‹ De la morale de PlutarqueChapitre 54 sur 91 · Préceptes politiques, 18. — 2. Ibid · texte numérisé non relu

Préceptes politiques, 18. — 2. Ibid

point soulever les tempêtes, .il faut que le magistrat les prévienne; ont-elles éclaté malgré lui, qu’il les contienne. Dans, les heures de tourmente, il doit être l’ancre de salut. Si, plus fort que sa prévoyance et sa volonté, le mal vient à se produire, loin de trembler alors sur son propre sort, de fuir ou d’accuser les autres pour se disculper, c’est à lui de s’embarquer et d’aller dire, fût-il innocent : Voici le coupable 1 .

Enfin, cet esprit de désintéressement et de dignité, ces sentiments de sage indépendance ne suffisent pas à Plutarque, s’ils ne sont soutenus par un dévouement de toute la vie.

Épicure disait : Le sage ne prendra point de part aux affaires publiques, à moins que quelque chose ne l’y contraigne. Le sage ne prendra point de part aux affaires publiques, disait Zenon, si quelque chose l’en empêche. Et pour peu que le sage crût manquer d’autorité, de force, ou de santé, ces excuses étaient valables. Le sage avait même le droit de ne se donner qu’à une république parfaite. Si bien qu’en réalité, épicuriens et stoïciens, partis de principes opposés, aboutissaient au même but : nul , dans leur doctrine, n’était obligé de s’intéresser aux affaires de son pays 2 . Mieux inspiré par son patriotique bon sens 3 , Plutarque veut que le bon citoyen apporte à l’administration des affaires de

1. Préceptes politiques, 10. Cf. de l’Utilité des ennemis, 11. — 2. Sénèque, du Repos du Sage , 32. Cf. 31. — 3. Contre Colotès, 32, 35; du Bonheur dans la doctrine d'Épieure, 17; de la Vie cachée, 4; des Contradictions des stoïciens, 3,4; Préceptes politiques, 29; Quelle part le vieillard, etc., 1, 5, G.

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sa cité sa part de lumières et d’utiles exemples, jusqu’au dernier souffle. Par là il n’entend pas, sans doute, que le vieillard doive rechercher la présidence de toutes les assemblées et de tous les tribunaux, solliciter toutes les ambassades et toutes les missions, en un mot, attirer à lui tous les honneurs, toutes les charges, comme ces vieux arbres qui épuisent les sucs de la terre et qui empêchent les jeunes rejetons de croître alentour 1 . Quand Bucéphale commença à prendre de l’âge, dit-il, Alexandre montait sur d’autres chevaux, pour passer la revue des troupes et les ranger en bataille; le mot de ralliement donné, il s’élançait sur Bucéphale et courait avec lui à l’ennemi. Tel, dans sa vieillesse, l’homme d’État, mettant un frein à son ambition, doit laisser les jeunes gens remplir les emplois de tous les jours, et ne descendre dans l'arène que dans les conjonctures graves*. Mais ce rôle aussi ferme que discret s'impose à son patriotisme. Plutarque y attache le vieillard par le sentiment de l’honneur 5 : vit-on jamais une abeille, en vieillissant, devenir bourdon. Il l’y intéresse par Paîtrait des satisfactions les plus douces 4 : quel plus noble plaisir que de jouir du bien que Ton fait, en ne discontinuant pas d’en faire! 11 l’y enchaîne par les liens du devoir 5 . . La vieillesse, dit-il, insistant particulièrement sur ce dernier point, apporte moins de défaillance au corps que de vigueur à l’esprit. Agamemnon avait assez d’un Ajax, et il demandait au ciel dix Nestor. A Rome, le service des vestales est divisé en trois périodes :

