CHAPITRE IV
Pathogénie.
Après avoir exposé les faits, avons-nous une explication à en donner? D’où peut venir la gravité toute exceptionnelle du traumatisme dans des cas parfois où il n’existe qu’un noyau, qui à l’extérieur serait insignifiant?
Nous devons nous demander d’abord s’il y a là des phénomènes spéciaux, tels qu’on n’en retrouve nulle part ailleurs de semblables ? Oui et non.
Pour les cas les plus frappants, où des sujets bien portants tombent dans une adynamie rapide, nous ne sachons pas qu’en aucune autre affection des changements si subits soient susceptibles de se produire. Aucune maladie constitutionnelle ne reste si longtemps latente, pour arriver à une terminaison fatale aussi brusque, à moins de complications revêtant de suite un grand caractère de malignité. Alors, en effet, nous trouverons des faits analogues dans l’histoire de l’alcoolisme, du diabète, de la syphilis même, chez des sujets qui paraissaient vigoureux et forts, comme nous le disions à propos de la ljmiphangite etde l’érysipèle.
Mais en dehors de toute complication précise, nous voyons les choses se passer dans le cancer latent comme dans les périodes les plus avancées des maladies dont nous venons de parler, lorsqu’elles s’accompagnent de signes de cachexie, ou encore dans la tuberculose, l’albunurie.
Par analogie, nous sommes donc amené à penser, qu’en
dépit des apparences, l’organisme est profondément affecté. Il serait dans une sorte d’équilibre instable où, comme nous le disions au début, la cachexie succéderait avec une rapidité et une intensité inouïes à la période dyscrasique.
Pris en eux-mêmes d’ailleurs, il ne serait pas étonnant devoir des cancers profonds ne donner lieu pendant longtemps à aucune cachexie, ou plutôt nous sommes habitués à de tels faits. On connaît, par exemple, l’histoire de ces cancers de l’estomac que l’on rencontre à l’autopsie, et qui ont donné lieu un beau jour, sans dire gare, à une hématémèse foudroyante.
Ce qui nous manque, c’est le lien entre cette apparente innocuité et l’invasion brusque d’accidents terribles. Et cependant, si nous recherchons les facteurs possibles de ce problème, les agents de ce changement à vue, nous n’en trouvons qu’un, évident, éclatant : c’est le traumatisme.
Il faut donc nous habituer à regarder le traumatisme comme une véritable entité morbide, susceptible de modifier profondément notre organisme, sans que nous trouvions nécessairement la raison de ces modifications dans la lésion d’un organe important.
Si nous voulons pénétrer plus avant, savoir le pourquoi de l’absence de cachexie dans beaucoup de cas, le pourquoi et le comment de l’action du traumatisme, nous sommes arrêté par l’impossibilité de trouver une explication satisfaisante. Nous aimons mieux l’avouer que de nous lancer dans des considérations plus ou moins aventureuses sur le rôle hypothétique du système nerveux.
Quel que soit le mécanisme, au surplus, il doit en résulsulter une modification profonde du liquide sanguin, car les phénomènes de dénutrition rapide, d’abaissement parfois de température prouvent surabondamment que le mi-
lieu nutritif a complètement changé de propriétés. Et si L le sang se trouve ainsi altéré, l’explication la plus plausible ne sera-t-elle pas d’admettre une diathèse particu- | lière dont les moyens d’action dans la circonstance nous sont inconnus, mais que nous ne constatons que trop par U ses manifestations?
Comment donc ne pas dire que véritablement le traup matisme vient éveiller la diathèse, la manifester ? Et ceci i nous explique comment l’on pourra voir les accidents fori midables que nous avons décrits, aussi bien avec une locafi lisation qui paraît insignifiante qu’avec des tumeurs mul- N tiples dans les viscères importantes.
J’exagère cependant, car nous avons vu que le nombre i des tumeurs n’étaient point absolument indifférent ; et l’on a d’autant plus de chances, sans doute, de voir les accidents mortels, que d’une part il y a une généralisation j plus étendue, que d’autre part des organes plus importants sont affectés,
Il faut remarquer encore, faits qui compliquent le problème, que la manifestation cancéreuse paraît nécessaire, et la diathèse n’être pas suffisante, à moins que l’on ne veuille expliquer de lamême manière la carcinie aiguë primitive. D’autre part, l’organe affecté conserve toujours son rôle, et un rôie qui paraît parfois important, dans les | phénomènes de la mort.
C est ainsi qu’éclate la suffocation dans les cas de cancer du poumon, que se montrent l’ictère dans le cancer du foie, l’anurie dans le cancer du rein.
Mais dans les cas où il n’y avait qu’une tumeur d’une i côte, quelques ganglions dégénérés ? le rôle de la tumeur locale est nul, mais on voit du moins ces manifestations
se développer d’une manière considérable en quelques jours.
Quant au mécanisme même de la mort, lorsque nous analysons les cas simples, nous voyons qu’ils confirment bien la plupart du temps ce que nous venons de dire sur l’altération du sang. Les symptômes sont, en somme, ceux de la septicémie aiguë, ce qui ne doit nullement nous étonner.
Il est quelquefois cependantune autre manière de mourir qui se trouve signalée, c’est la mort presque subite. C’est dans ces cas sans doute qu’il faudrait chercher plus spécialement une influence prépondérante du sj^stème nerveux, dont un territoire peut-être spécialement empoisonné amènerait une syncope mortelle.