CHAPITRE Il
Tout le monde estunanime à reconnaître qu’un érysipèle survenant chez un individu jeune et sain, a toutes chances de guérir rapidement; c'est ainsi que dans l’armée les épidémies d’érysipèle sont, en général, très bénignes.
Mais le pronostic est considérablement modifié par les antécédents pathologiques du sujet. « Il faut se rappeler, dit Widal, que pour le diabétique, le cardiaque, le rénal, l’hépatique, l’érysipèle est une façon de mourir. »
Depuis les travaux de Metchnikoff sur la phagocytose, nous savons comment l'organisme réagit contre l’inflammation : cellules fixes, endotheliums, leucocytes englobent les streptocoques et vont s’emboliser dans les ganglions lymphatiques qui leur opposent une barrière infranchissable.
Mais cet obstacle peut parfois être trop faible ou bien les germes conservent encore une vitalité suffisante pour provoquer de graves désordres dans les organes où le torrent circulatoire les a emportés.
De là deux sortes de complications possibles : celles qui tirent leur origine d’un affaiblissement physiologique ou pathologique de l'organisme et
VAR RSS
celles qui résultent dela vitalité du germe, autrement dit de sa virulence.
C'est de ces deux premiers modes de complications mortelles que nous allons nous occuper tout d'abord, pour signaler en dernier lieu les complications dues à des propagations de voisinage.
Parmi les circonstances physiologiques qui peuvent provoquer la mort dans l’érysipèle, nous citerons en première ligne les âges extrêmes de la
vie, l'enfance et la vieillesse.
Chez les enfants âgés de moins de trois ans, la mortalité globale est d'environ 33 pour 100. Mais plus le malade est jeune, plus la gravité du mal s’accentue : au-dessous d’un an, 50 pour 100 des malades succombent, et nous n'avons pas vu un seul cas de guérison survenir chez des enfants atteints avant l’âge d’un mois révolu.
Mais, suivant le cas, les symptômes qui.accompagnent la crise finale peuvent revêtir des aspects assez différents.
Les plus jeunes meurent en général très vite et sont emportés au milieu de symptômes d'infection intense, leur organisme réagit avec une vigueur étonnante et la maladie peut quelquefois se prolonger assez longtemps. On les voit alors maigrir avec une surprenante rapidité, et malgré qu'ils continuent à prendre le sein, ils en arrivent à un état presque squelettique, jusqu’à ce que la vie s'éteigne