‹ De la morale de PlutarqueChapitre 75 sur 91 · Jugement sur Sénèque et sur Plutarque, déjà cité. — 2 Es · texte numérisé non relu

Jugement sur Sénèque et sur Plutarque, déjà cité. — 2 Es

sais, II, 10; 111, 12. — 3. Ibid., I, 20. — 4. Ibid., III, 2.

cisme impose à la conscience, avec quel tact et quelle mesure Plutarque en manie les délicats ressorts 1 * ! On s est demandé pourquoi il donne, dans ses. écrits, si peu de place au souvenir de certains stoïciens, ses contemporains 8 ; on s’en étonne surtout, quand on voit qu'au fond des plus obscures provinces de l’Empire, on s’inquiétait de savoir ce que pensait Thraséas, ce qu’il faisait, ce qu’il ne faisait pas 3 . Ce silence s’explique par l’esprit de sa doctrine. Ce n’est pas que la sympathie lui manquât pour les grands caractères. Sossius Sénécion était, nous le savons, un de ses amis. Mais la vertu du Stoïcien « se promenant sur la place publique, tète haute, sans souliers ni ceinture », avec une simplicité orgueilleuse, importunait son bon sens. Dans un moment d’impatience, ne va-t-il pas jusqu a traiter Caton de « phénomène inutile ? » Les personnages illustres qu’il propose comme modèles, il se plaît à les montrer « menez et ramenez par les mêmes ressorts que nous 4 * * * » : admirables par les hauts faits que la fortune leur a donné l’occasion d’accomplir , mais n’ayant, par leurs sentiments, rien que d’humain;

1. Du Progrès dans la vertu, 18. Cf. I, 2. Voir plus haut, ch. n, § 1,

p. 148 et suiv. — 2. Il ne cite que deux fois Sénèque et Musonius Rufus, et trois fois Thraséas. Il fait allusion, à propos d’un incident

de ses leçons, à Arulenus Rusticus. Je n’ai pas même rencontré dans ses œuvres le nom d’Épictète. Avait-il lu Tacite? Il ne se réfère nulle part à ses ouvrages. Les rapprochements qu’on a relevés entre

les Vies de Galba et d’Othon, et les Histoires, ne seraient pas une preuve, ces Vies étant d'une authenticité très-contestable. — 5.

« Diurna populi Romani per provincias, per exercitus curatius le-

guntur, ut noscatur quid Thrasea non fecerit. » Tacite, Annales, XVI,

22. Cf. Des Journaux chez les Romains, par J.-V. Le Clerc, p. 185.

— 4. Essais, I, 22, 25.

pères de famille honnêtes, époux aimables, citoyens dévoués à leur patrie et respectueux envers leurs dieux. Son objet est de former non des héros, mais des hommes ; d’enseigner, non les vertus des grands jours, mais les vertus de tous les jours. Il ne s’interdit pas de « prescher les belles actions; » mais ce qu’il a en vue, ce sont les « actions coustumières, » les mœurs. Ajoutez que, si mesurées que soient toujours ses leçons, jamais il ne les impose. Nous sommes tous, plus ou moins, comme Louis XIV : nous voulons bien prendre notre part du sermon, nous n’aimons pas qu’on nous la fasse. Nous n’aimons même pas, disciples en cela de Montaigne, « qu’on nous plante les choses comme évidentes. » Plutarque avertit, conseille, recommande; il ne parle point d’autorité. Si, çà et là, il se cite en exemple, comment* ne pas écouter un maître qui vous dit moins souvent encore qu’il n’aurait le droit de le dire : ce que je vous invite à faire, je l’ai fait?

