Ibid., 8. — 4. Ibid
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ments de musique, qui ne résonnent plus, dès que le musicien cesse d’en jouer \ »
Portant la question sur un autre terrain, se plaignait-on que la Pythie ne parlât plus en vers : Quoi donc ! répondait Plutarque, estime-t-on que lecrédit de la philosophie soit compromis, parce qu'après s’ôtre exprimée en vers par la bouche des Orphée, des Hésiode, des Parménide et des Xénophane, elle ne rend plus maintenant ses oracles qu'en prose*? Est-il juste de demander à une femme ignorante et qui n’a pour elle que sa vertu, d’emprunter un langage qu'elle ne comprendrait pas? La trompette ne peut rendre le son de la guitare ; et l’on n’exige pas des hérons, des roitelets et des corbeaux, que l’on croit les messagers des Dieux, qu’ils s’énoncent avec l’éloquence des hommes 3 . — Mais autrefois? — Autrefois d’abord, il y eut bon nombre d’oracles qui s’exprimaient en prose 4 . Ensuite, c’était le temps ou les vers étaient, pour ainsi dire, la monnaie courante du langage 5 . De plus, à cette époque, la langue poétique, étant moins claire, convenait mieux à la gravité des questions adressées à l’oracle et au caractère des personnages qui les lui adressaient. En outre, pour protéger les jours de ceux qui lui servaient d’interprètes contre des hommes grossiers toujours prêts à abuser de la force , il fallait que le dieu enveloppât ses réponses de quelque obscurité ; non qu’il songeât à étouffer la vérité, mais en la faisant passer à travers le voile du langage poétique,
1. De la Cessation des oracles, 38. — 2. Des Oracles en vers, 18. — 3. Ibid., .22, Cf. 21. — 4. Ibid., 23. Cf 19, 20. — 5. Ibid., 24. . '
il divisait, pour ainsi dire, les rayons d’une lumière trop vive, et lui ôtait ce qu’elle aurait eu de dur et de blessant 1 . Enfin, dans le temps où les hommes, manquant des ressources de l’écriture, avaient tant de choses à se mettre dans l’esprit, la forme du vers était un soulagement pour la mémoire 2 . Aujourd’hui les esprits sont tranquilles; les questions qu’on pose à l’oracle n’ont plus d’importance; nous disposons de toute espèce de moyens de fixer les souvenirs : à quoi bon les figures de la poésie? elles seraient un non-sens, une vaine dépense d’imaginar tion. Au surplus, la Pythie, en montant sur le trépied, est plus occupée de l’exactitude de ses réponses que de sa gloire, et elle a raison. C’est à nous d’entretenir en nous les memes dispositions de respect pour les communications divines dont elle est l’organe 5 .
Plularque croyait avoir ainsi réponse à tout. Dans sa pensée que nous avons, autant qu’il est possible, reproduite fidèlement, de même que les sacrifices, les cérémonies et les fêtes du polythéisme s’arrêtaient, pour ainsi dire, aux autels des Génies, sans remonter jusqu’à la Divinité suprême, de même les défaillances et les vicissitudes des oracles, effets inévitables de l’intervention variable des Génies, n’en altéraient pas le divin principe. Toutes les fables du polythéisme se trouvaient donc expliquées, sans que la bonté ou la grandeur de la Divinité en reçût aucune atteinte; toutes les pratiques, toutes les croyances du culte paraissaient justifiées, sans que la majesté ou la
1. Des Oracles en vers, 25, 26. — 2. Ibid., 27. — 3. Ibid., 28, 20.
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pureté de sa puissance en fût amoindrie. Les Génies étant les intermédiaires du Dieu souverain, quoi de plus naturel, que de les apaiser ou de les. remercier ; quoi de plus raisonnable que de s’en rapporter à leurs avis , comme émanant du ciel?
C’est en réconciliant, dans cet esprit, les doctrines de la théodicée spiritualiste et les traditions de la religion nationale, Homère et Platon, que le sage de Chéronée aurait voulu raméner la foule au pied des autels du paganisme. A quel point le philosophe était-il engagé dans cet effort du grand prêtre d’Apollon? Nous l’avons vu flétrir les désordres de la superstition, jusqu’à se faire suspecter d’alhéisme. Était-il, au contraire, ainsi que d’3utres l’ont prétendu 1 II, , crédule jusqu’à la superstition?
Plularque, sans doute, est de son temps, de ce temps où Tacite écrivait en tête de ses Histoires : « Je croirais manquer à la gravité de mon rôle en recherchant, pour plaire au lecteur, les agréments de la fiction ; toutefois je n’oserais ébranler la foi acquise à des traditions accréditées 2 . » Les présages, les oracles, les songes, les accidents extraordinaires occupent dans ses ouvrages une place considérable. 11 a, naturellement, l’imagination ouverte au merveilleux. En outre, le don supérieur qu’il possède de se transporter tout entier, pour ainsi dire, dans les siècles dont il raconte l’histoire et de pénétrer au cœur des personnages dont il retrace la vie, lui fait trouver, dans