4. Quelle part le vieillard, etc., 48. — 2. Ibid., 49 à 21. —

5. Ibid., 47, 48. — 4. Ibid., 4 à 8. — 5. Ibid., 8 à 17. Cf. 2(3, 27.

la première est consacrée à apprendre les fonctions, la seconde à les exercer, la troisième à les enseigner 1 . Ainsi l’homme d’État qui a commencé par s’initier aux devoirs de l’administration, puis qui les a remplis, doit finir par y former ses successeurs. Éclairer les jeunes gens, aiguillonner et diriger leur ardeur *, telle est l’occupation qui incombe au vieillard, sain de corps et d’esprit. Or cette occupation n’est pas l’œuvre d’une fonction, le ministère d’un jour; c’est une œuvre permanente, un ministère à vie. Il ne suffit pas d’avoir dit lu vérité et observé la justice; il faut dire la vérilô et observer la justice toujours. De môme, il ne suffit pas d’avoir servi son pays; il ne faut pas cesser de le servir. S’il n’est pas vrai, comme le disait Denys, que la tyrannie soit un linceul honorable, il est certain qu’il n’y a point de plus glorieux linceul que l’administration des affaires publiques pour un homme qui, dévoué au bien de ses concitoyens, donne, jusqu’à son dernier soupir, le double exemple d’obéir et de commander : sa mort met à sa vie le sceau de l’honneur 5 .

Plutarque se sent d’autant plus à l’aise dans l’expression de ces conseils tout à la fois si pressants et si sages, qu'il n’avait pas à craindre, en les donnant, d’être accusé d’inconséquence. Le Traité dans lequel il examine quelle part le vieillard doit prendre à l’administration des affaires publiques est adressé à un de ses amis, Euphanès. Euphanès avait, à ce

Quelle part le vieillard, etc., 24. — 2. Ibid., 25. — 3. Ibid., 5; Cf 1. .

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qu’il paraît, songé à abdiquer la présidence de l’Aréopage et l’intendance du conseil amphiclyonique dont il était investi. « Parce que je remplis depuis plusieurs Pylhiades le ministère de prêtre d’Apollon, lui écrit-il avec une certaine vivacité, me diriezvous : Plutarque, vous avez offert assez de sacrifices, assez conduit les processions et les chœurs de danse : il est temps de déposer la couronne et de renoncer à la direction de l’oracle 1 ? » La seule pensée qu’on pût songer à l’écarter de l’administration des intérêts religieux ou politiques de sa ville natale était pour lui une offense.

Mais ces conseils et ces exemples eussent-ils convaincu ceux auxquels ils s’adressaient^ ils n’auraient pas arrêté les peuples sur la pente qui les entraînait. Le mal était profond. 11 venait de haut et de loin. Il tenait à l’esprit même de l’administration impériale, disons mieux, à l’esprit de la conquête romaine.

L’empire de Home, disait Cicéron sous la république, est moins une domination qu’une tutelle, 2 . Et on se laisse volontiers séduire à ce noble langage, quand on considère, dans son ensemble, ce vaste concert de la république romaine. En effet, quel peuple a fait plus de conquêtes et semé moins de ruines? Deux pays, le Samnium et l’Épire, trois villes, Numance, Corinthe, Carthage, avaient payé la peine de leur résistance indomptable ou de leur hostilité acharnée. Le reste du monde avait conservé, dans sa soumission, tous les dehors de l’indépendance. Point de contrainte,

1. Quelle part ie vieillard, etc., 17. — 2. « Illud patrocinium orbis

terræ verius quam imperium poterat nominari. » Des Devoirs, II, 8.

point de titre infamant qui fit rougir les vaincus. Les rois et les peuples étaient des tributaires ; les villes, des villes fédérées, des villes alliées, des villes libres. Leurs mœurs, leur langue, leur religion, leurs lois, leur autonomie leur demeuraient. Parfois même, la conquête avait paru les affranchir 1 . Bien plus, on les honorait, on les relevait dans leur dignité 2 . Et les deux seules choses qu’on leur demandât en retour de ces bienfaits, c’était « de n’avoir d’autres amis, d’autres ennemis que le peuple romain, et de respecter, comme il convenait, sa majesté 3 . »