Sagesse simple et engageante, aussi éloignée toutefois de la mollesse corruptive de l’épicuréisme, que de l’âpreté hautaine de la doctrine stoïcienne. En tenant compte à l’âme humaine de sa faiblesse, le ' sage moraliste songe aussi à sa dignité. S’il ne veut pas d’une vertu achetée par le sacrifice du bonheur, • il ne saurait vouloir non plus d’un bonheur qui ne coûterait aucun effort de vertu. « Sans doute, disait Montaigne, il y a des âmes réglées d’elles-mêmes et bien nées qui suivent même train et représentent en leur action même vitesse que les vertueuses ; mais la vertu donne je ne sais quoi de plus grand et de plus actif que de se laisser, par une heureuse complexion,

doucement et paisiblement conduire à la suite de la raison. La vertu refuse la facilité pour compagne, et cette aisée, douce et penchante voie par où se conduisent les pas réglés d’une bonne inclination de nature, n’est pas celle de la vraie vertu l . » Montaigne ne fait ici que traduire Plutarque. Pour Plutarque, en effet, la vertu suppose l’effort. Il ne demande rien qui excède nos forces; point de « boutées ni de saillies 2 ; » mais une vigilance persévérante, une attentive direction de soi-môme, laquelle transforme peu à peu la pratique toujours plus ou moins pénible du bien en douce habitude. Discipline et constance, voilà à quels caractères il reconnaît la vertu 5 . Travaillez sans relâche, répète-t-il sous toutes les formes, à prendre sur vous plus d’empire. Les astronomes disent des planètes qu’elles sont stationnaires , lorsqu’elles paraissent s’arrêter; l’exercice de la sagesse n’admet point ces sortes de repos. Qui ne gagne plus, commence à perdre. L’important n’est pas de marcher vite, mais de marcher toujours. Les habitants de Cirrha demandaient à l’oracle comment ils pourraient vivre en paix chez eux : c’est, leur répondit-il, en faisant nuit et jour la guerre à vos ennemis. Ainsi en est-il de la lutte contre les vices ou les faiblesses de la nature. Le succès ne répond-il pas d’abord visiblement à la peine ; redoublez de persévérance, et espérez. Il y avait une ville où les paroles étaient gelées par le froid, aussitôt qu’elles étaient émises; puis la chaleur venant à les fondre, on entendait, l’été, ce qui

Montaigne, Essais, II, li. — 2. Ibid., II, l 29. Cf. Pascal, Pensées, article VII, n° 12. — 3. Cf. Montaigne. Essais, II, 29.

avait été dit pendant l’hiver. Tels sont parfois les conseils de la philosophie : ils ne trompent jamais ceux qui savent en attendre le bienfait 1 . En un mot, régler ses passions sans faire violence à la nature, se persuader qu’il n’y a point de petit succès, et que les moindres pratiques, sérieusement exercées, produisent les plus grands effets, voilà ce qu’il demande « pour informer, establir et conforter notre âme*. » Le bonheur suivra. Si la vertu ne 'doit rien avouer que ce qui se fait par elle et pour elle, l’intérêt finit toujours par trouver sa propre Satisfaction dans la pratique de la vertu. « Que si, d’ailleurs, la fortune vfaut à la vertu, — Montaigne nous servira encore une fois d’interprète, — elle lui échappe ou elle s’en passe, et s’en forge une autre toute sienne, non plus flottante et roulante. Son office propre et particulier, c’est savoir user des biens réglément et les savoir perdre constamment*. »

Tel est l’ensemble de la doctrine de Plutarque. C’est par ce caractère de simplicité, tout à la fois « destendue et virile* », vraiment humaine, qu’elle nous parait soutenir, sans trop de désavantage, la comparaison avec celle de Sénèque. Ainsi s’explique, à notre sens, qu’avec moins de pureté idéale, elle soit restée plus populaire.

L’agrément solide du talent de l’écrivain y a aussi contribué. Il ne. faut pas juger du style de Plutarque par lés traductions qui ont été faites de ses

1. Du Progrès dans la vertu, 5, 4, 7; de la Tranquillité de l’âme, 18, 23; de la Mauvaise honte, 5, 8; de la Curiosité, 11, 12; du Babillage, 19; de l’Utilité des ennemis, 9; de l’Usage des Viandes, I, 1 ; de la Musique, 31; de la Fortune d’Alexandre, 8, etc. — 2. Montaigne, Essais , III, 12. — 3. Ibid., II, 16. I, 25. — 4. Ibid., III, 12.

