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Pensées fie Marc-Aurèle, I, 0 ù

EXPOSITION DE LA MORALE DE PLl’TARQUE.

Les Préceptes politiques sont adressés à un jeune homme que l'honnête ambition de servir sa ville natale avait touché. Ce cadre, qui n’est point une fiction, — Plutarque, nous le savons, n’a pas de ces artifices, — a l’avantage de poser la question sous une forme nette et précise.

Mon cher Euphanès, écrit Plutarque à son jeune client, il n’y a pas d’illusions à se faire, vous le savez. Pour l’homme qui se consacre aux affaires publiques, le temps n’est plus des guerres à engager, des alliances à conclure, des actions communes à soutenir, des grandes entreprises à former. Ce qui vous est permis pour signaler votre début, c’est d’instruire, devant les tribunaux, quelque affaire civile, de poursuivre les abus, de défendre le faible. Vous pouvez encore surveiller l’adjudication de l’impôt et l’intendance des ports et des marchés, ou remplir quelque emploi de police municipale. L’occasion s’offrira peut-être aussi de conduire avec une ville voisine ou avec un prince une de ces négociations qui ne rapportent ni grand profit, ni grand honneur, mais qui sont bonnes à entretenir des relations d’Etat et qui forment l’expérience. Enfin la maturité de l’âge venue, vous • aurez le droit d’aspirer à une mission auprès de l’empereur et à la magistrature suprême de votre pays. Mais à quelque rang que vous soyez élevé, ne l’oubliez pas, ce n’est plus le lieu de vous dire comme Périclès, revêtant sa chlamvde : songes-y, Périclès, c’est à des hommes libres que tu commandes, c’est à des Grecs, à des Athéniens. Dites-vous bien, au contraire : tu commandes, mais

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tu es commandé; la ville que tu gouvernes est une ville sujette, une ville soumise aux lieutenants de l’Empereur. Il vous faut donc prendre une chiamyde plus simple; il vous faut, du degré où vous siégez, avoir toujours l’œil sur le tribunal du proconsul et ne pas perdre de vue les sandales qui sont au-dessus de votre couronne; il vous faut faire enfin comme les acteurs qui prennent l’attitude et reproduisent les mouvements de leur rôle, mais qui, l’oreille tendue, ne se permettent aucun signe, aucun geste, aucun mot que n’ait, à l’avance, prescrit le souffleur. Nous rions des enfants qui s’amusent à chausser les souliers de leur père et à s’affubler de ses couronnes. Souvent aussi d'imprudents magistrats, exaltant aux yeux des peuples les belles actions, les traits de courage, les généreuses hardiesses de leurs ancêtres, les lancent follement dans des entreprises qu’ils ne sauraient soutenir. Et d’eux on ne rit pas. Aujourd’hui, en effet, ce n’e^t point par les sifflets et les sarcasmes que les fautes s’expient, — témoin Pardalus, — c’est par la hache ; à moins que les coupables ne soient devenus si méprisables par leur faiblesse, qu’on ne daigne même pas les frapper 1 .

Telle était l’humble carrière qui demeurait ouverte au dévouement du citoyen dans sa patrie, le lendemain de la mort de Domitien ; tel est l’avenir dont Plu- ■ tarque, rentrant dansChéronée, envisageait pour luimême, sans doute, l’horizon borné, avec la modéra-

1. Préceptes politiques, 10, 13, 17, 18, 32. Cf. Quelle part le vieillard doit prendre à l’administration des affaires publiques, 18, 19 ; Du Progrès dans la vertu, 0; De l’Exil, 12. Voir Naudet, ouvrage cité, p. 204.

ft

tion du sage, mais non sans un sentiment de tristesse profonde et d’amer regret.

