Plutarque, Préceptes politiques
extrêmes, et l’heure du danger venue, on vit clairement ce qu’il avait fait de l’Empire romain : un colosse de grains de sable.
Passant entre les villes comme à travers des brèches ouvertes, les Barbares pénétrèrent jusqu’à Rome, sans qu’aucun peuple songeât à verser une goutte de sang pour la défense d’un voisin ou pour la sécurité de la métropole commune. « 11 semble, écrit Montesquieu, que les Romains n’avaient conquis le monde que pour l’affaiblir et le livrer sans défense aux barbares 1 . » Le monde, par de justes représailles, laissa Rome en proie aux barbares victorieux. Les conséquences de sa politique éclatèrent dans son châtiment.
Du sein de la cité, Plutarque tenait son regard trop étroitement attaché aux besoins du présent et aux souvenirs du passé, pour voir si loin dans l’avenir. Mais tandis que les passions de la petite ville qu’il excellait à décrire auraient pu suffire à occuper son talent de directeur de conscience et de moraliste, c'est son honneur d’avoir porté plus haut sa pensée et vivement senti, au milieu des douceurs de la paix romaine, le malaise d’une dépendance trop absolue ; c’est son honneur surtout, quand, autour de lui, l’esprit d’adulation conspirait, avec toutes les ambitions mauvaises, à resserrer les liens de celte étroite dépendance, d’avoir, sansillusion comme sans aigreur, mais non sans fermeté, cherché un remède à l’inertie de ses concitoyens dans le réveil de l’énergie municipale, et de s’être personnellement dévoué, avec autant de mesure que de zèle, à appliquer ce remède à sa patrie.
4. Esprit des lois, liv. XXIII, ch. xxiii. Cf. Ibid., ch. xx.