œuvres. Si, à l’exception d’Horace, aucun auteur de Tantiquitê n’a trouvé un plus grand nombre d’interprètes dévoués si, entre Amyot, Dacier et Ricard, pour ne parler que de ceux qui ont fondé sa renommée en France 1 2 , c’est une véritable émulalion de zèle, le succès n’a pas également répondu à leurs efforts. Plutarque rapporte, au sujet d’Agésilas , un mot inquiétant pour les traducteurs. On invitait le roi de Sparte à aller entendre un homme qui imitait la voix du rossignol : « J’ai encore dans l’oreille,- dit-il, le chant du rossignol luimême 3 . » Toute traduction, en effet, est œuvre délicate, et celle de Plutarque plus que toute autre peut-, être. Rapprochée du texte, la version de Ricard est, dans sa teneur générale, d’une élégance superficielle et d’une fidélité peu approfondie. Celle de Dacier, plus exacte, est lourde et décolorée. Seule, l’œuvre d’Amyot est une œuvre originale; c’est sa supériorité incontestable; c’est aussi son défaut.

On sait par quelles vicissitudes de fortune a passé la traduction d’Amyot. Soixante ans après que Montaigne écrivait qu’elle « avait tiré le monde du bourbier, » un érudit, Bachet de Méziriac, qui avait sur Montaigne l’avantage de savoir le grec, concluait, après un long et laborieux examen, que corriger les impertinences, les perfidies, les faussetés, les extravagances dont elle fourmillait, ne serait rien moins ' que nettoyer les écuries d’Augias; et depuis Mézi-

1 . V. de Bliguières, ouvrage cité, ch. v et vi. — 2. On sait que la traduction de Ricard a été très-habilement revue par M. l’ierron.

Voir aussi la traduction nouvelle des Vies parallèles de M. Talbot, et

celle des Œuvres morales deM. Bétolaud. — 5. Vie d’Agésilas, XXI, 0.

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riac Vce n’esf que de nos jours qu’Amyot a retrouvé, dans la critique, une bienveillance voisine de l’admiration. ^

Méziriac abusait de ses avantages, quand il comptait, par milliers, les inexactitudes historiques, géographiques ou mythologiques, d’un travail si considérable. Amyot n’avait même pas besoin d’alléguer à l’avance* « pour sa descharge, » que

En œuvre longue, il n’est pas de merveille.

Si quelquefois l'entendement sommeille.

C’était assez pour sa gloire d’avoir « corrigé ces livres misérablement corrompuz et dépravéz, et éclairci ces infinis lieux désespérément estropiéz. » « Nul ne peut estimer, disait-il, quel tourment d’esprit et quelle croix d’entendement ç’a esté de faire sortir une telle œuvre ès mains des hommes, au moins en tel estât, que l’on y pust prendre quelque plaisir et prouffit. » « La commune voix » dont il s’inquiétait, a rendu justice, par la bouche des Reiske, des Wyttenbach, des Coray, des Sinlenis, à « son incroyable labeur; » et plusieurs de « ses passables conjectures » sont restées attachées au texte de Plutarque 1 * * * 5 .

Sur le fond môme de la traduction, les remarques de Méziriac, plus mesurées, nous semblent aussi plus

1. Bacliet de Méziriac, Discours sur la traduction (1635), imprimé

dans le Menagiana, t. 11, p. 411 et suiv., édit, de 1715, et en tète des

Commentaires sur Ovide (1716). Cf. Gui Patin, IMtrc 74, à Ch. Spon.

— 2. Préface des Vies. — 3. a Haud inficiandum, quod usu cognovi,

locos corruptos ita versos esse ab Arayoto, ut appareat cum emendatione probabili expressisse a (Wittenbach, Prœf ’, p. v). « Amyotus nusquam negligendus in re critica » (Sintenis, Vita Piutarchi t Excursus).