Plutarque, en effet, est Grec de cœur et d’àme. Pour lui, le peuple de la Grèce n’a pas cessé d’ètre le peuple chéri des dieux 1 11 ; c’est un Hellène; il en a l’orgueil, les préjugés, les antipathies de race 2 . S’il adopte et revendique pour l’honneur des Grecs la gloire d’Alexandre, le plus grand homme qu’ait vu le monde 5 , la Macédoine n’en demeure pas moins, à ses yeux, tout comme au temps de Miltiade et de Thémistocle, un pays hors du sol privilégié de la Grèce \ Partisan de Démosthène contre Philippe, d’Aratus contre Antigone, une victoire sur les Macédoniens prend aisément dans sa bouche comme dans celle du général vainqueur, le nom de sœur de Marathon ; et il accuse Aratus d’avoir trahi la noblesse des Grecs, en remettant à Antigone le commandement de la ligue, qu’il ne devait laisser qu’à un Grec, fût-il moins capable encore que Cléomène d’en soutenir le poids 5 .

Dans la patrie commune, on le sait, il est un pays qui lui est particulièrement cher. Mais ce n’est pas un mesquin sentiment de patriotisme local qui inspire sa passion pour la Béotie. Ce qui l’émeut contre Hérodote en faveur dè Thèbes, c’est que l’historien des

1. Des Délais de la justice divine, 22. — 2. De la Malignité d’Ilérodote, 12, 15, 20,54, 45; d’Isis et d’Osiris, Cl; des Délais de la justice divine, 15, 22; de la Face qui paraît dans la lune, 26; Préceptes de santé, 20; de l’Amour fraternel, 18; Consolation à Apollonius, 22; du Bavardage, 18; de la Manière d’entendre les poètes, 10; Vie de Thémistocle. 8; Vie d’Alexandre, 55, 58; Questions romaines, 5, C, 10,

11, 57, 44, 52, 67, 83, 84, 94, 104, 112, etc. — 3. De la fortune et de la vertu d’Alexandre, 5. Cf. 8, 9, 11. — 4. Vie d'Aratus, 16. — 5. Vie de Démosthène, 18, 22; Vie d’Aratus, 16, 9, 44.

LA CITE

lierres Médiques ait laissé planer sur la Béotie le soupçon d’une trahison. Ce qu’il exalte dans la gloire des Thébains, c’est que, devenus à leur tourles maîtres

de la Grèce, ils en ont soutenu le rôle au dedans et au

dehors, sur les champs de bataille et dans les négociations, en dignes héritiers des vertus militaires de Sparte déchue et delà politique d’Athènes dégénérée. La Grèce vaincue à son tour, c’est, dans sa pensée, un honneur égal, sinon supérieur à toutes les victoires, d’avoir civilisé ses maîtres et conquis ses conquérants. Pour lui, la grandeur de Rome ne date que du jour où elle a été éclairée des lumières du génie grec. Ceux-là seuls, parmi les Romains, lui paraissent avoir été véritablement grands, qui ont suivi et goûté les leçons d’Homère et de Platon 1 .

Ce sentiment de patriotisme ne parait nulle part plus manifestement que dans les Parallèles. Montaigne « se picque, pour Plutarque, qu’entre aultres accusations, Jean Bodin ait dict qu’il a bien assorty de bonne loy les Romains aux Romains et les Grecs entre les Grecs, mais non les Romains aux Grecs; témoings Démosthènes et Cicéron, Caton et Aristide; estimant qu’il a favorisé les Grecs de leur avoir donné des compaignons si dispareils 2 . » Et il entreprend de « le garantir de ce reproche de prévarication et de faulseté.» Il pense, « au rebours de Bodin, que Cicéron et le vieux Caton en doibvcnt de reste à leurs compaignons ; que, si Plutarque les compare, il ne les éguale pas pourtant ; que pour avoir simplement présenté les

4. Vie de Caton l’Ancien, 23; Vie de Marins, 2; Vie de César, 55; Vie de Brutus, 2, 4, 21, 40, 51; Vie de Flamininus, 5. — 2. Essais, II, 52.

