‹ De la morale de PlutarqueChapitre 41 sur 91 · Cf. Duruy, Thèse latine, De Tiberio impemtore, p · texte numérisé non relu

Cf. Duruy, Thèse latine, De Tiberio impemtore, p

3. Tacite, Annal., XIII, 50, 51; Suétone, in Néron., X. CL Montes-

quieu, Esprit des lois, liv. XIII, ch. xix. — 4. Tacite, Annal., XI, 24;

Dion Cassius, LX, 17 ; Sénèque, Apocolokynlose , 3; Cf. Des Bienfaits,

VI, 19. — 5. Suétone, in Vcspasian., 9. — 0. « Caput imperii et dé-

cora omnium provinciarum. » Annal., III, 55. — 7, « Colimus externos etadulamur, » dit Thraséas dans le sénat. (Tacite, Annales, XV, 21 et suiv.)

frère sont ceux-là môme qu’Agricola travaille vainement à faire prévaloir dans sa province 1 ; et l’on trouverait difficilement, dans les Verrines, une page plus tristement éloquente que l’exposé de l’administration des procurateurs de la Judée, telle que nous la fait connaître l’historien Josèphe, dévoué pourtant à la cause de la domination romaine 2 * ? Pour quelles provinces plaidons-nous, disait, sous Yespasien, le fougueux avocat du dialogue des Orateurs, si ce n’est pour celles qu’on pille et qu’on opprime? et n’aimerait-on pas mieux n’avoir pas à se plaindre, que d’être vengé 5 . La vengeance elle-même n’était ni facile ni sûre. L’arbitraire régnait dans la pénalité comme dans la procédure 4 . Trop souvent, du moins, on était acquitté ou condamné plus ou moins sévèrement par le sénat, suivant Page, suivant le crédit, suivant les protections 5 . Enfin, certains empereurs n’avaient-ils pas donné l’exemple des extorsions? En arrivant à l’Empire, on avait besoin de la sou-

1. Vie d’Àgricola, 19, 20. Cf. 15, 15. Cf. Juvénal, Satires, VIII, 88 et suivants. — 2. Josèphe, Guerre des Juifs, 11,14; Histoire des Juifs, 1, 20; II. l.Cf. Tacite, Annales, II, 45; III, 31, 58, 71; IV, 7, 25. 40, 72;

VI, 52,40; XII, 58 ; XIV, 18. 58; XV, 19; XVI, 13; Histoires, I, 2;

II, 57; III, 25, 50; IV, 14; Agricola, 9, 13, 19; Pline, IJist. natur ., XXXVII, 11 ; Pline, lettres, II, 11 ; X, 29, 58; Panégyrique de Trajan, 29; Suétone, in 'liber. , 11, 37, 52, 02; in Caligul., 58; in Néron. 57; in Galba, 5; Sénèque, Des Bienfaits, I, 9; IV, 55; Pausanias, Vil’ 17; Philostrate, Vie d'Apollonius île Tgane , V, 14, 30; Plutarque, Be l’exil, 12; Préceptes politiques, 17; De l'Amour fraternel, 11; De l’Amour des richesses, 7, etc. — 5. Tacite, Dialogue dès Orateurs, 41. Cf. Saint Jean, Évangile, XI, 47, 48; Tacite, Annales, V, 10. —

4. Tacite, Annales, II, 29, 50, 31, 50; III, 10, 17, 18, 25, 60, 68, 90, 70; IV, 28, 31, 42; XII, 22; XIV, 48, 50, 02; XYI, 11, 24; Suctone, in Cl and , 14, 23; inCaligul., 53; Dion Cassius, LVIII, 5; LIX, 19.

Cf. La Boulaye, ouv age cité, p. 439 à 445. — 5. Tacite, Annales, XIII, 55, 52; XIV, 28; Suétone, in Uthon., 2.

LA CITÉ. '

mission du monde; on n'avait pas encore subi la fascination de la toute-puissance : promesses intéressées ou sincères, on s’engageait à tout 1 . Quelques années s’étaient à peine écoulées, qu’on inventait des impôts 2 , on vendait la justice 3 * , on pillait les temples*.

