‹ De la morale de PlutarqueChapitre 74 sur 91 · Épît · texte numérisé non relu

Épît

Saint-Evremond 1 * * , et il fallait, sans doute, peu de chose pour effrayer le voluptueux épicurien. Mais reconnaissons, du moins, que cette morale n’est point faite pour attirer le commun des âmes. Même alors que Sénèque semble descendre des hauteurs souveraines où il se place, la distance demeure. 11 voudrait parler en ami ; il conserve le ton du maître. Parvientil à émouvoir, l’émotion qu’il produit n’est qu’une secousse. « Il vous eslanoeen sursault, dit Montaigne, et vous abandonne en chemin V »

Plutarque met la sagesse à la portée de tout le monde; et ces durs sentiers où Sénèque « poulse » péniblement le sage deviennent, chez lui, des chemins accessibles et praticables. S’il ne va pas jusqu’à dire, avec Montaigne, que « le bien devient vicieux, lorsqu’on l’embrasse d’un désir trop âpre et violent 5 », sa maxime commune, traduite aussi par Montaigne, est« que le prix de l’âme consiste moins à aller haut, qu’à aller ordonnément \ » Se laisse-t-il entraîner par un exemple à quelque exagération, c'est une surprise, et comme une trahison de sa mémoire; ce n’est point une faute de son jugement. Cette loi morale du retour sur soi-même dont le stoïcisme se fait honneur, il la recommande, lui aussi. Un de ses meilleurs Traités, nous l’avons vu, a pour objet de faire apprécier par lui-même, au jeune homme qui est entré dans les voies de la vertu, le moindre de ses progrès. Mais tandis que les plus fermes courages sont exposés à lléchir sous l’examen que le stoï-

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