-lui que vous ne demandez pas mieux, pourvu qu’il s’engage lui-même à commencer son discours par un solécisme ou à faire un barbarisme dans sa narration ; un homme distingué par sa naissance et par son rang veut que vous lui rendiez un service honteux : demandez-lui,en retour, d’aller sur la place publique en dansant et en faisant la grimace; proposez à l’avare de vous prêter un talent sans billet, à l’ambi* lieux, de vous céder ses droits 5 . S’ils s’y refusent, quel beau jeu vous avez pour leur demander lequel est le plus coupable de pécher contre la langue, de se défigurer, lequel est le plus pénible de prêter sans contrat, de renoncer à une candidature, ou de violer les lois, de commettre un parjure, de

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