‹ de la morale pratique dans les lettres de SénèqueChapitre 4 sur 5 · DE LA MOU ILE PU \ 1 \Q[ I · texte numérisé non relu

DE LA MOU ILE PU \ 1 \Q[ I

et tombe; mai on doit suppoi tei an mm murer le nécessités de sa condition , recevoir les ordres de Dieu ci s'abandonner à lui '. Ce I ain i qu'il éci il i Luciliui une lettre sur !<• bon usage des maladies , où il montre que les souffrances son! une épreuve ei une gloire pour la vertu2. Lui-même il donne l'exemple ei Je Cail un honneur non pas d'obéir â Dieu qui lui envoie ses maux, mais d'aquiescer à ses ordres rigoureux, sans triste du fond de son cœur8, disant comme Fénelon, avec une confiance moins éloquente sans doute ; Je baise la main qui m'écrase et j'adore le bras qui me frappe*.

On pourrait citer encore la lettre où il condamne les spectacles qui pour lui sont la perte des moeurs. 1J montre que dans ces représentations le vice se gli se dans les cœurs sous des formes aimables, et que le théâtre développe en nous tous les germes de l'avarice, de l'ambition, de la concupiscence, prévenant ainsi Nicole et Bossuet, dont la lettre sur la comédie ne fait que présenter sous toutes ses faces la pensée de Sénèque 5.

4 Optimum est, pati quod emendare non possis; et deum , quo auclore

cuncta proveniunl, sine murmuralione comitaii hic est magnus ani-

mus qui se Deo tradidit (1. 407).

2Est, mihi crede, virtuti etiam in lectulo locus o quam magna erat

gloriae materia , si spectaremur segri (1. 78).

3Non pareo Deo, sed assentior ; ex animo illum, non quia necesse est, sequor. Nihil unquam mihi incidet, quod tiistis excipiaui , quod malo vultu (1. 96).

4Fénelon, Méditation pour un malade, I.

5 Nihil est tam damnosum bonis moribus , quam in aliquo spectaculo desidere. Tune enim per voluptatem facilius vilia surrepunt. Quid me exislimas dicere? avarior redeo , ambitiosior, luxuriosior? imo vero crudelior quod inter homines fui (1. 7).

Toutes leurs pièces ne sont que de vives représentations de passions , d'orgueil, d'ambition, de jalousie, de vengeance, etc. (Nicole, De la comédie, chap. 6).

Si je ne craignais de me perdre dans les détails, je pourrais pousser plus loin ce rapprochement des chrétiens et deSénèque, en donnant à ses lettres les titres que présentent souvent les lettres spirituelles , sur le bon emploi du temps , sur les occasions et les tentations, sur la présence de Dieu, sur la mauvaise honte, sur les conversions lâches, sur la persévérance et l'impénitence finale, sur les maux attachés à un état de grandeur, sur la solide gloire , sur la préparation à la mort pour la rendre digne et courageuse.

On trouverait encore d'autres ressemblances; on pourrait montrer Sénèque écrivant des lettres de consolation1, faisant dans le De beneficiis un recueil de cas de conscience sur la bienfaisance et écrivant contre les stoïciens relâchés qui levaient les scrupules avec des distinctions , une sorte de lettre provinciale 2.

Cette conformité sans doute ne va pas toujours au fond des choses , et l'on aurait tort de s'étonner que Sénèque ait prévenu les chrétiens sur quelques points de direction, qu'il ait décrit et combattu les mêmes maladies morales. Si les sujets de ses lettres sont quelquefois les mêmes que ceux des lettres spirituelles, c'est que les hommes ont toujours Jes mêmes maux et ont besoin des mêmes remèdes. On ne s'étonne pas que les

1 L. 63, 99. Consol. ad Helviam. Marciam, Polybium.

2Illos quoque nocere nobis existimo , qui nos sub specie stoicœ seclrc hortantur ad vitia. Hoc enim jactant : solum sapientem et doctum esse amatorem. Solus aplus ad hanc artem œque combibendi et convivandi sapiens est perilissimus Non débet excusationes vitio philosophia sug-

geiere. Nullam liabet spem salutis seger, quum ad inlemperantiam medicus hortatur (1. 423).

0 Seigneur, faites-nous justice, contre les ignorants médecins qui, pour trop épargner le membre pourri, ont laissé couler le venin au cœur, etc. (Dossuet , sermon sur la satisfaction).

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livres d'Hippocrate aient quelque res emb)an< c les livres des médecins moderne

Toul ce que j'ai voulu prouver par ce parallèle qu'on pourrait prolonger encore, c'esl que le philosophe païen avait assez pénétré dans les consciences et dans la morale intérieure, pour rencontrer quelques prescriptions et quelques habitudes chrétiennes, et pour me mettre en droit d'appliquer à sa morale ce mot de Tertullien: Testimonium animez naturaliter christiana '.

Si je me suis plu à noter les conformités, je dois aussi remarquer 1rs différences. On ne trouve pointdans les lettres à Lucilius l'àme de la direction chrétienne, ni ces sentiments si purs et si désintéressés que la religion seule peut inspirer. Ainsi l'humilité, la simplicité, l'abandon, la mort à soi-même, tous ces sentiments qui inondent l'âme de Fénelon et qui pénètrent mèni»' l'allier génie de Bossuet, manquent entièrement au moi aliste romain.

