‹ De la morale de PlutarqueChapitre 6 sur 91 · VIE DE PLUTARQUE · texte numérisé non relu

VIE DE PLUTARQUE

Aucune chronologie ne donne exactement la date de la naissance de Plutarque. Mais il raconte qu’à . lepoque où Néron vint en Grèce, il étudiait les mathématiques avec ardeur. Pour avoir commencé ces éludes et en être arrivé à un point de progrès tel que son maître le laissât s’engager dans une discussion grave, il ne pouvait avoir moins de dix-sept ou de dixhuit ans. Or le voyage de Néron se rapporte à la 12 e année de son règne, c’est-à-dire à l’an G6 de l’ère chrétienne. Plutarque serait donc né vers l’an 48 ou 49 après Jésus-Christ 1 * .

Nous avons sur son éducation des renseignements, plus précis. C’est un grand bonheur pour des jeunes gens, écrivait-il aux descendants d’Aratus en commençant la Vie du chef de la ligue Achéenne*, d’entendre raconter les belles actions de leurs pères. Plus heureux encore, sous ce rapport, que les descendants d’Aratus, Plutarque paraît avoir eu longtemps sous les yeux les vivants exemples de sa famille. On ne saurait affirmer qu’il ait connu son bisaïeul Nicarque; maisLamprias, son aïeul, vivait encore à l’époque où il revint d’Alexandrie 5 ; et il conserva son père, au moins jusqu’à l’époque de son mariage. Sa famille était une ancienne famille de Chéronée 4 , honorable, aisée, où les habitudes de fidélité au sol natal s’é-

1. De l'Inscription dit temple de Delphes , 1 et 7. — 2. Vie d’Ara-

tus, I. — 3. Propos de table, V, 5, § i. — 4. Ibid., II, 8, § 2.

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taient fidèlement transmises de génération en génération. Nicarque était à Chéronée, au moment où avait éclaté la dernière lutte d’Octave et d’Antoine; à la veille d’Actium, il avait vusesconcilovens contraints, le fouet dans les reins, de transporter sur leurs épaules chacun une charge de blé jusqu’à la mer d’Anticyre 1 . C’était surtout une famille de sages ayant le goût de l’élude et des doctes entretiens. Plutarque appelle son aïeul le vieillard, comme on appelait Homère, • par une suprême distinction d’honneur, le poëte 2 ; et l’aimable vieillard, qui n’avait jamais l’esprit plus fécond qu après quelques libations, se comparait luimême à l’encens qui n’exhale que sous l’action de la chaleur ses parfums les plus exquis 3 . Tel il nous apparaît, en effet, dans les Propos de table, la parole vive, la mémoire prompte et sûre, posant les questions avec précision ou les résolvant avec autorité 4 . D’un esprit moins brillant, le père de Plutarque excellait aussi à éveiller sur tout sujet la curiosité et le jugement de la jeunesse dont il aimait à s’entourer, et ses conseils laissaient dans l’esprit une trace durable 5 . A plus de soixante-dix ans, Plutarque se rappelait encore la leçon qu’il lui avait donnée dans sa jeunesse. « Il me souvient, dit-il 6 , que, estant encore bien jeune, je fus envoyé, avec un autre, en ambassade devers le proconsul, et ce mien compagnon estant ne sçais pourquov demeuré derrière, j’y allay seul et feis ce que nous avions commission de faire : à mon retour,

\ . Vie d’Antoine, 68. — 2. Propos de table, V, 6, § 1 ; 9, § 1. — 5. Ibid., I, 5, §1.— 4. Ibid., IV, 4, § 4; V, 8, § 3; IX, 2, § 3. Cf. Vie d’Antoine, ï8. — 5. Ibid., II, 8, § 2; III, VU, §1 ; III, 7 à 9; I, 2, § 2. — G. Préceptes politiques, 20. Traduction d’Amyot.

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ainsi que je voulus rendre compte en public et faire le rapport de ma charge, mon père se levant seul, me défendit de dire : je suis allé, mais nous sommes allez; n’y j’ay parlé, mais nous avons parlez, et faire mon récit en associant toujours mon compagnon à ce que j’avois fait. »

Deux frères, Timon et Lamprias, partageaient avec Plutarque ces graves et douces leçons du foyer domestique : Timon, qu’une certaine réserve de caractère semble retenir un peu à l’écart: esprit judicieux d’ailleurs, et orné 1 ; Lamprias, le plus jeune, qu’une humeur vive, enjouée, prompte à l’attaque et à la riposte, lance, parfois témérairement, au milieu des discussions 2 : aimable et gai compagnon au surplus, tenant bien sa place à table, dans les chœurs de danse, dans les jeux, partout où la verve et l’entrain sont de mise 3 . Mais c’est évidemment Plutarque, qui, par les avantages d’une intelligence à la fois ouverte et réfléchie, non moins que par le privilège de l’âge, attire tout particulièrement à lui les égards et les soins. Dès ce moment, il se produit avec les caractères qui devront plus tard le distinguer : une érudition abondante, une merveilleuse facilité à s’approprier le fruit de ses lectures, un penchant marqué à ramener toutes les questions à une application morale, et une précoce maturité de bon sens. S’inclinant devant cette supé-

1. Propos de table, II, 5, §1; Des Délais de la justice divine, I, 4, 12; Dialogue sur l’âme, 1 (fragments); De l’Étymologie des mots appliqués à la mort, 2 (fragments). — 2. Propos de table, I, 2,

§5; 4, §5; 8, §3; II, 2, §1 ; IV, 4, § 1 ; VII, 5, § 1 ; 10, §2; VIII, 0, § 5; IX, 5, 1 ; 6, 1 ; 14, 2 et 4 ; De la Cessation des pracles, 1, 5, ‘ 7, 9, 22, etc. ; De l’Inscription du temple de Delphes, 3 et 4. —

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