Romains aux Grecs, il ne peult leur avoir faict injure, quelque disparité qui y puisse estre ; et qu’au sur-, plus, il ne’ les conlrepoise pas entiers, mais qu’il apparie les pièces et les^circonstances, l’une aprez l’aultre et les juge séparemment...» À cette ingénieuse « deffense » de Montaigne, on pourrait ajouter que préoccupé, avant tout, d’une pensée morale, Plutarque va chercher le sujet de ses parallèles, non pas seulement chez les Romains et chez les Grecs, mais chez les Perses, partout où s’offre à son souvenir quelque grand exemple de vertu. 11 conviendrait aussi de distinguer entre les comparaisons qui suivent les Vies et les Vies mômes. S’il est vrai que, dans les comparaisons, l’équilibre n’est pas toujours irréprochable, Plutarque, dans les Vies, se donne tout entier tour à tour à chacun de ses personnages; il raconte leur histoire, comme s’il ne devrait s’ensuivre aucune comparaison. Juger exclusivement les Vies d’après les parallèles auxquels elles aboutissent, c’est juger le tableau d’après le cadre. Au reste, il suflit de rapprocher les Vies et les Traités, pour en reconnaître le commun esprit. Telle est l’équité naturelle de Plutarque à l’égard de tous les grands hommes, quelle que soit leur origine, qu’il est bien peu de pages des Traités où l’histoire romaine ne lui fournisse un contingent d’exemples presque aussi considérable que l’histoire grecque. Entre les uns et les autres, il ne fait pas de différence; les meilleurs, à ses yeux, sont ceux qui justifient le mieux la leçon qu’il veut en tirer. Nous nous associons donc sans peine à la deffense de Montaigne ; et assurément, nous ne saurions admettre, comme on a essayé de l’établir au dix-huitième siè-

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cle, que Plutarque ait composé ses Parallèles dans l’intention systématique d’abaisser les Romains à l’avantage des Grecs 1 .

Mais ce serait le justifier contre l’évidence, et « mal espouser son honneur, » à notre écris, que de se refuser à croire que l’idée de trouver dans les Parallèles l’occasion de mettre les hommes illustres de la Grèce en balance avec ceux de Rome, ait été indifférente à son patriotisme. L’historien sans cité ni pays de Lucien n’est pas l’idéal qu’il se propose. Il a, comme on l’a dit ingénieusement, la voile toujours tendue pour sa patrie, semper veîificatur patriæ. Noble et généreuse préoccupation, après tout, qui rendrait l’erreur même respectable. En effet, que Polybe, frappé de la grandeur lentement envahissante de Rome et de la décadence précipitée de la Grèce, analyse avec sang-froid les causes de ces révolutions contraires, et démontre par quelle conduite, par quelle sagesse, le peuple vainqueur de Corinthe et de Carthage a soumis l’univers entier à ses lois; que Denys d’IIalicarnasse expose, avec l’insensibilité de l’antiquaire, la supériorité des institutions romaines sur les institutions grecques : on admire, sans doute, la portée, on apprécie l’utilité de leurs réflexions ou de leurs recherches. Mais n’aimerait-on pas mieux que ces témoignages portés contre la légèreté 2 , les fautes 3 , la folie 4 des Grecs, eussent trouvé d’autres interprètes que des enfants de la

1. Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (1724- 1725), t. VI, p. 52 etsuiv., 135 et suiv. Discours de l’abbé Saliier. —

