‹ De la morale de PlutarqueChapitre 62 sur 91 · De la Superstition, 5 à · texte numérisé non relu

De la Superstition, 5 à

bruit et le silence. Le sommeil n’est pas pour lui un temps de trêve ; il y est poursuivi par des spectres qui le réveillent en sursaut l . La pensée de la mort, loin de le calmer, ne fait qu’accroître son effroi. Au delà du tombeau, il n’entrevoit que juges, bourreaux, fleuves enflammés, éternels supplices 4 . Les cérémonies religieuses, ces fêles si douces, ne sont ellesmêmes pour lui qu’une source de torture. L’athée du moins rit et plaisante pendant le sacrifice. Pour le superstitieux, il prie d’une voix entrecoupée; il offre l’encens d’une main tremblante; sa pâleur ressort sous sa couronne; démentant cette belle parole de Pythngore, que nous devenons meilleurs en approchant des Dieux, il entre dans les temples, comme s’ils étaient des antres de serpents et de bêtes féroces 5 .

De cette observation, Plutarque passe à la seconde partie de sa thèse. « J’admire, dit-il, qu’on considère les athées comme des impies, et qu’on ne traite pas de même les superstitieux. L’homme qui nie l'existence des dieux est-il moins coupable à l’égard de la Divinité que celui qui les croit tels que la superstition les figure? Pour moi, certes, ajoute-t-il ingénument, j’aimerais mieux qu’on dit : Plutarque n’existe point, que d’entendre dire : Plutarque est un homme sans consistance, prompt à la colère, vindicatif; si, ayant invité à souper d’autres amis, vous l’avez oublié; si, faute d’un moment de loisir, vous n’êtes pas allé lui faire visite, il est homme à vous calomnier, à vous ruiner, à vous emporter votre enfant pour le maltraiter, à lâcher sur vos terres quelque bête

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