Il faut qu’un prince soit instruit
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Pour lui, il avait placé ailleurs le but de sa modeste ambition.- Le monde entier a profité de ses leçons, mais c/e st à son pays qu’il les avait consacrées. Attaché à tous les glorieux souvenirs de la Grèce, Plutarque eût voulu faire refleurir, dans les mœurs privées, dans les institutions publiques, dans les croyances religieuses, l’esprit de l’antique tradition.
Cette étroite fidélité à la tradition est l’explication des erreurs mêlées à ses idées, si justes en général et si délicates, sur les devoirs et les affections domestiques. Aucun philosophe de l’antiquité n’a parlé de la famille avec plus de charme. Il en élargit le cercle; il y donne à la femme un rôle plein de grâce et de dignité; il y fait entrer les esela\es et jusqu’aux animaux. Mais cette place qu’il accorde aux esclaves est une place de sympathie toute personnelle; et sur ce grand problème de la fraternité humaine, si généreusement agité par la philosophie stoïcienne de son temps et résolu par le christianisme, il en reste aux principes d’Aristote et de Platon.
Le respect de la tradition l’inspire mieux en politique. Par-dessus les passions de la petite ville, qu’il dépeint avec agrément et finesse, un autre intérêt le touche, dans la vie de la cité. Jouissant avec une reconnaissance ''sincère des bienfaits de la paix romaine, étranger à tout esprit de faction et de violence, mais sentant les dangers de l’oppression dissolvante de l’administration impériale, il adjure ses concitoyens d’user de tous leurs droits, dans le cercle des libertés municipales qui leur res-
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tent; et il ne tint pas à lui, qu’une plus saine intelligence de leurs mutuels devoirs n’arrêtât les maîtres et les sujets sur le penchant d’une ruine commune.
Le même esprit anime ses préceptes de morale religieuse. Rendre un sens raisonnable et un doux attrait aux pratiques du paganisme, rétablir le lien de la terre avec le ciel par l’intermédiaire des Génies, frapper du même coup les superstitieux et les athées, en relevant, au-dessus des autels purifiés de l’Olympe < d’JIomère, l’image du Dieu de Platon : tel est le pieux rêve caressé par sa patriotique pensée. Et si le monde n’eut été déjà éclairé des lumières de la foi chrétienne, quels sentiments auraient mieux mérité d’en assurer le succès?
Ajoutons que ce respect de la tradition qu’il professe, Plutarque donne lui-même l’exemple de le pratiquer. Socrate, dit Xénophon , aimait encore mieux définir la justice par ses actions que par ses discours 1 . Plutarque a droit au même témoignage. Partout, dans la famille, dans la cité, dans le temple, il est le premier à observer les devoirs qu’il prescrit. 11 élève ses enfants, comme il a été élevé; il donne à sa ville natale le meilleur de ses forces, de son activité, de son âme ; il meurt grand prêtre d’Apollon : sa vie est le commentaire éloquent de ses écrits.
On l’a souvent opposé à Lucien . Le contraste achève, en effet, de faire comprendre l’esprit de sa morale. L’année que les biographes de Plutarque assignent communément à sa mort est celle-là même où naît