Mais jamais liens plus souples, en apparence, ne furent, en réalité, plus étroits. Du jour où le vainqueur avait mis le pied sur le territoire conquis, dans la crainte que la communauté de la fortune n’engendrât entre les vaincus la communauté des sentiments, les associations naturelles étaient rompues, les traditions d’alliance, brisées 4 . Entre chaque province, entre chaque cité, s’élevait une barrière. Droits et charges, tout était divers pour les divers pays. Dans une même ville, des citoyens pouvant vivre sous le même toit, n’étaient pas soumis aux mêmes lois. « Plus

1. a Ut omnibus gentibus apparcret «irma populi Romani non liberis servitutem, sed contra servientibus libertatem afferre. » Tite-Live, XLV, 18. Cf. Scncque, de la Colère, II, 34; Aristide, Éloge de Home. « Rome est au milieu du monde comme une métropole au milieu de sa province. De môme que la mer reçoit tous les fleuves, elle reçoit dans son sein les hommes qui lui arrivent du sein de tous les peuples. — 2. « Populi Romani banc esse consuetudiiiem (Cæsar commémora vit), ut socios atque amicos non modo sui nihil deperdere, sed gratia, dignitate, honore auetiores velit esse. » Guerre des Gaules, I, 43. Cf. Ibid., 44, 45. — 3. « Eosdem quos populus Romanushostes et amicos habeant. Majestatem populi Romani comiter conservanto. » Cicéron, Pour Balbus, 16. Cf. Dion, LXXIII, 9. — 4. Tite-Live, XLV, 18, 26 et 29 ; Pausanias, VII, 16. Le droit de commerce entre deux villes voisines est cité comme une exception. Cicér., Vcrr., III, 40.

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les historiens sages font voir de dessein dans les conquêtes de Rome, dit Bossuet, plus ils montrent d’injustice l . » Semer la division, anéantir tout esprit d’indépendance, telle était la politique fondamentale du sénat. Au peuple-roi appartenait, du droit de la raison et par la volonté des dieux, le pouvoir d’otcr et de donner, de détruire et de relever 2 * * . Pitié pour les vaincus; mais malheur aux rebelles 5 î Le vrai Romain, ce n’est pas César qui songe à relever Carthage en ruine, c’est le vieux Caton, qui, sans repos ni trêve, en réclame la destruction \

Ce n’est pas au lendemain de Pharsale et d’Àctium que l’on pouvait attendre un changement de maxime. S’il faut en croire Plutarque 5 , César avait conçu le généreux dessein de ranimer la vie polilique des provinces. Ce dessein, fût-il exact, ne pouvait être réalisé par un homme. On ne modifie pas, en quelques années, un système de gouvernement créé, affermi, consacré par des siècles d’efiorts héroïques et de persévérance inflexible. Pour changer à fond la politique sur laquelle le sénat avait établi la grandeur de Rome, il eût fallu, chose rare, une succession ininterrompue de princes dévoués à une même pensée, pénétrés d’un même esprit. Les provinces, au surplus, n’aspiraient qu’au repos. Ce que les Césars pouvaient le plus ardem-

1. Bossuet, Histoire universelle , III, 6. — 2. « De jure libcrtatis

et civitatis suum putat populus Romanus esse judicium, et bene putat. » Cic., Verr., I, 1. — a Diis placitum est arbitrium penes

Romanos manere, quid darent vel quid adiinerent, neque alios nisi seipsos jndices paterentur. » Tacile, Annales, XIII, 56. — 3. Virgile, Enéide, VI, 854. — 4. Tite-Live, Epitomc, 49; Plutarque, Vie de

Caton, 39. — 5. Plutarque, Vie de César, 58, 59 ; Cf. Suétone, in

Cœsare, 40 à 44, 48 ; DionXassius, Discours de Mécène, 41.