Toutefois, malgré la persistance des abus, malgré la précarité des réglements destinés à y porter remède, la somme de bien produite par l’administration impériale était réelle, et le sentiment public qui domine dans le monde romain au premier siècle de 1ère chrétienne, est celui de l’apaisement, de la sécurité, de la gratitude. Ce ne sont pas seulement des historiens, plus ou moins gagnés par les faveurs de la cour impériale, qui en témoignent 5 ; ce sont les peuples euxmêmes. Si l’excès de leur reconnaissance touche parfois à l’adulation, leur reconnaissance, du moins, ne se trompait pas d'adresse. Tandis que Caligula; tandis que Néron surtout avait été pleuré par la plèbe de Rome, hors de Rome, ils n’avaient laissé l’un et l’autre qu’un souvenir de terreur 6 ; et c’é-

1. Suétone, in Claud., 7. « Caligula sccundam existimationeni cire initia imperii omnibus lenociuiis colligente. » Tacite ( Histoires , I, 78), parlant de quelques laveurs faites aux provinces par Othon, ajoute :

concessions faites plutôt pour éblouir que pour durer : Ostentui magis quain inansura. — 2. Suétone, in Caligul. , 40; in Héron., 32;

in Vespasian . , 10, 25; in Galba, 12; in Domilian., 12; Tacite, Annales, III, 40; IV, 45; Histoires, II, 8i; Juvénal, Satires, VIII, 87

et suiv. — 5. Suétone, in Vespasian., 10 : « Nec candidatis quidem honores reisvc, tam innoxiis quam nocentibus, absolutiones venditare cunctatus est. » Cf. in Tito, 7. — 4. Tacite, Annales, XV, 45. —

5. Appien, Préface, 7; Cf. J. Lipse, De maynitudine romana, liv. IV, ch. vu. — 0. Tacite, Annales, I, 78 ; IV, 37, 55, 50 ; Suétone, in Au -

gust., 52, 57, 59, 98; in Claud., I.

lait le rétablissement de la paix après les guerres, civiles d’Othon, de Galba et de Yilellius qui avait valu à Yespasien les mômes hommages qu’au vainqueur d’Actium *. « Soumettez-vous à Rome, criait Josèphe à ses compatriotes : Dieu est pour elle. Sans le secours de Dieu, eût-elle vaincu l’univers, et tant de peuples belliqueux eussent-ils subi son joug? Dieu, portant l’empire de nation en nation, est maintenant en ‘Italie 2 ... » Et les nations semblaient accepter avec joie ce jugement de Dieu. « Elles obéissaient en silence, aussi dociles que les cordes de la lyre sous le doigt de l’artiste, dit un rhéteur presque contemporain de Plutarque. Les villes étaient sans garnison ; une cohorte, un escadron suffisait à la garde d’une province; une simple lettre gouvernait le monde 3 ... » La paix romaine subsistait d’elle-même et sans le secours des armes, par l’acquiescement universel 4 .

Mais cet acquiescement était-il absolu? Dans ce sentiment de reconnaissante quiétude dont Plutarque lui-même nous a fourni la vive et sincère expression, faut-il voir un sentiment de satisfaction entière et de complet abandon? Le bienfait de la paix romaine, tel que les Césars l’appliquaient à l’administration des provinces, suffisait-il au patriotisme éclairé d’un bon citoyen, sujet soumis etjidèlc de l’Empire, mais resté bon citoyen? C’est

4. Plutarque, du Bavardage, 7; du Flatteur et de l'Ami, 19 ; des Délais de la justice divine, 22 , Préceptes politiques, 14. Cf. Tacite, Ilist., II, 8; Suétone, in Nei’on.; 40. — 2. Josèphe, Guore des Juifs, VII, 4; Cf. Id., ibid.. Y, 9; II, 10; V, G; III, 8. — 5. Aristide, Éloge de Home. Cf. Yelleius Palerculus. Hist., H, 107 — 4. Josèphe, Gucn’e des Juifs, II, IG.

LA CITÉ. 207

ici que les Traités de Plutarque nous apportent sur l’état moral et politique des provinces de précieuses lumières.

Dans les œuvres de morale politique de Plutarque, il faut faire deux parts : celle des dissertations abstraites, des thèses d’école, et celle des conseils pratiques, des directions appropriées aux sentiments et aux besoins du temps. On ne peut séparer les unes des autres. Elles portent différemment, mais elles portent . toutes la marque du génie de Plutarque et celle de son siècle.

Plutarque avait fait une série de leçons sur la politique 1 . Malheureusement il n’en est resté que les opuscules qui ont pour titre : De la Monarchie , de la Démocratie et de V Oligarchie; Un philosophe doit surtout converser avec les princes; A un prince ignorant; opuscules auxquels on peut joindre le Traité de VExil. Encore quelques-uns de ces ouvrages sontils fort incomplets. Cependant les fragments qui en subsistent suffisent pour permettre d’établir clairement la pensée du sage de Chéronée.

Quelle était aux yeux de Plutarque la meilleure forme de gouvernement?

Qu’il y ait une forme de gouvernement excellente entre toutes et qu’il y ait intérêt à s’en rendre compte, c’est un point qu’il met tout d’abord hors de doute. Comme il est pour les particuliers des genres de vie différents, dit-il, de même il existe pour le gouvernement, qui est comme la vie des

peuples, des formes diverses, et il importe de con-

Page 1