2. Polybe, Histoires , VI, 56. Cf. XXVIII, 9; XXVII, 7. — 3. Id.

ibid., XXXVUI, 1. — 4. Id., ibid., XL, 5,

Grèce? Que pouvez-vous prétendre, semble dire incessamment Polybe à ses concitoyens, contre une nation qui vous écrase, bien moins par l’invincible supériorité de ses armes que par la force incomparable de son caractère et de ses lois? Reconnaissez la légitime maîtresse du monde, et ne vous appliquez qu’à mériter le bonheur qu’elle vous assure 1 . Sans doute, il n’est que juste d’en faire la remarque, le temps où il écrivait ne comportait pas d’autres conseils ; et ce n’est pas sans raison que Bossuet admire le sens politique de T historien philosophe 2 . Mais est-ce tout à fait un honneur pour Polybe, qu’on ait pu donner à son livre le titre à' Histoire des Romains 3 ? Ne pouvait-il présenter les mêmes vérités avec plus de ménagement pour ses compatriotes? A pénétrer dans l’âme des deux écrivains, n’est-on pas tenté de se ranger du côté de Plutarque contre Bossuet, exaltant le commensal des Scipion au détriment du sage de Chéronée? N’y a-t-il pas quelque chose d’aussi honnête que de touchant dans la pensée du mora- ' liste « passionné pour ses Grecs, » comme dit Bossuet, qui, non moins clairvoyant sur les misères présentes de sa patrie, mais fidèle aux souvenirs de sa grandeur passée, se plaît à relever sa gloire à la hauteur d’une gloire rivale?

Ce chaleureux patriotisme, aussi bien, n’a rien d’aveugle. Aussi sensé que Polybe, Plutarque n’est ni un rêveur, ni un frondeur. C’est en imagination qu’il se plaît à converser avec les antiques héros de la Grèce : dans la réalité, il vit avec les

1. Histoires, YR 11 et 18. — 2. Bossuet, Histoire universelle, III, VI. — 3. Pausanias, VIII, 50.

LA CITE

hommes de son temps. En théorie, nous l’avons vu, il partage les préférences de Platon pour la monarchie. En fait, la question est de celles sur lesquelles il déclare qu'il s’en remet à la direction souveraine des Dieux 1 . Il s’incline donc, sans arrière-pensée, devant l’établissement de la monarchie impériale, comme devant une œuvre providentielle. « Vous avez privé la Grèce de la liberté qui lui avait été rendue, écrivait avec hauteur Apollonius de Tyane à Vespasien, je ne suis plus des vo- ’ très 2 ; » et il se glorifiait d’avoir contribué au renversement de Néron 3 , comme il devait se vanter plus tard d’avoir conspiré contre Domitien 4 . Plutarque est trop sage et trop sincère, il connaît trop bien son temps et son pays, pour concevoir l’idée d’un tel rôle, et en prendre les airs arrogants. De quelque gracieuse image que le souvenir de la liberté de la Grèce Halte sa pensée, il n’oserait en appeler le retour.

« Contentons-nous, dit-il à ses concitoyens, de ce que les maîtres nous laissent; nous ne gagnerions probablement pas à avoir davantage 5 . » En cela, le plus modeste de ses contemporains n’-est pas plus modeste que lui.

Mais, et c’est ici qu’il se distingue de ses contemporains, ce peu que laissent les maîtres, il ne veut pas qu’on le perde, soit qu’on n’en use pas, soit qu’on en mésuse. 11 n’apprécie pas moins qu’Aristide 6 , Épietète 7 et Dion Chrysostoine 8 , la liberté de pouvoir, à

1. Vie de Pompée, 75; Vie de Démosthène, 19; de l'Exil, 9; de la Fortune des liomains, I. — 2. Philostrate, Vie cl' Apollonius de Tyane ,

V, 41 ; Traduction Chassang, p. 226-7. — 3. ld., ibid. , V, 10. Cf. VII.

— 4. Id., ibid., VII. Cf. VIII, 7. — 5. Préceptes politiques, 52. —

C. Éloge de Home, passim . — 7. Entretiens d’Arrien, III, 15. —

$. Dion Chrysostome, Discours, 80.

l’abri de la paix, aller et venir, travailler ou se reposer, parler ou se taire. Mais il n’entend pas, comme Épiclôte, que les devoirs de l’homme absorbent ceux du citoyen ; la liberté de philosopher ne lui tient pas lieu, comme à Dion, de toutes les autres libertés. Du règne incontesté de la paix romaine, il attend quelque chose de plus. Si la grande vie politique est devenue impossible, il voudrait du moins que chacun travaillât à conserver et à fortifier, au sein de la ville à laquelle il se doit, les utiles franchises de la vie municipale.

