‹ De la morale de PlutarqueChapitre 82 sur 91 · De la Fortune d'Alexandre · texte numérisé non relu

De la Fortune d'Alexandre

CONCLUSION

le cadre où il nous semble qu’il eût aimé lui-même à la voir placée. Nous avons retracé rhisloire de la tradition qui en fait le précepteur, puis le conseiller de Trajan, récompensé, dans sa vieillesse, par le proconsulat d’ïllyrie ; et nous espérons avoir prouvé que, fondée sur des textes sans authenticité et sur des allégations sans preuves, respectée plutôt que défendue par ceux mêmes qui se faisaient une religion de la maintenir, cette tradition ne résiste pas à un sérieux examen. Dans sa jeunesse, sans doute, et plus tard, à différentes reprises, Plutarque a, pour un temps, quitté Chéronée, qui Pavait vu naître. Mais c’est à Chéronée qu’il s’est fait un devoir et un honneur de revenir consacrer, jeune encore, le fruit le plus pur de ses éludes et de son expérience. Tandis que les philosophes, ses contemporains, se vantent d’avoir répandu dans le monde entier les conseils de leur sagesse, sa gloire, à ses propres yeux, c’est d’avoir été, à Chéronée, magistrat de simple police, puis archonte, et grand prêtre d’Apollon, durant de longues années. Sensible au bien qu’on disait de lui, mais ennemi des renommées bruyautes, comme écrivait Marc-Aurèle au sujet de son neveu Sextus, la modeste société de la petite ville au sein de laquelle il a voulu vivre et mourir est son horizon.

Là est l’unité de son œuvre morale, comme de sa vie. Mais son œuvre est supérieure à sa vie, et son esprit supérieur à son œuvre. Tout le monde, a-t-on dit 1 , n’est pas capable d’être philosophe. Si ce titre suppose nécessairement des facultés métaphysiques,

1 M. Cousin.

CONCLUSION. 387

nul n’y saurait moins prétendre que le moraliste de Chéronée. Plutarque n’a ni l'habitude ni le goût de la spéculation. En appliquant sa science et son talent à l enseignement de la morale, il ne s’est jamais proposé d’en étendre les bases , ni d'en creuser le fond. Considérant les passions dans leurs effets, non dans leurs lois, tel le spectacle du monde et de l'histoire lui découvre le jeu mobile du cœur humain, tel il l’étudie, pour en tirer le sujet d’une leçon. L’observation de la vie. est son point de départ, l’application à la vie, son but. Mais si l’analyse savante et fine des ressorts de l’âme humaine, si la connaissance exacte de la discipline morale qui en règle les mouvements, sont du domaine de la philosophie, Plutarque mérite le nom de philosophe, et il en est peu qui l’aient plus honoré que lui. Observateur pénétrant et judicieux, psychologue délicat, ferme, profond,— bien que nulle part, à proprement parler, il ne traite de psychologie, ramenant à des conclusions pratiques,*;) des préceptes de conduite, le fruit de son expérience et de son savoir, Plutarque a, par excellence, le caractère, le tempérament, l’autorité du moraliste.

On a étudié dans les Épîtres de Sénèque et dans les iscours de Dion Chrysostome les procédés de l’enseignement de la morale pratique, tel qu’il s’était répandu dans la société païenne, au premier siècle de 1 ere chrétienne. On l’a montré pénétrant, avec l’un dans les secrets les plus délicats de l’art de la direction, s devant, chez l’autre, aux effets passionnés de la prédication populaire 1 . La vie et les œuvres de

sous l Emjnrc romain, déjà cité.

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