‹ De la morale de PlutarqueChapitre 48 sur 91 · De l’Exil, 8 à · texte numérisé non relu

De l’Exil, 8 à

LA CITÉ. 221

consacrées au même sujet, dans la Consolation à Iïelvie. Arrêté par une accusation vraisemblablement injuste dans le cours d’une fortune prospère, Sénèque a été relégué en Corse ; depuis deux ans, il habite « un rocher abrupt, sauvage, affreux, malsain; » et, s’oubliant lui-même, il ne songe qu’à consoler sa mère, « accablée, depuis sa naissance, de toute espèce d’infortunes 1 . » L’intention est excellente ; mais pour consoler sa mère, ce fils dévoué ne trouve rien de mieux à faire que de reprendre et de développer la thèse de Musonius, ici par des métaphores subtiles où l’âme est comparée au feu dont ressence est le mouvement perpétuel % là par une satire déclamatoire du luxe contemporain 3 ; ailleurs, enfin, par des tableaux empruntés à l’histoire, etc. Il le déclare lui-même tout d’abord avec une singulière ingénuité de rhéteur : « Ce n’est pas dans son âme, c’est dans les monuments que les plus illustres génies * ont laissés sur la douleur, qu’il a cherché l’inspiration de sa Consolation. » Ce qui le préoccupe, c’est de trouver « un langage tout neuf pour un malheur sans exemple 4 ... » J’indique la comparaison. Elle ne peut porter que sur le détail des développements. Poursuivie dans l’ensemble, elle serait injuste pour Sénèque. Il n’y a point d’analogie entre les situations. C’est de lui-même que parle Sénèque, et ses derniers chapitres sont -pénétrés d’une sincère et éloquente émotion.

Quoi qu’il en soit, le traité de l’exil de Plutarque, pris en lui-même, n’est pas sans intérêt. 11 ajoute

i. Sénèque, de l'Exil, 1. — 2. Ibid., 6. — 3. Ibid., 9 à 11. — 4. Ibid., 1.

quelques traits à la physionomie que nous nous efforçons d’esquisser. Il nous montre, une fois de plus, l’homme dans le rhéteur, l’homme auquel la tradition de l’école s’impose, mais qu’elle n’enchaîne point ; il éclaire de quelque lumière les mœurs du temps. Mais bien autrement instructifs sont, même dans leur ensemble incomplet, les traités sur la meilleure forme de gouvernement et sur les rapports des philosophes avec les princes. Ces opuscules expliquent, autant qu’une telle erreur est explicable, la légende accréditée par Suidas ; ils aident à faire comprendre, dans une certaine mesure, que Plutarque ait pu paraître capable du rôle de précepteur de Trajan que des imaginations complaisantes lui ont prêté.

Je remercie les dieux, écrivait Marc-Aurèle, de m’avoir donné de bons aïeuls, de bons parents, une bonne sœur, de bons maîtres 1 . Et à chacun de ces maîtres il faisait sa part de reconnaissance : ■ à Diogénète, qui lui avait donné l’horreur des occupations futiles; à Rusticus, de qui il avait appris à réformer son caractère, à éviter les voies » où l’auraient entraîné la rhétorique et la poétique des sophistes, à connaître les commentaires d’Epictète; à Apollonius, à qui il- devait un vivant exemple de l’accord possible dans le même homme, de la fermeté et de la douceur; à Sextus, dont les conseils lui avaient inspiré le goût de la bienveillance ; à Alexandre le grammairien, qui l'avait accoutumé à ne jamais reprendre personne qu’avec ménagement; à Maximus, qui lui avait montré comment on devient

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