ment souhaiter pour la constitution de leur pouvoir, était précisément ce qui répondait le mieux à l’état moral du monde. Fermer le temple de Janus, maintenir la paix romaine, tel était le cri universel, et tel est l’objet de la politique d’Auguste. Tandis qu’à Rome même, il ramène à lui et rassemble habilement toutes les rênes de l’autorité, dans les provinces, il étouffe ou comprime tous les germes d’indépendance, tous les éléments de vie politique. Dès son avènement, le droit de cité est restreint 1 , le droit de paix et de guerre retiré, le principe des associations interdit*. L’Empire est dans la main du sénat ou dans les siennes, et le sénat n’ayant qu’un simulacre d’autorité, rien n’existe qu’avec lui et par lui. Aucun détail de celte action presque sans limite ne lui est indifférent; il intervient pour une concession de trois pieds et demi de terrain à des portefaix 3 . Cette règle de sa politique devient la doctrine même de l’administration impériale. Tibère, Claude, Néron, la suivent avec un respect pieux. Après les guerres de Galba, d’Othon et de Yitellius, Yespasien la reprend comme une charge sacrée de l’héritage du divin Auguste. L’empereur est le maître du monde, au même titre que Faîne est maîtresse du corps quelle anime 4 . « A toi, disait-on dans le palais des Césars, le droit de vie et de mort sur les peuples ; à toi d’envoyer d’un mot l’allégresse ou le deuil au

4. Suétone, in Auguslo, 40. Cf. Sénèque, Apokololàntose, 3. — 2. Strabon, XIV. Cf. Suétone, in August., 32. — 3. Orelli, Inscriptions, n° 575. Cf. Egger, Flecherches sur les fondions de secrétaire, etc., p. 254. — 4. <r Animus reipublieæ tu es, ilia corpus tuum. » Sénèque, de la Clémence , I, 5. Cf. I, 4.

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sein des cités ; à toi de faire rentrer dans le fourreau ou d’en tirer, d’un signe de tête, des milliers de glaives ; à toi de décider quelles nations seront ruinées ou affranchies, quel roi va courber la tête sous le joug, quel esclave ceindre le bandeau royal, quelles villes doivent naître ou mourir 1 ! »

Ce que n’avaient pu faire Auguste et les Césars, il n’était pas impossible, semble-t-il, de l’espérer des Antonins. Les guerres civiles avaient cessé; l’univers était en paix ; îserva, Trajan, Adrien, Anlonin, Marc- Aurèle, allaient successivement occuper le trône pendant près de deux siècles; il ne manquait pas d’hommes dans les provinces — Plutarque nous en offre un vivant et admirable exemplaire — prêts à seconder de leurs conseils, de leur action, un réveil intelligent de la vie municipale; tout, même dans le caractère des princes, imbus des maximes de la philosophie, tout paraissait conspirer à faire pénétrer dans le gouvernement du monde des principes plus sages. « Je tous recommande les provinces, » est le dernier mot d’ordre donné par Trajan à son successeur 2 . Les provinces serout, en effet, le principal souci d’Adrien, ainsi qu’elles l’ont été de Trajan luimême. Mais le caractère de l’administration, ou, comme on dirait aujourd’hui, de la centralisation impériale, n’est pas changé. 11 semble même que, plus l’empereur est appliqué, honnête, éclairé, plus le mal s’aggrave.

