Des Délai» de la justice divine
LE TEMPLE. 281
tez, continue Olympicus, qui a peine aussi à retrouver son sang-froid, que le châtiment différé ne paraît môme plus un châtiment. Quand un cheval a fait un faux pas et qu’on le corrige sur-le-champ, il comprend sa faute et se surveille ; mais que la correction larde, le fouet ne fait plus que l’irriter. Ainsi en est-il du méchant. Si la main divine le frappe au moment où il fait mal, il rentre en lui-même et tremble ; mais si le coup vient à se faire attendre, il n’y voit plus qu’un accident. Mauvaise est la meule qui moud lentement 1 . » — « Dirai-je à mon tour, reprend Timon... » — « Assez! interrompt Plutarque : pourquoi ajouter un flot nouveau aux Ilots qui déjà nous pressent et menacent de nous engloutir? 11 suffit pour le moment de deux objections ; nous allons les combattre. Toutefois prenons bien garde de paraître nous immiscer aux conseils de la Providence. Il serait téméraire à un homme, qui n’aurait aucune notion de la médecine, de demander, pourquoi le médecin n’a pas ordonné l’amputation plus tôt, pourquoi il a prescrit le bain demain, et non aujourd’hui. A plus forte raison, est-il dangereux pour des êtres mortels de rien affirmer sur les jugements de Dieu, sinon qu’il connaît les temps les plus propices pour appliquer les châtiments aux crimes, de même que le médecin éclairé sait distribuer les remèdes, en variant, suivant les circonstances, les doses et les moments 2 ! »
A ce langage on a reconnu le sectateur de l’Académie. Mais la vivacité même de ces réserves met l’at-