Ce vœu était-il réalisable?

Dans la savante hiérarchie établie par le sénat, on sait à quel degré était classé le municipe. Supérieur à la colonie, qui pouvait avoir ses magistrats, mais à qui s’imposaient les lois de la métropole dont elle n’était que le rejeton 1 , le municipe, jouissait nonseulement de la pleine direction de ses affaires, mais de ses coutumes, de ses lois 2 . Pouvoir exécutif et délibératif, tout y était le produit de l'élection. L’Empire avait maintenu cet ordre institué par la République, et les magistratures municipales étaient restées une carrière. Elle avait ses règles. Plutarque nous les fait connaître dans* ses Préceptes politiques

1. Aulu-Gelle, Nuits AU., XVI, 15. <r Non enim... suis radicibus nituntur(coloniæ), sed ex civitate quasi propagatæ sunt, et jura institutaque omnia populi romani, non sui arbitrii habent. » — 2. « ... Munieipes, qui ea conditione cives Romani fuissent, ut semper rempubiicam a populo Rornano separatam haberent (Festus, voc. Munieipes). — Legibus suis et suo jure utentes, muneris tantum cum populo Rornano honorarii participes, a quo munere capesscndo appellati videntur, nullis allis necessitatibus, neque ulla populi Romani lege adstricti,

quum nunquam populus eorum fundus lactus est. » (Aulu- Gelle, ibid.)

LA CITÉ

et dans le Traité où il examine la part que le vieillard doit prendre aux affaires de l'État .

Or, à s’en rapporter aux apparences, la vie municipale avait conservé toule son activité passionnée. Pour arriver aux honneurs, pour gagner le suffrage de ses concitoyens, il n’était point de sacrifice qui parût trop grand. On construisait ou l’on réparait, à grands frais, des monuments publics, on dotait la cité d’une bibliothèque, d’une horloge, d’un établissement de bains, d’un aqueduc, d’une école, d’un temple ; on prodiguait les distributions, les fêles et les jeux 1 : les plus riches s’y ruinaient 2 . Ce n’était pas seulement les charges que l’on se disputait 3 . Les moindres privilèges excitaient les ambitions : exemptions de charges, préséance, place réservée au théâtre, buste, portrait, inscription 4 . Mais quel était, au fond, l’objet de ces compétitions ardentes?

Rome était, en réalité, le point de mire, le but suprême de la plupart des ambitions. On dédaignait les fonctions municipales, ou du moins, le plus souvent, on ne prétendait aux honneurs de

1. Plutarque, Préceptes politiques, 5, 30, 31; Cf. le recueil des Inscriptions latines : Gruter, 554, 404, 444, 484, 49G; Orclli, 780, 1172, 5994, 4034, 4051, etc., et les inscriptions de Pompéi. Ct. Pline, Épîtres, IV, 1 ; V, 7 ; VI, 2 ; VII, 8; IX, 39; X, 24. — 2. Plutarque, de l'Usure, 7; Préceptes politiques, 50, 31 ; de l’Exil, 12. — 3. Sur les intrigues des élections municipales, voir Tcrtullien, de Pœnitentia , 12; de Pallio, 8. Voir aussi un substantiel et piquant article de M. Boissier sur Pompéi et la vie des provinces dans l'Empire romain. [Rev. des Deux-Mondes , 1 er avril 1860.) — 4. Boeckh,

Inscriptions grecques , 1625, 2282, 2285, 2529, 2552, 2535, 2347*, 2450, 2854, 2812, 2953, 3524. Kpil, Inscr. Bœot., n° 31. Cf.E. Egger.