justes. Elles reviennent toutes à cette critique, qu’Amyot a prêté à Plutarque un ton général de naïveté qu’il n’avait pas. L’observation est fondée; toutefois il faut s’entendre. Chateaubriand a écrit : Plutarque n’est qu’un agréable imposteur en tours naïfs 1 . Chateaubriand avait-il bien présent à l’esprit le texte de Plutarque, quand il prononçait si légèrement un jugement si sévère? Il y avait chez le moraliste de Chéronée un fond de candeur réelle et de bonhomie sincère. Ce fond fut de bonne heure altéré par l’exercice de la rhétorique, mais non détruit. Moins sensible, il est vrai, dans ses œuvres que dans. sa vie, la naïveté de Plutarque ne fait le plus souvent que pointer, en quelque sorte, sous les formes de sa langue. Mais parfois aussi elle perce et s’épanche. Tantôt, par exemple , réfléchissant tout haut, pour ainsi dire, il remonte dans l’expression de sa pensée jusqu’à ces sous-entendus qu’on garde d’ordinaire pour soi 2 ; tantôt, entraîné par une comparaison familière, il en poursuit les termes jusqu’au bout avec une sorte d’irréflexion 5 ; ailleurs, s’identifiant avec les sentiments de ceux dont il prend les intérêts, il prend pour eux fait et cause, jusqu’à se mettre à la place des Dieux, par exemple 4 , ou jusqu’à discuter sérieusement avec des mères certains vers de l'Iliade sur les douleurs de l’enfantement 5 . Que ce ne soit point la naïveté exubérante des littératures primi-

1. Génie du christianisme, III, ni, 7. — 2. Propos de table, IV, préface. — 5. Du progrès dans la vertu, 12; du Babillage, 3; de la Fortune d’Alexandre, 8, etc. — 4. De ia Superstition, 10. — 5. De Y Amour des père et mère pour leur progéniture; du Bavardage, 11. Cf. 13 ’

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tives, je le veux bien. Mais encore moins est-ce la naïveté artificielle des littératures de décadence. Les tours naïfs sont, chez Plutarque, le mouvement spontané d’un esprit qui s’abandonne, non l’effet laborieux de l’étude : il ne les cherche pas ; ils lui échappent 1 . Plutarque, en un mot, est un homme d’école, chez lequel les habitudes de la profession n’ont pas desséché les sources vives du naturel. Sa langue ne revêt que par instants les formes delà naïveté; mais on sent qu’il en a l’âme.

C’est cette âme qu’Amyot a fait revivre partout. « Aiant profondément planté dans son imagination,

* par une longue conversation, une idée générale de celle de son aucteur*, » comme disait Montaigne, — qui n’entendait rien au grec, mais qui soupçonnait bien quelque honnête supercherie, — et se complaisant dans un effort auquel se prêtait merveilleusement la langue naissante du seizième siècle, il a rendu à Plutarque les grâces de sa' candeur native ; il l’a fait, pour ainsi dire, rentrer dans son génie*. Aimable service, mais qui excède les droits et les devoirs d’un traducteur. Se servir d’une certaine confraternité d’esprit pour ramener au dehors, en quelque sorte, les qualités qu’un écrivain avait, en partie, maintenues au dedans de lui, c'est risquer d’abuser de la confiance du lecteur. Ce n’est pas tout à fait pour Amyot un éloge, qu’on ait pu dire le Plutarque d’Amyot.

Un autre abus de génie du bon Amyot, c’est le ver-

1. Cf. Ampère, article sur Amyot, Revue des Deux Mondes, juin 1841. — 2. Essais, II, 4.

nis de molle élégance dont il a comme recouvert le style de son modèle. Rien ne ferait concevoir, en effet, une idée plus inexacte de la langue de Plutarque, que la forme sous laquelle on se représente, d’ordinaire, la langue des rhéteurs, polie, châtiée, égalisée, faite à souhait pour le plaisir de l’oreille. Composée de locutions empruntées à tous les genres et à toutes les époques, elle est une sorte de mosaïque, comme on l’a dit 1 , et une mosaïque où les couleurs sont rapprochées parfois, sans être fondues. Dans J’abondance des citations et des exemples qui débordent de sa mémoire, les historiens et les orateurs, les philosophes et les poêles apportent tous à Plutarque, avec la pensée qu’ils lui fournissent, leurs tours et leurs expressions. Le tissu de son discours se tend, s’assouplit, se nuance, selon le souvenir qui y pénètre. Tour à tour, if ceint sa phrase ou la laisse flotter à longs plis. A des lambeaux d’une pourpre éclatante, il coud des morceaux de la plus mince étoffe. Les métaphores hardies et serrées se rencontrent tout près des images familières et diffuses. Les définitions se heurtent aux comparaisons. Les périodes sont chargées de mots avec une industrie inégalement heureuse. Amyot ne l’ignorait pas. Avant que le savant Henri Estienne lui eût adressé le reproche d’avoir changé « la robbe de son aucteur 2 , » il avait lui-même fait