Comme directeur et propagateur des idées moral--. Sénèque n'a pas non plus le caractère que le christianisme a donné à nos docteurs. La douceur, selon Bossuet, est le principal instrument de la conduite des âmes, et elle porte avec elle trois vertus principales, la patience, la compassion et la condescendance2. Ces vertus ne se rencontrent pas toujours dans Sénèque; s'il a de la patience, il n'a guère de compassion, car il plaint moins les vices qu'il ne les frappe et ne les raille. Pour la condescendance qui consiste à se faire petit avec les petits, infirme avec les infirmes, cette vertu ne pouvait appartenir à un

1 Apologétique.

2 Bossuet, Panégyrique de saint François de Sales.

stoïcien qui ne s'adressait qu'aux esprits cultivés, et comptait pour rien la multitude.

C'est là, outre les dogmes qui diffèrent, le principal caractère qui sépare le moraliste de nos directeurs. Tandis que Fénelon se fait doux et simple , pour trouver accès auprès des cœurs , et s'insinue jusqu'à la racine du mal , tandis que Bossuet s'efface pour ne faire sentir que l'autorité de la parole divine , Sénèque se fait honneur de sa vertu , vante la philosophie avec une sorte d'orgueil personnel qui provoque la résistance plutôt que la soumission. Il aime à s'appesantir sur les folies humaines; il n'a pas cette indulgence et cette pudeur qui ne montrent les vices que pour engager les hommes à les fuir. Lui , il se plaît à les sonder, il les étale devant nous. Il éprouve un secret plaisir à les dépeindre , et à son horreur pour ces vices se môle une certaine satisfaction de les avoir si bien démêlés et décrits. Il ne gémit pas , il raille; c'est un Labruyère et non pas un Fénelon. Et, quand il cherche à guérir ces plaies morales, il aime mieux employer le fer de la satire que le baume de la charité.

Constatons à l'honneur du christianisme cette différence capitale, et puisque , dans ce travail , nous avons eu l'occasion de citer souvent Bossuet à la gloire de Sénèque , empruntons encore , pour être juste et mettre le philosophe à sa place véritable , ces paroles du grand docteur parlant des pharisiens : « Ce n'était pas la compassion de notre commune faiblesse qui leur faisait reprendre les péchés des hommes ; ils se tiraient hors du pair; et, comme s'ils eussent été les seuls impeccables, ils parlaient toujours dédaigneusement des pécheurs. Ils s'érigeaient en censeurs publics, non pour guérir les

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plaies et corriger les péchés , mai poui 'élever au-de sus des autres et étaler magnifiquement leur orgueil 1< justice '. '»

Il n'entre point dans mon dessein de faire la biographie de Sénèque , ni son apologie. .!•' ne discuterai pas le témoignage d'une Messaline qui l'accuse d'adultère, ni d'un Suiliusqui l'accusede concussion. Que, dû fond de son exil , il se soit humilié devant un affranchi pour obtenir son rappel , el qu'il ;iit persifflé un empereur imbécile auquel il devait sa grâce , aussi bien que son malheur, j'en tombe d'accord, en regrettant qu'il n'ai! pas eu la force de supporter sa disgrâce , ni la générosité de la pardonner. Mais, sans entrer dans les détails, j'aime «avoir que Tacite, qui le traite partout avec honneur, nous le montre à la tête des gens de bien dans une cour abominable, retenant la jeunesse de Néron sur la pente du crime, déjouant l'ambition d'Agrippine, reculant la mort de sa plus implacable ennemie; et si, le crime consommé, il mit dans la bouche d'un furieux, dont il était le secrétaire d'office , l'explication de ce meurtre impie , ce n'était pas du moins pour faire sa cour par une bassesse , mais pour épargner au monde de nouvelles fureurs et couvrir la majesté impériale.

Il serait étonnant qu'un philosophe renommé pour sa vertu, sans cesse attaqué par des ambitieux jaloux de sa puissance et des délateurs avides de ses richesses, ne nous eût pas laissé une réputation souillée par l'envie,

Germon sur les jugements humains.

Voy. le sermon su?- la loi de Dieu, où Bossuet fail deux fois le portrait de Sénèque.

les médisances journalières des palais et ces mille bruits perfides qui, dans une cour impure, s'élèvent toujours contre l'honnête homme en crédit.

Mais, sans insister sur sa vie politique, il n'est pas hors de propos de pénétrer dans sa vie privée pour nous assurer qu'il pratique ses maximes et qu'il est digne de diriger les âmes vers la vertu.

Dès sa jeunesse , pendant ses études , il arrive le premier à l'école d'Attalus , il en sort le dernier; il poursuit même de ses questions son maître chéri jusqu'à la promenade. Il ne va pas au cours, comme ses condisciples, pour entendre une belle parole, mais pour y chercher des leçons dont il puisse faire usage. Le maître vante la pauvreté , Sénèque veut être pauvre ; la tempérance et la chasteté , Sénèque sera chaste et tempérant. Et ce n'étaient point là de vaines résolutions inspirées par une ardeur juvénile. Il nous apprend qu'il garda son vœu en bien des choses , que dès lors il renonça à tous les raffinements du luxe , aux huîtres , aux parfums, aux bains chauds qui entretiennent la délicatesse. Au cours de'Sotion , le pythagoricien, il promet de s'abstenir de viande, il se tient parole à lui-même1, et pendant plusieurs années il suit ce régime qu'il n'aurait point quitté, s'il n'avait dû céder aux instances de son père qui craignait pour son fils la persécution dirigée alors contre les sectes d'Orient suspectes à Tibère.

Et plus tard , quand il est au comble de la puissance, si nous le suivons dans cette opulence qu'on lui a tant reprochée, et qui fait sa gloire, puisqu'elle rehausse sa

^aepe exiree schola pauperi libuit.... libebat circumscribere gulam et ventrem. Inde mihi qnœdam permansere (1. 108).

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