Mémoires d'histoire ancienne et de philologie, II; de s Honneurs pu-

blics chez les Athéniens, p. 75.

la cité que pour s'en faire un marchepied 1 . On se serait cru déshonoré, à Chéronée, pour avoir pris à ferme la levée de l’impôt 2 , si ce n’eût été le moyen d’aller, dans les antichambres des grands, disputer un cheval, un collier, des hochets, ou à la cour, mendier de grasses intendances 3 . On répudiait les noms de ses ancêtres; on se parait de noms latins 4 . Des mots nouveaux étaient formés pour exprimer ces nouveaux sentiments : on se faisait appeler ami de César, comme autrefois on était appelé ami de Philippe; et ces dénominations, jadis note infamante des traîtres, étaient devenues des marques enviées de distinction 5 . Trahis ou humiliés par leurs magistrats, les simples particuliers en étaient réduits à porter leurs affaires au tribunal du prince 6 . Les villes, désintéressées de leurs affaires, se désistaient de leurs privilèges, renonçaient à leurs droits. Jadis les colonies demandaient à être élevées au rang de municipes; aujourd’hui les municipes aspiraient à devenir des colonies 7 .

C’est à ce discrédit des vertus municipales que Plutarque entreprend de porter remède.

Embrassant dans ses deux Traités le développement

4. Préceptes politiques, 26 à 39. Cf. Tacite, Annales, XV, 20; Pline, ÉpUres, X, 56. — 2. De l’Usure, 4. — 5. Préceptes politiques. 18, 19;*

de la Tranquillité de l’Ame, 10, 41, 13; Si le vice suflit à rendre malheureux, 1 ; Comment on peut se louer soi-même, 19 ; de la Mauvaise honte, 15 ; de l’Exil, 12; du Progrès dans la vertu, 6, etc. — 4. Philostrate, Vie d'Apollonius de Tyane , IV, 5, p. 143-144. Traduction

Chassang. Cf. lettres, 55, 71, 72. — 5. Bœckh, Corpus inscript, ffrœcarum, 357,338, 2108 1 , 2124, 2464. 2975. — 6. Préceptes politiques, 19. — 7. Aulu-Gelle, Nuits altiques, XVI, 13. Cf. Spanheim, Orbis

romanus , 13.

LA CITÉ

complet de la vie du magistrat, il examine successivement, d’une part, comment il doit préalablement étudier le caractère de ceux qu’il est appelé à gouverner, et travailler à se corriger lui-même de ses défauts, en vue de la foule, clairvoyante presque toujours et rarement indulgente 1 ; comment, le moment venu, il peut entrer dans la carrière, soit en s’y lançant de prime-saut, soit en y paraissant d’abord sous les auspices d’un maître éprouvé 2 * ; quels services il lui est permis de rendre à ses amis, quelle conduite modeste et conciliante il doit tenir à l’égard de ses ennemis 5 ; suivant quelle règle il doit se prêter à tous les emplois et s’aider de tous les appuis 4 ; comment enfin il doit traiter le peuple sans complaisance, mais sans rudesse, en cherchant à le relever, à ses propres yeux; par des récompenses bien choisies et bien placées 5 . D’autre part, il indique avec précision, dans quelle mesure, parvenu à la vieillesse, le magistrat peut, sans détriment pour personne et à l’avantage de tout le monde, prolonger indéfiniment ses services 6 ; quelles fonctions s’imposent à son zèle, quelle popularité doit lui être chère, sur quelles bases il convient de l’établir 7 . Décadré est large, et Plutarque le remplit, avec son art accoutumé, de traits ingénieux et de conseils pratiques applicables à toutes les situations politiques. Mais, dans l’ensemble de ces règles de conduite générale, une préoccupation particulière le domine. Ce qu’il a sous les yeux, ce sont les be-

1. Préceptes politiques, 3, 4. — 2. Ibid., 10 à 12. — 3. Ibid., 13, 14.

— 4. Ibid., 15 à 17. — 5. Ibid., 24 à 60. — 6. Quelle part le vieillard

doit prendre à l’administration des affaires publiques, 8 à 17. —

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