‹ De la morale de PlutarqueChapitre 61 sur 91 · Delà Superstition · texte numérisé non relu

Delà Superstition

LE TEMPLE

tence des Dieux a, pour ainsi dire, une taie sur les

yeux de l’âme. L’athée, cependant, est moins à plain-

dre que le superstitieux. Ceux qu’une surdité totale rend insensibles à la musique souffrent moins que ceux qui n’entendraient que des sons criards et faux. Quand Hercule devint furieux, n’eût-il pas mieux valu pour lui ne pas reconnaître ses enfants, plutôt que de traiter en ennemi ce qu’il avait de plus cher au monde? Qu’il survienne à un athée quelque épreuve sérieuse, une maladie, un échec auprès du peuple, une disgrâce de la part du chef de l’État, il accusera la fortune, ses amis, lui-mème, tout le monde; mais bientôt, reprenant courage, il se remettra au train de la vie. Qu’il arrive, au contraire, au superstitieux le moindre accident, une indisposition, une mésaventure, le voilà cloué à son siège, abîmé dans les gémissements et dans les larmes, se forgeant toute espèce de terreurs. Ses malheurs sont, pour lui, autant de traits de la vengeance divine. Laissez, dit-il au philosophe qui cherche à le consoler, laissez souffrir un maudit, objet fatal de la colère des Génies. Et se tenant hors de sa maison, planté comme un poteau, enveloppé d’un sac, la tête couverte de guenilles infectes, il confesse je ne sais quelles fautes, comme . d’avoir bu ceci, mangé cela, passé par ce chemin, sans l’aveu de telle ou telle divinité. Ou bien il, restera chez lui, accumulant victime sur victime, tandis que des charlatans ou des sorcières viendront suspendre à son cou des amulettes 1 . 11 craint tout, la terre et le ciel, les ténèbres et la lumière, le

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