1. Boissonade, Notice sur Plutarque , t. II, p. 545. édition de M. Co- 1 incamp. — 2. Préf. de l’Apologie pour Hérodote Cf. de Thou, De

Vila sua, 5 : « Amyotus... Plutarchum in linguam nostram gallicam • > verterat majore elegantia quam fide. » Fed. Morel, Vie de Plutarque. Cf. Huet, De Claris inter pretibus, et G.-J. Vossius, De Historicis Grœcis , II, 10 : a Sane fuit Plutarchus vir undecumque doctissi-

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la remarque que « la façon d’escrire de Plutarque était plus aiguë, plus docte et pressée, que claire et aisée 1 . » Son génie cependant l’avait emporté. Dépliant les mots, pour ainsi dire, et déroulant les figures, du Irait légèrement indiqué faisant sortir la métaphore, atténuant les disparates et fondant les nuances, sur celte langue « aiguë et pressée, » il avait étendu sa prose malléable, « sursemée d’un certain miel délicieusement coulant *; » et le flot égal et limpide de sa phrase avait poli la « scabreuse aspérité » de la phrase grecque, « tout ainsi, pourrait-on dire avec lui, que la vague marine, passant et repassant sur le sable de la plage, en adoucit et en efface les inégalités. »

« Si ce bon homme vit, disait Montaigne, je luy résigne Xénophon pour le repos de sa vieillesse, son style étant plus chez soy, quand il n’est pas pressé et qu’il roule à son ayse\ » Remontant un peu plus haut encore dans l’antiquité grecque, jusqu’au berceau des Muses, j’aurais voulu voir l’ampleur et la souplesse de la phrase tout ionienne d’Amyot appliquée à la prose d’Hérodote. Ou plutôt, puisque nous en sommes aux vœux et aux conjectures, qu’on nous permette un instant de supposer Montaigne sachant le grec, et tout pénétré, comme il était, de la pensée de Plutarque, repassant sur la traduction d’Amyot, resserrant les mailles de ce tissu trop lâche, rétablissant de prime-saut dans sa langue pittoresque, inventive, buissonnière, le mélange des formes, l’imprévu

mus;... tamen dissimulare non possum dictionem ejus gravem quidem esse, sed duriufecuiam videri. »

1 . Préface des Vies. — 2. Expression de Féd. Morel. — 3. Essais, 11,4.

des tours, les disparates môme de l’original : quel chef-d’œuvre !

Quoi qu’il en soit, ces aspérités et ces négligences sont le fond même .de la langue de Plutarque. La faute, sans doute, en doit être, en partie, imputée au temps. Il faut aussi tenir compte de la profession à laquelle Plutarque s’était voué. C’est, en général, la prétention des moralistes de ne point faire état de l’éloquence. Le sage de Chéronée n’était certes pas insensible au plaisir de bien dire. Toutefois il était sincère, quand il écrivait : Malheureux, ceux qui s’attachent, dans les œuvres de Platon, à cette fleur d’atticisme qui brille dans ses écrits, semblable au duvet dont la rosée colore les fruits : tels les insensés qui estimeraient un remède à sa couleur ou à son odeur, sans regarder à son efficacité 1 . Il est clair que, pour la plupart de ses Traités, il n’a fait que rassembler les notes de ses leçons; et faute de ce soin scrupuleux qui corrige les négligences de l’improvisation ou en tempère les hardiesses, les disparates, les impropriétés, le manque de précision, les rédondances qui, dans la chaire, pouvaient ne pas déparer sa parole, sont restées dans son style, où ils font tache.

Mais autre chose est le style d’un écrivain étudié dans sa facture; autre chose, son talent considéré dans l’action qu’il exerce; et c’est par là surtout qu’il faut le juger.

Pris dans le courant de ses œuvres, ce qui nous paraît être le caractère général du talent de Plutarque,

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