Pline, dans son Panégyrique, ne trouve pas d’ex-

4. Sénèque, de la Clémence, I, ü. — 2. Œl. Spartianus, Vie d’Adrien, 4.

clamalions assez vives pour caractériser, à son gré, le bonheur du monde à l’avénement de Trajan 1 ; et le trait le plus saillant de ses descriptions renouvelées de l’âge d’or, c’est que la sollicitude impériale, s’élendant à toutes les cités, semble ne couvrir chacune d’elles que pour lui mieux assurer la jouissance de ses libertés : Trajan professe pour règle de maintenir à chacun son droit 2 . Mais comment cette règle était-elle comprise de ceux qui étaient chargés de l’appliquer? 11 suffit d’ouvrir le recueil des Lettres de Pline lui-même, pour s’en faire une idée. Pline est un magistrat distingué, qui, envoyé comme proconsul en Bithynie pour réformer l’administration vicieuse de la province 3 , s’acquitte avec conscience et loyauté de sa mission. Il rétablit l’ordre dans les finances des villes; il s’attache à démêler les intérêts communs et les protège; il remet en vigueur les règles d’une justice équitable 4 . Mais, à vrai dire, ce n’est pas Pline qui administre la Bithynie, c’est Trajan. Il ne se remue pas un homme, pas un sesterce, pas une pierre, à Pruse, à Nicomédie, à Nicée, que le gouverneur ne se fasse scrupule d’en référer au prince 5 . Le choix d’un arpenteur est une affaire 6 . Il n’oserait rien prendre sur lui, rien décider 7 .

Trajan sourit parfois de ces scrupules; parfois aussi, il parait s’en fâcher. Au fond, Pline, qui le

1. Pline, Panégyrique de Jrajan, 20, 54, 44. Cf. Épîtrcs, II, 11,

12; III, 9; IV, 9.' — 2. Id., ÉpUres, X, 114, 116; Cf. 56, 57, 66, 74,

78, 110,112.-^5. Id., Ibid., X, 41. Cf. 118. —4. Id., ibid., X, 28-29,

58-59, 52-53, 56-87, 62-63, 69-70, 75-76. — 5. Id., ibid., 34-35,

40-41, 46-47, 48-49, 50-51, 58-59, 75-76, 91-92, 99-100. — 6. Id.,

ibid., 28-29. Cf. 46-47, etc.— 7. Id., ibid.. 97. Cf. 30-51,64-65, etc.

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sait bien, sert la politique du prince 1 . Si Trajan semble vouloir se dessaisir du soin de certains détails, il laisse subsister le. principe d’une administration démesurément centralisée ; et quand des arbres sauvages croissent pour la perte des hommes, disait un sophiste, à quoi sert couper les branches, si on laisse les racines 2 ? Source de toute-puissance et n’eç laissant arriver à ses délégués que quelques maigres filets, comme disait Pline en s’extasiant d’admiration 5 ; tête, cœur et bras de l’Empire, Trajan surveille tout, règle tout*. 11 prend la plume pour défendre le déplacement de deux soldats, pour autoriser la translation des cendres d’un mort, pour récompenser un athlète 5 . S’il ne veut pas qu’on porte atteinte aux privilèges acquis, il défend d’en laisser s’établir de nouveaux 0 . Tout ce qui manifeste et, parla même, excite la vie des peuples, il l'interdit formellement. L’esprit de corporation le plus inoffensif lui fait peur. Des réunions de famille l’inquiètent 7 . Le Sénat, sous la République, laissait les Grecs voter des lois sans portée et jouer à la liberté

!. Pline, É pitres, 49. Cf. Dion, Discours, 33, 39, 40, 42, 46, 48. — 2. Lettres d’Apollonius de Tvane, traduction de Chassang, p. 405. — 3, Pline, Épîtrcs, III, 30. Cf. IV, 25; V, 14. — 4. Id., ibid. , livre X. Cf. Lettres de Marc-Aurèle et de Fronton, et Cæsareum est in senatu quæ e re sont suadere, populum de plerisque ne* gotiis in concione appellare, jus injustum corrigere, per orbem terræ litteras missitare, loges; — Angelo Mai propose de lire reges, et M. Egger, legalos ( Recherches sur les fondions de secrétaire des princes, Mémoires d } histoire ancienne, p. 245, — cæterarum genti’um compellare, sociornm culpas- dictis coerccre, benefacta laudare, seditiosos compescere, feroces territare ; oninia ista profecto verbis sunt ac litteris agenda. » Sur V Éloquence. Cette lettre se trouve en tête du 2° vol. de l’édit. Cassan. — 5. Pline, Épttres, X, 32-33, 56-37 ;73-74 ; 119-120. — 6. Id., ibid., X, 54-55, 81-82, 93-94, 111-112, 115-116. — 7. Id., ibid., 42-43, 117-118. Cf. 93-94.

au sein de la servitude 1 . Ce sont ces vains simulacres dont on flatte encore leurs passions. On les laisse élire leurs magistrats, et se livrer à toutes les compétitions 2 , pourvu que le sang ne coule pas 3 ; mais en môme temps on leur envoie des gouverneurs qui ne savent même pas leur langue 4 ; et en moins de six ans, de Néron à Domitien, on les fait passer de la sujétion à l’autonomie, et de l’autonomie à la sujétion 5 . On leur permet de se réunir à certains jours de fête; on les laisse se donner entre eux, de cité à cité, des rangs de préséance; on les encourage à décerner des statues à leurs grands hommes 6 . Union factice, activité superficielle, émulation stérile, uniquement propre à entretenir un funeste esprit de rivalité. L’union efficace, l’activité réelle et féconde sont proscrites comme un danger public. Qu’un jour, un attentat se produise par la main d’un habitant de la province contre le souverain, il sera défendu à tout habitant de la province d’exercer des fonctions politiques dans son pays 7 ; et bientôt, tel est l’oubli où seront tombés les droits des municipes, qu’il deviendra presque impossible de les exercer, faute de les connaître 8 .

Le régime municipal, sincèrement constitué, aurait pu retarder la décadence de l’Empire. Appliqué avec cet esprit de défiance jalouse, il la précipita. Que la faute en soit, en partie, aux provinces, Plutarque ne nous le laisse pas ignorer. Habituées à

1. Cicéron, Pour Flaccus , 6, 7, 8, 10, 15, IG, 22, 51. — 2. Voir les tables de Salpensa et de Malaga. — 3. Tacite, Annales , XIV, 17. — 4. Philostrate, Vie d' Apollonius de Tyane, V, 50. — 5. Pausanias, VII, 17. — G. Pausanias, VII, 16; Strabon, XIV. — 7. Dion, LXXI. Cf. Pline, Épilres, X,64, 115. — 8. Aulu-Gelle, Nuits attiques, XVI, 13.

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tenir leurs regards attachés sur César comme sur l’Ame du monde, elles allaient au-devant de la servitude. On a d’abord appelé l’empereur comme malgré lui, dit énergiquement le grave et généreux moraliste; on l’a rendu plus maître de soi qu’il ne le voulait lui-même 1 : appel dangereux, abdication fatale; on ne fait pas au pouvoir absolu sa part : dès qu’il est entré dans le gouvernement des libertés locales, il l’envahit tout entier. Mais n’eût-il pas été de l’intérêt, comme il était du devoir d’un pouvoir clairvoyant, de résister aux entraînements des peuples en même temps qu’à l’exagération de son principe? Les éléments propres à soutenir celte résistance éclairée ne manquaient pas, Plutarque nous en fournit l’irrécusable témoignage. La faute des empereurs fut de n’en savoir pas profiter. Appelées à la sérieuse direction de leurs affaires, unies entre elles par des associations provinciales, les cités auraient formé autour du peuple-roi un corps de défense. Incomplètement livrées à elles-mêmes, violemment séparées les unes des autres, ne tenant à Rome que par les chaînes d’une sujétion pesante ou par le lien fragile de la vanité, elles apprirent, chaque jour davantage, à se désintéresser de la grandeur et du salut de l’Empire. Le besoin de la paix ferma les yeux, sous les Césars, à tous les autres dangers. L’influence personnelle des premiers Antonins, leur activité infatigable, empêcha de voir ce qu’il y avait de menaçant dans ce système de centralisation dissolvante. Mais quand leur main se fut retirée, quand aux bons princes succédèrent les mauvais, le système fut poussé à ses conséquences

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